Entre 1914 et 1918, puis dans les années qui suivirent, des milliers de femmes américaines ont apporté une aide décisive à des milliers d’orphelins français, victimes collatérales du conflit. Selon Ouest France, cette page de l’histoire transatlantique reste pourtant peu évoquée, malgré son ampleur et son impact durable.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 3 000 orphelins français ont été pris en charge par des associations américaines entre 1914 et 1925.
- Ces femmes, souvent issues de milieux aisés, ont endossé un rôle de « mères de substitution » dans des foyers ou des institutions.
- Leur action s’est structurée autour de deux périodes clés : pendant la guerre et dans l’immédiat après-guerre.
- L’American Committee for Devastated France et la Section de Françaises ont coordonné une partie de ces efforts.
- Des villes comme Paris, Lyon ou Bordeaux ont accueilli ces initiatives humanitaires.
Un engagement né dans l’urgence du conflit
Dès 1914, le déclenchement de la Première Guerre mondiale plonge l’Europe dans une crise humanitaire sans précédent. En France, les familles sont décimées, et des milliers d’enfants se retrouvent orphelins, livrés à eux-mêmes dans un pays ravagé par les combats. Face à cette situation, des Américaines, souvent inspirées par des valeurs philanthropiques ou religieuses, décident de se mobiliser. Selon Ouest France, certaines partent sur place, tandis que d’autres financent et organisent des structures locales depuis les États-Unis. Leur objectif est clair : offrir un toit, une éducation et une stabilité affective à ces enfants meurtris par la guerre.
Parmi les associations les plus actives, l’American Committee for Devastated France, fondé en 1916 par Anne Morgan – fille du magnat de la finance J.P. Morgan –, joue un rôle central. Cette organisation finance des cantines scolaires, des foyers pour enfants et des dispensaires. En 1918, elle gère déjà plus de 80 centres en France, dont certains abritent des orphelins. « Nous avons vu des enfants errer dans les rues, affamés et vêtus de haillons, a témoigné Anne Morgan dans un rapport de l’époque. Il était de notre devoir de leur redonner une enfance, ne serait-ce que partiellement. »
Des « mères de substitution » au quotidien
Sur le terrain, ces Américaines ne se contentent pas de financer des projets : elles s’impliquent directement auprès des enfants. Certaines deviennent des figures maternelles, veillant à leur éducation, leur santé et leur bien-être. Dans des foyers comme celui de la Section de Françaises à Paris, elles enseignent l’anglais, organisent des activités culturelles ou simplement écoutent les récits des enfants, marqués par la perte de leurs parents. D’autres, comme Helen Rogers Reid, journaliste et philanthrope, parcourent les campagnes françaises pour recenser les besoins et coordonner les aides.
Leur action ne se limite pas aux grandes villes. À Bordeaux, Lyon ou dans des villages de l’Est, des familles françaises accueillent ces enfants sous leur toit, parfois pour des années. Ces « placements familiaux » permettent aux orphelins de retrouver une routine, même si les conditions matérielles restent précaires. « Ces femmes ont sauvé des vies, non pas seulement par des dons, mais par leur présence quotidienne », souligne Ouest France, citant des archives locales.
Un héritage durable malgré l’oubli
À la fin des années 1920, la plupart de ces initiatives prennent fin avec le retour progressif à la normale. Pourtant, leur impact se mesure encore aujourd’hui. Des générations d’orphelins, devenus adultes, gardent le souvenir de ces femmes étrangères qui ont comblé le vide laissé par la guerre. Certains ont même émigré aux États-Unis, où ils ont reconstruit leur vie. En France, des plaques commémoratives ou des articles de presse de l’époque rappellent leur histoire, comme celui publié en 1921 dans Le Petit Journal, saluant le travail de l’American Committee.
Pourtant, cette page de l’histoire reste méconnue du grand public. Peu d’ouvrages ou de documentaires lui ont été consacrés, à l’exception de travaux universitaires ou de recherches locales. En 2020, une exposition à la Bibliothèque nationale de France a brièvement retracé leur parcours, mais sans écho médiatique majeur. « C’est une histoire qui mérite d’être racontée, car elle illustre la solidarité internationale dans l’adversité », estime un historien interrogé par Ouest France.
Cette histoire rappelle aussi l’importance de préserver les récits des acteurs humanitaires, souvent éclipsés par les grands récits guerriers. Comme le rappelle Ouest France, « ces femmes ont montré que la solidarité n’a pas de frontières, et que l’aide aux plus vulnérables peut changer des vies ». Une leçon qui résonne encore aujourd’hui, à l’heure où les crises humanitaires se multiplient à travers le monde.
Parmi les plus actives figuraient l’American Committee for Devastated France, fondé par Anne Morgan, et la Section de Françaises, qui a coordonné des actions dans plusieurs villes françaises. D’autres organisations, comme la American Red Cross ou le YMCA, ont également participé à l’effort humanitaire.
Quelques plaques commémoratives et articles de presse de l’époque subsistent, notamment à Paris, Bordeaux et Lyon. En 2020, une exposition à la Bibliothèque nationale de France a brièvement retracé cette histoire. Par ailleurs, des archives locales, comme celles des mairies ou des associations d’histoire, conservent des témoignages et des photographies.