D’ici à 2030, la consommation électrique des data centers dans le monde pourrait atteindre près de 1 000 TWh, soit le double de leur niveau actuel, selon une étude publiée en juillet par le cabinet conseil en énergie Omnegy. Ce bond, directement lié à l’essor des technologies d’intelligence artificielle, fait peser un risque majeur sur les objectifs climatiques : celui d’un retour en arrière vers les énergies fossiles. Libération rapporte que cette perspective, qualifiée de « refossilisation » par les auteurs du rapport, interroge sur la capacité des pays à concilier innovation technologique et décarbonation de leur mix énergétique.

Ce qu'il faut retenir

  • La consommation mondiale des data centers devrait doubler d’ici 2030, passant de 500 TWh à près de 1 000 TWh.
  • Ce scénario menacerait les efforts de décarbonation en relançant l’usage des énergies carbonées, selon le cabinet Omnegy.
  • La France, grâce à son parc nucléaire, pourrait limiter ce risque et servir de modèle.
  • Le rapport souligne un paradoxe : plus l’IA se développe, plus son empreinte énergétique croît, malgré les promesses de sobriété.
  • Les auteurs de l’étude estiment que sans adaptation des infrastructures, la transition écologique pourrait être compromise.

Un défi énergétique lié à l’essor de l’IA

Les data centers, ces infrastructures indispensables au stockage et au traitement des données, sont devenus les maillons faibles de la transition énergétique. Leur expansion, tirée par l’augmentation exponentielle des besoins en calculs pour l’entraînement des modèles d’IA, pose un défi de taille. Omnegy, qui a mené l’étude, indique que cette hausse de consommation « pourrait annuler une partie des gains obtenus grâce aux énergies renouvelables ». Autant dire que l’équation est complexe : comment accompagner la révolution technologique sans sacrifier les ambitions climatiques ?

Les auteurs du rapport ne se contentent pas d’alerter. Ils proposent une piste pour éviter le pire : miser sur des sources d’énergie décarbonées. « Les pays disposant d’un parc nucléaire significatif, comme la France, sont mieux armés pour absorber cette demande sans recourir aux énergies fossiles », explique un expert cité par Libération. Une affirmation qui prend tout son sens alors que l’Europe cherche à réduire sa dépendance au gaz russe et au charbon.

La « refossilisation » : un scénario à éviter

Le terme de « refossilisation » n’est pas anodin. Il désigne un phénomène où, faute d’alternatives suffisantes, les pays seraient contraints de relancer l’exploitation d’énergies polluantes pour alimenter les data centers. Un cercle vicieux qui menacerait non seulement les objectifs de l’Accord de Paris, mais aussi la crédibilité des engagements climatiques pris par les États. Omnegy estime que, sans mesures fortes, jusqu’à 30 % de la croissance de la demande électrique des data centers pourrait être comblée par des sources carbonées d’ici la fin de la décennie.

Pourtant, des solutions existent. L’efficacité énergétique des data centers, leur localisation dans des zones froides pour réduire les besoins en climatisation, ou encore le développement de l’hydrogène vert pour les alimenter sont autant de pistes explorées. Reste à savoir si ces mesures seront déployées à temps pour éviter le scénario catastrophe évoqué dans le rapport.

La France en première ligne grâce à son nucléaire

Dans ce contexte, la France apparaît comme un cas d’étude. Avec 70 % de son électricité produite par le nucléaire, elle dispose d’un avantage stratégique. « Notre parc nucléaire nous permet de répondre à cette demande croissante sans recourir aux énergies fossiles », a déclaré un représentant du gouvernement à Libération. Une position qui contraste avec celle de l’Allemagne, où la sortie du nucléaire a contraint le pays à maintenir des centrales à charbon pour assurer la stabilité du réseau.

Cependant, même en France, des défis subsistent. Le vieillissement des réacteurs, les retards dans la construction de nouveaux EPR et les débats sur la place du nucléaire dans le mix énergétique à long terme rappellent que la solution n’est pas figée. Bref, si le nucléaire offre une bouffée d’oxygène, il ne résout pas à lui seul tous les problèmes.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient redessiner le paysage dans les mois à venir. D’abord, les discussions au niveau européen sur la régulation des data centers, prévues pour 2027, pourraient imposer des normes strictes en matière d’efficacité énergétique. Ensuite, les choix des grands groupes technologiques, qui représentent plus de 50 % de la consommation des data centers, seront déterminants. Enfin, l’évolution des technologies de refroidissement et des énergies alternatives (solaire, éolien, hydrogène) pourrait offrir des alternatives viables d’ici 2030.

Une question reste en suspens : les États et les entreprises parviendront-ils à concilier innovation et responsabilité environnementale ? Le rapport d’Omnegy, relayé par Libération, montre que le temps presse. La balle est désormais dans le camp des décideurs politiques et industriels.

Un data center est un bâtiment dédié au stockage, au traitement et à la diffusion de données numériques. Il abrite des milliers de serveurs qui fonctionnent en permanence, nécessitant une alimentation électrique constante et un refroidissement efficace pour éviter la surchauffe. L’intelligence artificielle, en particulier, exige des calculs massifs et répétitifs, ce qui augmente considérablement la consommation énergétique de ces infrastructures.