Un projet romantique né d’un dimanche paresseux et qui s’est achevé brutalement, comme bien des rêves d’éternité. C’est l’histoire de ce « club du million de baisers » imaginé par un couple d’Américains au début de leur mariage, et qui n’a jamais vu le jour, comme le rapporte Courrier International, lui-même inspiré d’un dessin de Brian Rea publié dans le New York Times.
Ce club, aussi poétique soit-il, s’est brisé contre la réalité d’une existence marquée par la maladie et la mort prématurée de l’époux, emporté à seulement 34 ans, dix ans seulement après leur union. L’auteure, aujourd’hui grand-mère, évoque avec une lucidité désarmante ce projet avorté, tout en y trouvant une forme de paix dans l’échange ininterrompu de baisers, au-delà même de la relation amoureuse.
Ce qu'il faut retenir
- Un couple américain a imaginé en 2006 un « club du million de baisers » pour sceller leur amour, évoquant jusqu’à 100 baisers par jour.
- Le projet reposait sur des calculs simples : 20 baisers/jour = 109,6 ans nécessaires, 100 baisers/jour = 27,4 ans.
- L’époux, d’origine danoise, incarnait un optimisme naturel, en opposition avec le tempérament plus méfiant de son épouse, originaire du New Jersey.
- La maladie a interrompu brutalement ce projet après seulement dix ans de mariage, l’époux décédant à 34 ans d’un cancer.
- Des années plus tard, devenue grand-mère, l’auteure réinvente le concept du « club » en y incluant tous les baisers échangés tout au long de sa vie, bien au-delà de sa relation initiale.
- Elle y voit désormais une métaphore de la transmission et de l’amour inconditionnel, notamment à travers les bisous prodigués à son petit-fils.
Un projet né d’un dimanche matin, entre optimisme et calcul
Tout a commencé un dimanche matin, alors que le couple profitait d’un moment d’insouciance au lit, comme le font parfois les jeunes mariés. L’idée, lancée par l’époux, était simple : créer un « club du million de baisers », un engagement à échanger, à deux, un million de baisers de toutes sortes — sur les lèvres, les joues, le front, ou encore ceux qui accompagnent les retrouvailles ou les adieux.
« Un million de baisers, rien que toi et moi », avait-il proposé avec ce charme qui le caractérisait, selon le récit de son épouse. Mais celle-ci, habituée à une vision plus pragmatique de la vie, avait réagi avec scepticisme : « Un million ? Mais tu as fait le calcul ? On ne vivra jamais assez longtemps. » Pourtant, après quelques échanges, le couple avait établi des scénarios : 20 baisers par jour nécessiteraient 109,6 ans pour atteindre l’objectif ; 50 baisers, 54,8 ans ; et 100 baisers, seulement 27,4 ans. « Parfait, nous avons quelques dizaines d’années devant nous », avait-il conclu, visiblement convaincu.
Ce projet reflétait l’opposition entre deux tempéraments : lui, originaire du Danemark — pays réputé pour son bonheur collectif et son optimisme — et elle, élevée dans le New Jersey, où la méfiance et la prudence étaient des valeurs cardinales. Leur relation était devenue une négociation permanente, où chacun tentait d’influencer l’autre : lui, lui apprenant à voir le bon côté des choses, elle, lui rappelant les risques inhérents à l’existence.
La maladie, cette main de zombie qui a tout balayé
Le club du million de baisers n’a jamais vu le jour. Le cancer, « comme la main d’un zombie dans un film d’horreur », selon les mots de l’auteure, a frappé sans avertissement et ne l’a plus lâché jusqu’à emporter son époux. Il est décédé à 34 ans, laissant derrière lui une veuve de 24 ans et un rêve inachevé, « enseveli avec son membre fondateur, son âme poétique ».
Les années qui ont suivi ont été rythmées par le deuil, puis par une nouvelle relation et une nouvelle vie familiale, avec enfants et petits-enfants. Mais le quotidien, avec ses impératifs — entretien du jardin, factures, examens scolaires, adolescents en crise — a rapidement relégué le club du million de baisers aux oubliettes. « Si une vague réminiscence du club subsistait en moi, j’étais trop préoccupée pour la remarquer », écrit-elle. La vie, avec ses hauts et ses bas — maladies, décès de proches, aléas professionnels — avait repris ses droits, et le monde lui semblait de plus en plus instable.
La naissance du petit-fils, ou la redécouverte d’une bulle de bonheur
C’est la naissance de son petit-fils qui a tout changé. À ce moment-là, l’auteure, désormais plus âgée, a retrouvé un peu de temps pour elle, et avec lui, le souvenir de ce club imaginaire. La relation avec un nouveau-né, explique-t-elle, offre une forme de bulle similaire à celle des amours naissantes : coupée du monde extérieur, centrée sur l’essentiel.
« J’avais l’impression de redécouvrir la vie, et une fois de plus ma vision du monde a changé. » Cette nouvelle étape a réveillé en elle un optimisme qu’elle croyait perdu. Peut-être était-ce l’effet d’une nouvelle génération, ou simplement la joie de devenir grand-mère — cette expérience qui, après toutes les épreuves, marque souvent le début de l’ultime chapitre de l’existence.
Pourtant, le petit-fils est encore trop jeune pour adhérer à ce club revisité. Mais l’auteure a déjà trouvé une façon de perpétuer la tradition : lorsqu’il pleure, elle le prend sur ses genoux et l’inonde de dizaines de petits bisous sur la joue, juste sous l’oreille gauche. « C’est son point faible », confie-t-elle. Le bébé, blotti dans ses bras, se calme instantanément, les paupières papillonnantes.
Le club du million de baisers 2.0 : une idée élargie à toute une vie
Le temps presse, désormais. L’auteure n’est plus toute jeune, et son petit-fils grandit à vue d’œil. Elle sait qu’elle n’aura pas des dizaines d’années devant elle pour accumuler des baisers. Pourtant, une évidence s’est imposée à elle : pourquoi limiter le club du million de baisers à deux personnes ? Pourquoi ne pas y inclure tous ceux que l’on a aimés et qui nous ont aimés ?
« Si je additionne tous ceux que j’ai reçus tout au long de mon passage sur cette Terre […] j’ai échangé de très, très nombreux baisers avec tous les gens que j’ai aimés et qui m’ont aimée. Et même s’il n’existe aucun moyen de savoir combien d’années chacun a encore devant lui, tant que nous sommes vivants, nous pouvons tous faire partie de ce club. Et c’est amplement suffisant. »
Cette réinterprétation du projet initial en fait une métaphore de l’amour sous toutes ses formes : celui d’une vie entière, pas seulement celui d’un couple. Une façon de transcender la mort et de célébrer la continuité des liens humains.
Quant au dessin de Brian Rea dans le New York Times, il reste un symbole de ces rêves d’éternité que la vie, parfois, se charge de briser. Mais il rappelle aussi que l’amour, sous toutes ses formes, persiste bien au-delà des projets inaboutis.
Le couple venait de se marier, mais l’auteure ne précise pas leur âge exact à ce moment-là. On sait seulement que l’époux est décédé à 34 ans, dix ans après leur rencontre.
Elle évoque une opposition constante : lui, optimiste et insouciant, elle, méfiante et pragmatique. Leur relation était une « négociation permanente » où chacun tentait de rallier l’autre à sa vision du monde.