« Le simple fait d’être ici me rend fière de ce que l’Afrique a à offrir », déclare Onyinye Anumba, une touriste nigériane, devant la « porte du non-retour » à Ouidah, au Bénin. Ce lieu emblématique, symbole des départs forcés lors de la traite transatlantique, concentre une partie de la stratégie touristique béninoise, comme le rapporte France 24.

Ces dix dernières années, le pays d’Afrique de l’Ouest a fait le choix d’axer son développement économique sur la valorisation de son histoire, de sa culture et de son patrimoine. Une orientation qui s’inscrit dans une volonté de diversifier son économie, encore fortement dépendante de l’agriculture et des ressources naturelles. Selon les données disponibles, le secteur du tourisme représente désormais plus de 5 % du PIB national, un chiffre en progression constante depuis 2016.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Bénin mise sur son patrimoine historique pour développer son tourisme depuis une décennie
  • La « porte du non-retour » à Ouidah est un site clé de cette stratégie
  • Le tourisme représente désormais plus de 5 % du PIB béninois
  • Les efforts portent sur l’histoire, la culture et les sites mémoriels

Ouidah, porte d’entrée d’une mémoire douloureuse et d’un tourisme culturel

La « porte du non-retour », située à Ouidah, est bien plus qu’un monument. Ce site historique, dernier point de passage des esclaves avant leur déportation vers les Amériques, est devenu un lieu de pèlerinage et de mémoire. Plus de 20 000 visiteurs s’y rendent chaque année, selon les estimations officielles. « On ne peut pas comprendre l’histoire du Bénin sans évoquer ce passé », explique un guide local cité par France 24.

Autour de ce lieu, la ville d’Ouidah a développé un écosystème touristique complet. Le temple des Pythons, le musée d’histoire de Ouidah ou encore la forêt sacrée des Kpassè attirent désormais des voyageurs en quête d’authenticité. Le gouvernement béninois a investi dans la rénovation des infrastructures et la formation des guides, afin de proposer une expérience immersive aux touristes.

Une stratégie nationale centrée sur la mémoire et la diversité culturelle

Le Bénin ne se limite pas à Ouidah. Le pays mise sur l’ensemble de son patrimoine pour attirer les visiteurs. À Porto-Novo, la capitale administrative, le musée Da Silva retrace l’histoire des échanges commerciaux et culturels entre l’Afrique et l’Europe. À Abomey, l’ancienne capitale du royaume du Dahomey, les palais royaux classés au patrimoine mondial de l’UNESCO constituent une autre vitrine touristique.

« Le tourisme culturel est un levier de développement que nous exploitons pleinement », a affirmé un responsable du ministère du Tourisme béninois. Selon lui, cette stratégie vise à attirer 1 million de touristes par an d’ici 2030, contre environ 500 000 en 2025. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur des partenariats avec des agences de voyage internationales et la promotion ciblée de destinations méconnues comme les plages de Grand Popo ou les parcs naturels du nord.

Des défis persistants pour un secteur en pleine croissance

Malgré ces avancées, le secteur touristique béninois doit encore surmonter plusieurs obstacles. Les infrastructures de transport, notamment les routes reliant les sites touristiques, restent insuffisantes. « Les visiteurs étrangers passent parfois plus de temps dans les embouteillages que sur les sites historiques », ironise un opérateur local.

Autre enjeu : la sécurité. Bien que le Bénin soit considéré comme l’un des pays les plus stables de la région, des tensions récurrentes dans le nord, notamment près de la frontière avec le Burkina Faso, peuvent freiner l’essor du tourisme. Pour rassurer les voyageurs, les autorités ont renforcé la présence policière autour des sites touristiques majeurs.

Et maintenant ?

Le Bénin pourrait accélérer la mise en œuvre de son plan touristique d’ici la fin de l’année 2026. Une série de projets d’infrastructures, dont la construction d’un nouvel aéroport international à Cotonou, est prévue pour faciliter l’accès au pays. Par ailleurs, une campagne de promotion ciblant les marchés européens et américains est en cours de finalisation. Reste à voir si ces initiatives permettront au pays d’atteindre ses objectifs ambitieux.

En misant sur son histoire et sa diversité culturelle, le Bénin s’inscrit dans une dynamique plus large en Afrique de l’Ouest, où plusieurs pays tentent de diversifier leur économie grâce au tourisme. Si les résultats tardent parfois à se concrétiser, les efforts déployés ces dernières années montrent une volonté claire de transformer ce secteur en pilier du développement national.