Selon Ouest France, un phénomène psychologique bien connu mais encore peu étudié intrigue les chercheurs : avec l’avancée en âge, le décalage entre l’âge chronologique et l’âge que l’on ressent s’accentue. Ce « âge subjectif », comme le définit la psychologie, influence nos décisions quotidiennes, nos projets de vie et même notre rapport au temps. Pour éclairer ce sujet, Ouest France s’est entretenu avec Christian Heslon, professeur en psychologie des âges de la vie, afin de décrypter les mécanismes de cette perception décalée.
Ce qu'il faut retenir
- Le décalage entre âge réel et âge perçu s’accentue avec l’avancée en âge, selon Christian Heslon, professeur en psychologie des âges de la vie.
- Cette différence, appelée « âge subjectif », influence directement les choix de vie et les projets personnels.
- Les études en psychologie montrent que ce phénomène est universel, mais son intensité varie selon les individus.
- Christian Heslon souligne que cette perception peut évoluer en fonction des événements marquants de l’existence.
- Les neurosciences suggèrent que le cerveau adapte sa perception du temps en fonction des expériences vécues.
Un phénomène étudié depuis des décennies
Le concept d’âge subjectif n’est pas nouveau. Dès les années 1960, les chercheurs en psychologie ont observé que les personnes âgées se décrivaient souvent comme plus jeunes que leur âge réel. Cette tendance, loin d’être anodine, a des répercussions concrètes sur leur bien-être et leurs aspirations. Christian Heslon explique que cette perception décalée s’explique en partie par la manière dont le cerveau intègre les expériences passées et anticipe l’avenir. « Le temps n’est pas vécu de manière linéaire », précise-t-il. « Plus on avance en âge, plus les souvenirs s’accumulent, et plus la perception de soi se déconnecte de l’âge chronologique ».
Des conséquences tangibles sur le quotidien
Ce décalage entre âge réel et âge perçu ne se limite pas à une simple question de ressenti. D’après Ouest France, il joue un rôle clé dans la prise de décision, notamment dans les domaines professionnels et personnels. Une personne de 70 ans qui se sent 55 ans aura tendance à envisager des projets plus ambitieux, comme un changement de carrière ou une reconversion, qu’une personne du même âge percevant ses 70 ans. « On observe que les individus qui sous-estiment leur âge sont souvent plus actifs et plus engagés dans des activités nouvelles », souligne Christian Heslon. À l’inverse, ceux qui se perçoivent comme plus âgés que leur âge réel peuvent adopter des comportements plus prudents, voire s’isoler.
Les mécanismes cérébraux en jeu
Les neurosciences apportent un éclairage complémentaire sur ce phénomène. Les études en imagerie cérébrale montrent que le cerveau des personnes âgées active les mêmes zones lors de la perception de leur âge subjectif que lors de la mémoire épisodique, c’est-à-dire le souvenir d’événements passés. Autrement dit, se sentir jeune reviendrait en partie à puiser dans ses souvenirs pour recréer une image de soi déconnectée du temps. « Le cerveau utilise le passé comme un ancrage pour se définir dans le présent », explique Christian Heslon. « C’est une forme de résistance psychologique au vieillissement ».
Par ailleurs, les chercheurs ont noté que les personnes ayant un âge subjectif plus jeune que leur âge réel présentent une meilleure santé mentale et physique. Une corrélation qui s’explique en partie par leur plus grande propension à adopter des comportements proactifs, comme une alimentation équilibrée ou une activité physique régulière.
Une chose est sûre : cette différence entre l’âge que l’on a et celui que l’on ressent façonne nos existences bien plus qu’on ne l’imagine. À l’heure où l’espérance de vie ne cesse de progresser, comprendre ces mécanismes pourrait bien devenir un enjeu de société majeur.
D'après Christian Heslon, il est possible d'agir sur cette perception en adoptant des comportements actifs et en maintenant des relations sociales enrichissantes. Les études montrent que les personnes engagées dans des projets stimulants perçoivent souvent leur âge comme plus jeune que leur âge réel.