Selon Libération, les riverains de cette commune du littoral atlantique, lourdement touchée par les feux de forêt qui ont ravagé le département de la Gironde en juillet 2026, dénoncent un sentiment d’abandon face à la gestion des secours. Réunis au sein d’un collectif, ils estiment avoir été « sacrifiés » au profit de zones plus touristiques comme le Cap-Ferret. Un dépôt de plainte pénale est prévu dans les prochains jours pour contester la réponse des autorités lors de la catastrophe.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Porge, l’une des communes les plus sinistrées par les incendies de juillet 2026 en Gironde, avec des centaines d’hectares ravagés.
  • Les habitants dénoncent une gestion inégale des secours, privilégiant selon eux les zones plus huppées comme le Cap-Ferret.
  • Un collectif d’habitants annonce un dépôt de plainte pénale pour abandon de personnes en danger.
  • Le brasier a causé plusieurs victimes et détruit des dizaines de logements, selon les premiers bilans.

Une gestion des secours jugée discriminante

Les résidents du Porge, commune située à une vingtaine de kilomètres de Bordeaux, estiment avoir été les grandes oubliées de la crise. « On s’est sentis complètement abandonnés », a déclaré hier un porte-parole du collectif, sans vouloir donner son nom. Le groupe dénonce une priorisation des moyens vers des zones plus fréquentées, où les enjeux économiques et médiatiques seraient plus importants. « Les pompiers étaient submergés, mais les renforts arrivaient systématiquement en premier vers le Cap-Ferret, où les villas valent plusieurs millions d’euros », a-t-il ajouté, évoquant un manque cruel de transparence.

Cette situation s’inscrit dans un contexte de feux de forêt d’une ampleur inédite dans le département. Selon les chiffres communiqués par la préfecture de Gironde, plus de 12 000 hectares ont été détruits entre le 12 et le 25 juillet, avec cinq morts et plusieurs milliers d’évacués. Le Porge, bien que moins exposé au tourisme de luxe, a payé un lourd tribut, avec plus de 300 hectares partis en fumée et une vingtaine de maisons endommagées.

Un dépôt de plainte pour répondre à l’inaction présumée

Le collectif d’habitants, qui regroupe une centaine de personnes, a annoncé hier lors d’une conférence de presse la préparation d’un dépôt de plainte pénale contre X. « Nous voulons savoir pourquoi nos appels à l’aide n’ont pas été traités avec la même urgence que ceux des communes voisines », a expliqué un membre du groupe, précisant que l’action juridique pourrait viser l’État, la préfecture ou encore les services de secours. Selon lui, les délais d’intervention ont été bien plus longs au Porge, retardant l’évacuation de plusieurs quartiers.

Les autorités locales n’ont pas encore réagi officiellement à ces accusations. Interrogé par Libération, le maire du Porge, Jean-Paul Soulié, s’est contenté de rappeler que « la situation était extrêmement complexe » et que « toutes les communes touchées avaient reçu des moyens proportionnels à l’urgence ». Il a toutefois reconnu que « des dysfonctionnements » avaient pu survenir, sans les détailler. Du côté des pompiers, on évoque une « gestion de crise optimale dans un contexte de catastrophe nationale », tout en reconnaissant des « déséquilibres logistiques » inévitables.

Et maintenant ?

Le dépôt de plainte, prévu dans les prochaines semaines, pourrait donner lieu à une enquête préliminaire menée par le parquet de Bordeaux. Si la procédure est engagée, elle pourrait durer plusieurs mois, voire années, avant d’aboutir à un procès. Parallèlement, une mission parlementaire sur la gestion des feux de forêt en 2026 doit rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année. Autant dire que les habitants du Porge pourraient attendre longtemps avant d’obtenir des réponses concrètes.

Des enjeux plus larges soulevés par la catastrophe

Cette affaire met en lumière les inégalités territoriales face aux risques naturels, un sujet qui dépasse le cadre girondin. Les incendies de 2026 ont révélé des disparités criantes dans l’allocation des ressources, entre zones urbaines, rurales et touristiques. À l’échelle nationale, la question du financement des services de secours et de leur répartition géographique pourrait devenir un débat central dans les prochains mois. Déjà, plusieurs associations appellent à une refonte des critères d’intervention prioritaire, jugeant le système actuel « trop opaque et injuste ».

Pour les habitants du Porge, cette bataille juridique représente aussi un moyen de faire entendre leur voix. « Nous ne voulons pas être les oubliés de l’histoire », a résumé un membre du collectif. Leur combat pourrait bien inspirer d’autres communes confrontées à des situations similaires dans les années à venir.

Selon les témoignages recueillis par Libération, la priorisation aurait été basée sur un mélange de facteurs : densité de population, enjeux économiques (notamment touristiques), accessibilité des routes et présence de zones classées à risque (comme les campings ou les lotissements). Cependant, aucun document officiel ne détaille ces critères, ce qui alimente les accusations de désorganisation.