« La guerre de haute intensité telle que nous la connaissons aujourd’hui n’a plus rien à voir avec ce que nous avons connu il y a seulement cinq ans. » C’est en ces termes que l’amiral Jean-Louis Thébault, ancien commandant de la Marine nationale, a décrit lors d’une intervention récente une mutation majeure des stratégies militaires, selon BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- L’intégration massive de l’intelligence artificielle et des drones a transformé la conduite des opérations militaires.
- Les conflits récents ont révélé une accélération des capacités technologiques, notamment en termes de vitesse de décision et de précision des frappes.
- La France et ses alliés adaptent désormais leurs doctrines militaires pour intégrer ces nouvelles technologies.
- L’amiral Thébault a souligné l’importance de la formation des équipages et de la coordination interarmées dans ce nouveau contexte.
- Les enjeux de souveraineté technologique et industrielle deviennent centraux pour les États.
Une révolution technologique au cœur des conflits contemporains
Selon l’amiral Thébault, les dernières années ont vu l’émergence d’une nouvelle forme de guerre, où la technologie dicte désormais les règles. « L’utilisation massive des drones, couplée à l’intelligence artificielle, permet des frappes ciblées en temps réel et une réactivité inédite », a-t-il expliqué. Cette évolution a été observée lors de plusieurs conflits récents, où des systèmes autonomes ou semi-autonomes ont joué un rôle clé dans la collecte de renseignements et l’exécution d’opérations.
Le militaire a également rappelé que la vitesse de traitement des données est devenue un facteur déterminant. « Autrefois, une frappe pouvait prendre des heures, voire des jours, entre la détection d’une cible et son engagement. Aujourd’hui, tout se joue en quelques minutes, voire en quelques secondes », a-t-il précisé. Cette transformation impose aux armées de repenser leur organisation et leurs chaînes de commandement.
L’adaptation des doctrines militaires face aux nouvelles menaces
Face à cette réalité, les armées françaises et européennes accélèrent leurs efforts pour intégrer ces technologies dans leurs doctrines opérationnelles. L’amiral Thébault a indiqué que la Marine nationale, par exemple, a développé des programmes spécifiques pour former ses équipages à l’utilisation des drones et des systèmes d’IA. « La formation est un enjeu majeur. Il ne suffit pas d’acquérir du matériel ; encore faut-il savoir l’utiliser de manière optimale », a-t-il souligné.
Par ailleurs, la coordination entre les différentes armées (terre, air, mer) est désormais une priorité. « Les conflits modernes exigent une approche interarmées, où chaque composante apporte sa propre expertise », a-t-il ajouté. Cette synergie est essentielle pour maximiser l’efficacité des nouvelles technologies et éviter les redondances ou les lacunes.
Les défis de la souveraineté technologique et industrielle
Un autre aspect abordé par l’amiral Thébault concerne la dépendance technologique des États. « La guerre en Ukraine a montré à quel point les pays européens étaient vulnérables face à des acteurs disposant d’une industrie militaire autonome », a-t-il rappelé. Pour la France, comme pour ses partenaires européens, la question de la souveraineté industrielle devient cruciale. Le développement de filières locales pour les drones, les systèmes d’IA ou les semi-conducteurs est désormais une priorité stratégique.
Selon lui, cette autonomie passe par des investissements massifs dans la recherche et développement, ainsi que par des partenariats publics-privés. « Nous ne pouvons plus nous permettre de dépendre d’un seul fournisseur pour des technologies aussi critiques », a-t-il insisté. Cette approche s’inscrit dans une logique plus large de résilience nationale, où la technologie est vue comme un levier de puissance.
« La guerre de haute intensité telle que nous la connaissons aujourd’hui n’a plus rien à voir avec ce que nous avons connu il y a seulement cinq ans. » — Amiral Jean-Louis Thébault
Cette mutation technologique soulève également des questions éthiques et juridiques, notamment autour de l’utilisation de l’autonomie dans les systèmes d’armes. Les débats sur la régulation de ces technologies, déjà bien avancés dans certains pays, pourraient gagner en intensité dans les mois à venir. Autant dire que l’adaptation des cadres légaux ne sera pas moins rapide que celle des doctrines militaires.
Parmi les risques identifiés figurent la déshumanisation des prises de décision, qui pourrait conduire à des erreurs ou à des violations du droit international humanitaire. Il existe également un risque de cyberattaques ciblant ces systèmes, ainsi que des questions sur leur fiabilité en conditions réelles de combat. Enfin, l’asymétrie technologique entre États pourrait aggraver les tensions géopolitiques.