L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) alerte sur une hausse « très inquiétante » des activités au réacteur nucléaire de Yongbyon, en Corée du Nord. Selon Le Monde, cette accélération des travaux pourrait permettre à Pyongyang d’accroître significativement sa production de matières fissiles, utilisées pour fabriquer des armes nucléaires. Les évaluations réalisées par l’agence onusienne lors de ses missions récentes mettent en lumière une augmentation rapide des capacités du pays, alors que les tensions géopolitiques dans la région restent vives.
Le réacteur de Yongbyon, situé à environ 90 kilomètres au nord de Pyongyang, est au cœur des préoccupations internationales depuis des décennies. Considéré comme le principal site de production de plutonium et d’uranium enrichi de la Corée du Nord, il joue un rôle central dans le programme nucléaire militaire de Pyongyang. Les dernières observations de l’AIEA confirment que les activités y ont repris à un rythme soutenu, sans que les autorités nord-coréennes ne fournissent d’explications.
Ce qu'il faut retenir
- L’AIEA constate une hausse rapide des activités au réacteur de Yongbyon, selon Le Monde.
- Cette augmentation pourrait permettre à la Corée du Nord de renforcer sa production de matières fissiles pour ses armes nucléaires.
- Yongbyon est le principal site de production de plutonium et d’uranium enrichi du pays.
- Les autorités nord-coréennes n’ont pas communiqué sur ces activités, malgré les alertes de l’AIEA.
Un réacteur sous surveillance internationale
Le site de Yongbyon est sous haute surveillance depuis des années, en raison de son rôle clé dans le programme nucléaire nord-coréen. En 2019, le leader nord-coréen Kim Jong-un avait ordonné la démolition des infrastructures de refroidissement du réacteur principal, une décision interprétée comme un geste de bonne volonté avant l’échec des négociations avec les États-Unis. Pourtant, les images satellites et les rapports de l’AIEA suggèrent que ces installations ont depuis été reconstruites ou modernisées, indiquant une reprise des activités.
« Lors de nos évaluations périodiques, nous avons pu confirmer qu’il y a une augmentation rapide des activités », a déclaré le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, cité par Le Monde. Cette déclaration intervient alors que les inspecteurs de l’agence n’ont pas été autorisés à se rendre sur place depuis plusieurs années, en raison des restrictions imposées par Pyongyang. Les données disponibles reposent donc sur des analyses à distance et des informations transmises par des États tiers.
Un programme nucléaire en pleine expansion
La Corée du Nord est le seul pays à avoir mené des essais nucléaires en 2022 et 2023, malgré les condamnations internationales et les sanctions de l’ONU. Selon les estimations des experts, Pyongyang disposerait aujourd’hui d’un stock de 30 à 40 ogives nucléaires, et pourrait en produire davantage d’ici 2026. Yongbyon, avec ses deux réacteurs en activité et ses installations d’enrichissement d’uranium, est au cœur de cette stratégie d’expansion.
Les dernières données recueillies par l’AIEA indiquent également une possible reprise de la production de plutonium, un élément clé pour la fabrication d’armes nucléaires. En 2021, l’agence avait déjà alerté sur la remise en service partielle du réacteur de 5 mégawatts, capable de produire du plutonium de qualité militaire. Ces développements interviennent dans un contexte de tensions accrues avec Séoul et Washington, alors que les pourparlers diplomatiques restent au point mort.
Des réactions internationales attendues
Face à cette escalade, la communauté internationale pourrait réagir dans les prochains mois. Les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon ont déjà multiplié les exercices militaires conjoints en réponse aux provocations nord-coréennes. Le Conseil de sécurité de l’ONU, où la Chine et la Russie disposent d’un droit de veto, devrait également examiner les dernières conclusions de l’AIEA. Pour l’instant, aucune sanction supplémentaire n’a été annoncée, mais les discussions pourraient s’intensifier lors de la prochaine session du Conseil, prévue en mai 2026.
« Nous appelons la Corée du Nord à respecter ses obligations internationales et à permettre un accès sans entrave aux inspecteurs de l’AIEA », a rappelé un porte-parole du département d’État américain, sans préciser de mesures concrètes. De son côté, Pékin, principal allié de Pyongyang, a appelé à la « retenue » et au « dialogue », sans condamner ouvertement les activités du réacteur de Yongbyon.
Cette situation rappelle que le dossier nucléaire nord-coréen reste l’un des défis les plus complexes de la diplomatie internationale. Entre escalade militaire et blocages politiques, la voie vers une désescalade semble plus que jamais incertaine.
