Alors que l’intelligence artificielle s’impose dans de nombreux domaines de la vie quotidienne, certains développeurs l’utilisent désormais pour créer des figures spirituelles virtuelles. Selon Euronews FR, des avatars représentant Jésus, des gourous hindous ou encore des prêtres bouddhistes émergent sous forme d’outils numériques, suscitant à la fois un engouement et des débats sur leur pertinence et leurs limites.

Ces applications, conçues comme des assistants ou des mentors, visent à diffuser des enseignements religieux ou à offrir un soutien spirituel. Leur développement soulève des questions sur l’impact de l’IA sur la santé mentale et la nécessité de cadres éthiques pour encadrer ces innovations. Certaines, comme celles présentées par l’entreprise américaine Just Like Me, s’appuient sur des textes sacrés, comme la Bible du roi Jacques, pour guider leurs utilisateurs.

Ce qu’il faut retenir

  • Des avatars d’IA représentant des figures religieuses (Jésus, bouddhistes, hindous) se multiplient, selon Euronews FR.
  • Ces outils, présentés comme des mentors ou des guides spirituels, s’appuient sur des textes religieux ou des enseignements pour interagir avec les utilisateurs.
  • Leur développement soulève des enjeux éthiques, notamment sur leur influence potentielle sur la santé mentale et leur régulation.
  • Au Japon, un prototype de prêtresse bouddhiste IA, Emi Jido, est en cours d’élaboration, mais son lancement public reste en suspens.

Des mentors spirituels à l’ère du numérique

L’entreprise Just Like Me, basée aux États-Unis, propose depuis plusieurs mois un avatar de Jésus propulsé par l’IA. Disponible sous forme d’appel vidéo, cette figure hyperréaliste s’adresse aux utilisateurs comme un « mentor quotidien » chargé de leur offrir réconfort, conseils et espoir. Selon ses créateurs, l’objectif est de fournir une alternative « porteuse de sens » au doomscrolling, en encourageant la réflexion et en créant un lien personnalisé.

« Si vous discutez avec Jésus ou l’une de nos autres IA, il se crée une amitié, un lien, et elles se souviennent des conversations précédentes », explique Chris Breed, directeur général de Just Like Me. L’entreprise précise que son modèle a été entraîné à partir de la Bible du roi Jacques et de sermons, avec un objectif centré sur la spiritualité et l’accompagnement.

Ce projet s’inscrit dans une tendance plus large : celle de l’utilisation de l’IA pour transmettre des valeurs ou des enseignements. Selon Beth Singler, anthropologue des religions et de l’IA à l’université de Zurich, « à ma connaissance, absolument toutes les religions s’engagent au moins dans une réflexion sur ce qu’est l’IA, où elle va et l’impact qu’elle va avoir sur notre compréhension de ce que signifie être humain ».

Au Japon, une prêtresse bouddhiste virtuelle en formation

De l’autre côté du globe, au Japon, des développeurs explorent une approche similaire dans le cadre du bouddhisme zen. Le prêtre Roshi Jundo Cohen a passé plusieurs années à entraîner, depuis son domicile, l’avatar d’IA Emi Jido. Ce personnage animé en pied évolue dans un temple zen, se déplaçant et priant comme un novice.

Contrairement à une figure de maître spirituel, Emi Jido est conçue comme une « amie zen », chargée d’accompagner les pratiquants dans leur démarche. « Emi est censée être une amie zen. Autrement dit, quelqu’un qui aide les êtres humains dans leur pratique zen, mais qui, d’un point de vue bouddhiste et zen, leur offre aussi des paroles de bienveillance et de sagesse », précise Cohen.

Cependant, les questions éthiques liées à la création d’une IA religieuse ont ralenti son déploiement. Jeanne Lim, fondatrice de beingAI, qui a développé le prototype Zbee (devenu Emi Jido), souligne : « Quand vous mettez un enfant au monde, vous ne le jetez pas simplement dans la nature en espérant qu’il devienne quelqu’un de bien. Vous devez l’éduquer et lui transmettre des valeurs ». L’objectif reste de rendre Emi Jido accessible gratuitement au public une fois son développement achevé.

Des outils en quête de régulation et de reconnaissance

Si ces initiatives attirent l’attention, leur adoption massive reste difficile à évaluer. Selon Singler, « on ne sait pas exactement combien de personnes utilisent cela régulièrement, ni s’il ne s’agit que d’un effet de mode passager pour certains, tandis que pour d’autres cela façonne beaucoup plus en profondeur leurs réflexions spirituelles ».

Les experts soulignent également les risques liés à l’utilisation de l’IA dans un domaine aussi sensible que la spiritualité. Les inquiétudes portent notamment sur la santé mentale des utilisateurs, qui pourraient s’appuyer excessivement sur ces avatars pour trouver un sens à leur existence. Face à ces enjeux, les créateurs insistent sur la nécessité de cadres éthiques stricts.

Pour Jeff Tinsley, cofondateur de Just Like Me, « le corpus d’informations utilisé par ces IA est ciblé et leur objectif est clairement défini : la spiritualité, l’accompagnement et le mentorat ». Un positionnement qui vise à distinguer ces outils des simples chatbots conversationnels.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pour ces projets dépendront en grande partie de leur capacité à convaincre à la fois les communautés religieuses et le grand public. Du côté japonais, Emi Jido pourrait voir le jour d’ici quelques années, une fois son éducation virtuelle jugée aboutie. Aux États-Unis, Just Like Me compte élargir son offre avec d’autres figures spirituelles, tout en renforçant les garde-fous éthiques.

Pour l’heure, le débat reste ouvert : ces avatars d’IA parviendront-ils à s’imposer comme des outils d’accompagnement spirituel, ou resteront-ils des curiosités technologiques ? Une chose est sûre, leur développement continuera de soulever des questions sur la frontière entre technologie et foi.

Ces initiatives illustrent une tendance plus large : l’intégration progressive de l’IA dans des domaines traditionnellement réservés à l’humain. Reste à savoir si ces innovations trouveront leur place, ou si elles resteront cantonnées à des expériences marginales.

Pour l’avatar de Jésus développé par Just Like Me, l’IA a été entraînée à partir de la Bible du roi Jacques ainsi que de sermons. Du côté bouddhiste, le prototype Emi Jido s’inspire des enseignements zen, bien que les détails précis de son corpus ne soient pas tous rendus publics.

L’avatar de Jésus proposé par Just Like Me est d’ores et déjà disponible en ligne. En revanche, Emi Jido, la prêtresse bouddhiste virtuelle japonaise, n’a pas encore été lancée officiellement. Ses créateurs estiment qu’elle doit encore être « éduquée » avant une éventuelle mise à disposition gratuite.