Selon Le Monde – Politique, le général Charles de Gaulle incarne aujourd’hui davantage un symbole qu’un courant politique actif. Si son héritage reste gravé dans l’histoire nationale, le gaullisme, en tant que doctrine, semble avoir perdu sa vitalité originelle.

Ce qu'il faut retenir

  • Charles de Gaulle est aujourd’hui perçu comme un remède à la nostalgie face au déclin de la France, davantage que comme une figure politique concrète.
  • Le gaullisme s’est progressivement dévitalisé, malgré la pérennité de l’image du Général dans la mémoire collective.
  • L’âge d’or évoqué par ses partisans renvoie à une période de croissance économique et de mobilité sociale ascendante.

Soixante-quatorze ans après la fondation du Rassemblement du peuple français (RPF) en 1947, le gaullisme peine à se renouveler. Selon Le Monde – Politique, il n’est plus porteur d’un projet politique cohérent, mais plutôt d’une nostalgie d’un passé révolu. Cette vision d’un « âge d’or » – où la croissance économique assurait une élévation sociale pour tous – reste un thème récurrent dans le discours de ses héritiers. Pourtant, ce récit peine à convaincre les nouvelles générations, confrontées à des enjeux radicalement différents.

Le général de Gaulle lui-même reste une figure intouchable de l’histoire française. Son nom est associé à des moments clés : la Libération de 1944, la fondation de la Ve République en 1958, ou encore la décolonisation de l’Algérie. Comme le rapporte Le Monde – Politique, son charisme et ses décisions marquantes ont laissé une empreinte indélébile. Pourtant, ce qui fut une idéologie structurante – combinant indépendance nationale, grandeur de l’État et justice sociale – a perdu de sa substance au fil des décennies.

Plusieurs facteurs expliquent ce déclin. D’abord, la fin du contexte économique des Trente Glorieuses, période de prospérité sans précédent en France. Cette croissance ininterrompue a permis au gaullisme de se présenter comme un modèle de développement équilibré. Aujourd’hui, avec la mondialisation et les crises successives, cette promesse semble obsolète. Ensuite, l’évolution des modes de pensée politiques a marginalisé certaines valeurs gaullistes, comme l’interventionnisme étatique ou le souverainisme économique. Enfin, le gaullisme a été phagocyté par les grands partis de droite et d’extrême droite, qui en ont repris certains symboles sans en porter l’intégralité du projet.

Les partis se réclamant du gaullisme – comme Les Républicains ou le Rassemblement National – peinent à se différencier clairement. Le Monde – Politique souligne que ces formations instrumentalisent l’héritage gaulliste à des fins électorales, sans proposer de projet de société global. Le gaullisme, en tant que mouvement, a ainsi perdu son unité idéologique. Les divisions entre souverainistes, libéraux et sociaux-démocrates au sein même de la droite illustrent cette fragmentation.

Pourtant, certains universitaires et intellectuels continuent de défendre une lecture moderne du gaullisme. C’est le cas de l’historien Michel Winock, qui rappelle que

« le gaullisme n’était pas seulement un style, mais aussi une vision de la place de la France dans le monde ».
Pour lui, la crise actuelle de l’Europe et les tensions géopolitiques pourraient offrir une nouvelle opportunité à une renaissance du gaullisme. Mais cette hypothèse reste spéculative, tant les réalités politiques et sociales ont changé depuis les années 1960.

Et maintenant ?

Plusieurs scrutins à venir pourraient redéfinir la place du gaullisme dans le paysage politique français. Les élections européennes de juin 2029 et la présidentielle de 2032 seront des moments clés pour évaluer l’influence résiduelle de cette doctrine. Une éventuelle montée des partis souverainistes ou une crise majeure de l’Union européenne pourraient relancer le débat sur un héritage gaulliste réactualisé.

Une question reste en suspens : le gaullisme peut-il survivre en tant qu’idéologie structurante, ou ne restera-t-il qu’un folklore politique, invoqué lors des grands discours mais sans traduction concrète dans les politiques publiques ?

Le gaullisme reposait sur trois piliers : l’indépendance nationale (refus de la domination étrangère), la grandeur de l’État (avec un exécutif fort) et la justice sociale (via une économie régulée et des politiques redistributives).