Le parquet européen a lancé une enquête pour suspicion de fraude après une plainte visant l'utilisation de dotations européennes par le Rassemblement National (RN). Selon Le Figaro, cette procédure fait suite à des accusations portées par l'association AC!! Anti-Corruption, qui dénonce un détournement présumé de fonds européens pour financer des formations aux médias destinées notamment à Jordan Bardella pendant la campagne présidentielle de 2022.
Ce qu'il faut retenir
- Une enquête ouverte par le parquet européen pour suspicion de fraude aux fonds de l'Union européenne, après transmission d'une plainte par le Parquet national financier (PNF).
- Une plainte déposée en décembre 2025 par l'association AC!! Anti-Corruption, relayée par un article du Canard enchaîné.
- Des fonds européens utilisés présumément pour des formations médiatiques ciblant Jordan Bardella, alors président par intérim du RN.
- Le RN conteste fermement ces accusations et menace de poursuivre pour diffamation.
- Le parquet européen ne commente pas les investigations en cours, conformément à ses règles.
Une plainte transmise depuis la France vers le parquet européen
L’enquête européenne s’appuie sur une plainte déposée à Paris en décembre 2025 par l’association AC!! Anti-Corruption. Celle-ci a été transmise au parquet européen après une première évaluation par le Parquet national financier (PNF) français. Cette transmission intervient après une phase de vérifications préliminaires, qui a conduit à l’ouverture d’une enquête pour suspicion de fraude aux fonds de l’Union européenne. Le parquet européen, basé à Luxembourg, n’a ni confirmé ni infirmé cette information, se conformant à sa règle de ne pas commenter les procédures en cours, a indiqué une porte-parole.
L’association AC!! Anti-Corruption avait initialement porté plainte contre X pour détournement de fonds publics devant la justice française. Son action s’appuyait sur un article du Canard enchaîné publié peu avant, révélant des faits présumés de détournement de fonds européens par le RN.
Des formations aux médias financées par l’UE et détournées selon l’accusation
Selon les éléments de la plainte obtenus par l’AFP, les fonds européens alloués aux eurodéputés du RN auraient été utilisés « à des fins étrangères à leur attribution ». Plus précisément, une formation aux médias aurait été financée via le Parlement européen, sur la base de l’enveloppe budgétaire attribuée aux élus. Un formateur spécialisé dans le media training aurait été engagé pour préparer les élus du RN à leur relation avec les médias.
Or, selon l’association, ce formateur aurait été sollicité dès septembre 2021 pour accompagner Jordan Bardella — alors président par intérim du parti — non pas sur des sujets liés à l’actualité européenne, mais en vue de sa préparation à l’élection présidentielle française de 2022. Cette formation aurait donc été détournée de son objet initial, un reproche que le RN rejette catégoriquement.
Le RN dénonce une manœuvre politique et menace de poursuites
Le Rassemblement National a vivement réagi à ces accusations, les qualifiant de « diffamatoires » dans le contexte politique actuel. Dans une déclaration transmise à l’AFP, le parti a indiqué que Jordan Bardella conteste ces allégations et se réserve le droit d’engager des poursuites pour diffamation et dénonciation calomnieuse. Le RN dénonce une instrumentalisation des institutions judiciaires, suggérant que l’association AC!! Anti-Corruption agirait dans un cadre politique partisan.
Pour rappel, Jordan Bardella occupait alors le poste de président par intérim du RN et jouait un rôle central dans la campagne de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle de 2022. Son positionnement médiatique était donc un enjeu stratégique pour le parti, ce qui rend ces accusations d’autant plus sensibles.
Contacté par l’AFP, le RN n’a pas répondu dans l’immédiat aux demandes de précisions sur les modalités exactes de financement de ces formations. L’association AC!! Anti-Corruption n’a pas non plus fait de nouveau commentaire depuis le dépôt de la plainte initiale.
Si les soupçons étaient avérés, le RN pourrait être tenu de rembourser les fonds européens détournés. Dans le cadre juridique européen, cela pourrait aussi entraîner des sanctions administratives, voire des poursuites pénales contre les responsables politiques impliqués, selon la gravité des faits. La Commission européenne pourrait également suspendre ou réduire les dotations futures allouées aux élus concernés.