Les Hospices civils de Lyon (HCL), deuxième centre hospitalier universitaire de France, viennent d’obtenir une autorisation historique de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) pour produire et distribuer des virus bactériophages à usage médical, selon Le Figaro. Cette première en France et dans l’Union européenne ouvre la voie à une filière publique de phagothérapie, une alternative prometteuse face à la montée des résistances aux antibiotiques.

Cette avancée s’inscrit dans un contexte où les bactéries résistantes, comme les staphylocoques dorés, les pneumocoques ou encore l’E. coli, posent un défi sanitaire croissant. Les HCL expliquent avoir obtenu le feu vert pour « conditionner des phages à vocation médicale de bout en bout de la chaîne », une démarche sécurisée et validée à chaque étape par l’ANSM. « Cette autorisation est historique », souligne le Pr Frédéric Laurent, microbiologiste et responsable du laboratoire des phages thérapeutiques des HCL.

Ce qu'il faut retenir

  • Première nationale et européenne : l’ANSM autorise les HCL à produire et distribuer des virus bactériophages pour un usage médical.
  • Origine des phages : ces virus, prélevés dans les égouts lyonnais dès 2017, ciblent spécifiquement les bactéries résistantes.
  • Coût maîtrisé et ressource inépuisable : les phages, organismes les plus abondants sur Terre, représentent une solution économique pour l’assurance-maladie.
  • Sécurité confirmée : les phages ne s’attaquent qu’aux bactéries et sont inoffensifs pour l’être humain, sans effets secondaires.
  • Enjeu mondial : l’OMS alerte sur l’antibiorésistance, potentiellement responsable de 10 millions de morts par an d’ici 2050.

La phagothérapie, une solution venue des égouts

L’idée de transformer des virus présents dans les eaux usées en traitement médical peut surprendre, mais c’est pourtant bien dans les égouts de Lyon que les premiers bactériophages ont été « pêchés » en 2017. « On a prélevé des échantillons dans une station d’épuration lyonnaise et isolé des phages capables de détruire des bactéries résistantes », explique le Pr Frédéric Laurent, en montrant un flacon de liquide injectable contenant quelques millilitres de cette solution.

Le processus, entièrement sécurisé et agréé par l’ANSM, permet de transformer ces virus en médicaments prêts à l’emploi. « La préparation et l’épuration sont réalisées à un coût maîtrisé, ce qui rend cette solution accessible », précise le Pr Vincent Piriou, président de la commission médicale des HCL. Les phages, une fois injectés, s’attaquent aux bactéries en quelques minutes et se multiplient de 1 à 200 fois en 30 à 45 minutes, formant une armée capable de détruire d’autres bactéries infectieuses.

Un retour aux origines de la phagothérapie

Cette méthode n’a rien de révolutionnaire : elle puise ses racines dans des découvertes anciennes. Dès la fin du XIXe siècle, le bactériologiste britannique Ernest Hanbury Hankin avait observé que les eaux du Gange, en Inde, semblaient neutraliser les bactéries responsables du choléra. En 1915, le Franco-Canadien Félix d’Hérelle, de l’Institut Pasteur, a approfondi ces travaux et baptisé ces virus « bactériophages », avant de les commercialiser sous forme de médicaments.

Pendant près de cinquante ans, les pharmacies françaises ont distribué des ampoules buvables de phages sous la marque « Laboratoires du Bactériophage ». Mais avec l’essor des antibiotiques après la Seconde Guerre mondiale, ces traitements ont progressivement disparu. « Les phages ne remplaceront pas les antibiotiques, qui restent indispensables, mais ils sont une thérapie complémentaire pour les cas d’impasse thérapeutique », rappelle le Pr Laurent.

Un enjeu sanitaire et économique majeur

L’autorisation délivrée aux HCL s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer la souveraineté sanitaire française. « Aujourd’hui, 95 % des biomédicaments sont importés, ce qui pose un problème de dépendance », souligne le Pr Laurent. Les phages, prélevés localement et produits sur place, offrent une alternative durable et économique. « On ouvre la voie à une filière publique de phagothérapie, ce qui contribuera à réduire notre vulnérabilité face aux pénuries ou aux crises sanitaires », ajoute-t-il.

Le contexte est d’autant plus urgent que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qualifie l’antibiorésistance de « pandémie silencieuse », susceptible de causer plus de 10 millions de morts par an d’ici 2050, soit davantage que le cancer ou le sida. « On parle d’un tsunami silencieux qui pourrait frapper nos systèmes de santé », avertit le Pr Piriou. Face à cette menace, les HCL se positionnent comme les leaders français et européens en matière de phagothérapie, avec une expertise reconnue après près de dix ans de recherches.

Et maintenant ?

À court terme, les HCL prévoient de lancer une production à grande échelle de phages, en ciblant d’abord les bactéries les plus résistantes, comme les staphylocoques dorés ou les E. coli. Une phase de tests cliniques supplémentaires pourrait être nécessaire avant une généralisation des traitements, mais l’objectif est clair : intégrer progressivement la phagothérapie dans les protocoles standards pour les patients en impasse thérapeutique. Les prochaines étapes incluront également des partenariats avec d’autres établissements de santé en France et en Europe pour standardiser les procédures et élargir l’accès à cette solution. Reste à voir si d’autres pays suivront l’exemple lyonnais, alors que l’ANSM pourrait étendre son cadre réglementaire à d’autres centres hospitaliers.

Pour les Hospices civils de Lyon, cette autorisation marque une étape décisive dans la lutte contre l’antibiorésistance. « On ne remplace pas les antibiotiques, mais on leur donne un allié de taille », résume le Pr Laurent. Alors que le monde médical cherche désespérément des solutions face à la résistance croissante des bactéries, la phagothérapie, née il y a plus d’un siècle, revient en force comme un outil d’avenir.

Non, les bactériophages sont totalement inoffensifs pour l’être humain. Ils ne s’attaquent qu’aux bactéries, qu’ils détruisent en quelques minutes sans affecter les cellules humaines. Leur innocuité a été confirmée par les autorités sanitaires et les essais cliniques menés par les HCL.