Les Hospices civils de Lyon (HCL) viennent d’obtenir l’autorisation de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour produire et administrer des phages thérapeutiques, des virus capables de détruire des bactéries résistantes aux antibiotiques. Une première mondiale pour un établissement public, qui intervient dans un contexte d’urgence sanitaire majeure.
Selon Franceinfo - Santé, cette avancée pourrait marquer un tournant dans la lutte contre l’antibiorésistance, un phénomène dont l’ampleur ne cesse de s’accroître. Entre 2018 et 2023, la résistance aux antibiotiques a progressé de 40 % en France, rendant inefficaces des traitements autrefois standards contre des infections courantes.
Ce qu'il faut retenir
- Les Hospices civils de Lyon (HCL) ont obtenu le 28 mai 2026 l’autorisation de produire des phages thérapeutiques — une première pour un établissement public dans le monde.
- L’antibiorésistance a augmenté de 40 % entre 2018 et 2023 en France, selon les données disponibles.
- Les phages sont des virus naturels qui attaquent spécifiquement les bactéries, offrant une alternative aux antibiotiques traditionnels.
- L’Organisation mondiale de la santé (OMS) qualifie l’antibiorésistance de « tsunami lent » et de « tsunami silencieux », évoquant jusqu’à 10 millions de morts annuels d’ici 2050 si rien n’est fait.
- Les HCL pourront désormais produire en quantité les quatre phages thérapeutiques maîtrisés, ainsi que tester de nouveaux candidats.
L’antibiorésistance, une menace sanitaire aux proportions historiques
L’antibiorésistance représente l’une des plus grandes crises de santé publique du XXIe siècle. D’après les dernières estimations citées par le professeur Frédéric Laurent, responsable du laboratoire des phages thérapeutiques des HCL, cette résistance aux antibiotiques pourrait causer près de 10 millions de décès annuels d’ici 2050. Pour mettre ces chiffres en perspective, cela équivaudrait à une mortalité supérieure à celle engendrée par le VIH ou certains cancers à l’échelle mondiale.
Cette situation s’explique en partie par une surconsommation d’antibiotiques, notamment lors des épidémies hivernales. Santé publique France a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises ces dernières années, soulignant les risques liés à une utilisation excessive et souvent inappropriée de ces traitements.
Face à cette impasse thérapeutique croissante, les chercheurs explorent des solutions alternatives. Parmi elles, les phages thérapeutiques suscitent un intérêt grandissant. Ces virus, naturellement présents dans l’environnement — notamment dans les eaux usées —, ciblent spécifiquement les bactéries, qu’ils détruisent de l’intérieur.
Comment fonctionne un phage thérapeutique ?
Un phage thérapeutique agit comme un virus-médicament. Une fois en contact avec une bactérie résistante, il s’y fixe et y injecte son matériel génétique. La bactérie, détournée de sa fonction première, se met alors à produire des nouveaux phages au lieu de se multiplier.
« Le phage va s’attacher sur la bactérie, lui injecter son génome, et la bactérie, qui normalement fabrique des petites bactéries, arrête de le faire », explique le professeur Frédéric Laurent. « Elle va se mettre à fabriquer des virus à l’intérieur de la bactérie. Les virus n’ont qu’une envie, c’est de sortir, donc ils vont sécréter une enzyme qui va altérer la paroi bactérienne de l’intérieur. La paroi finit par céder, les virus sont libérés. »
Un seul phage peut ainsi en libérer entre 100 et 300, déclenchant une réaction en chaîne qui élimine la bactérie cible. Une efficacité qui contraste avec les mécanismes d’action des antibiotiques, souvent moins ciblés et sujets aux résistances.
Une production française et publique pour des solutions accessibles
Jusqu’à présent, la production de phages thérapeutiques restait limitée et coûteuse, souvent dépendante de partenariats privés ou étrangers. Avec l’autorisation obtenue le 28 mai 2026, les Hospices civils de Lyon deviennent le premier établissement public au monde autorisé à produire ces virus à grande échelle.
Cette initiative vise à réduire les coûts de production en gardant l’intégralité de la chaîne logistique en France. Les HCL pourront ainsi tester et valider l’efficacité des quatre phages qu’ils maîtrisent déjà, tout en lançant des essais cliniques sur d’autres souches bactériennes. Une approche prometteuse pour des traitements accessibles et durables.
« Les impasses thérapeutiques sont notre quotidien », souligne le professeur Laurent. « L’OMS parle d’un "tsunami lent" et d’un "tsunami silencieux". » L’urgence est donc double : non seulement produire ces alternatives, mais aussi les déployer rapidement avant que la situation ne devienne ingérable.
Le professeur Laurent rappelle que « si rien n’est fait, les projections de l’OMS pourraient se réaliser ». La balle est désormais dans le camp des décideurs politiques, des chercheurs et des industriels pour transformer cette autorisation en une solution concrète, à grande échelle.
Un phage thérapeutique est un virus naturel qui cible et détruit spécifiquement certaines bactéries. Contrairement aux antibiotiques, qui agissent de manière large, les phages attaquent uniquement la bactérie visée, limitant les effets secondaires et réduisant le risque de résistance.
Il s’agit de la première fois qu’un établissement public obtient l’autorisation de produire et d’administrer des phages thérapeutiques à grande échelle. Jusqu’à présent, cette production était principalement le fait d’entreprises privées ou de laboratoires étrangers.