Selon BFM Business, Philippe Aghion, économiste français lauréat du Prix Nobel en 2024, a tiré la sonnette d'alarme sur le retard de l'Europe en matière d'innovation et de brevets dans les hautes technologies. Dans une analyse relayée ce 7 mai 2026, l'expert souligne un déclin structurel face aux États-Unis et à la Chine, mettant en péril la compétitivité du continent.

Ce qu'il faut retenir

  • Philippe Aghion, Prix Nobel d'Économie 2024, alerte sur le déclin européen en brevets de haute technologie
  • L'Europe accuse un retard face aux États-Unis et à la Chine, selon ses déclarations
  • Aghion plaide pour une IA plus éthique, inclusive et humaine comme levier de redressement
  • La situation actuelle pourrait affaiblir la compétitivité économique du continent à moyen terme

Un diagnostic sans appel sur l'innovation européenne

Dans une intervention diffusée par BFM Business, Philippe Aghion n'a pas mâché ses mots. Pour l'économiste, le constat est sans appel : « L'Europe est en déclin » en matière de brevets technologiques de pointe. Il pointe du doigt un retard structurel qui, s'il n'est pas comblé rapidement, pourrait aggraver le fossé avec les deux autres grandes puissances mondiales. Les États-Unis et la Chine, déjà en avance sur plusieurs segments clés, concentrent une part croissante des dépôts de brevets, notamment dans les domaines de l'intelligence artificielle et des technologies quantiques.

Selon les données récentes, l'Union européenne ne représente plus que 15 % des brevets mondiaux dans les hautes technologies, contre 22 % il y a dix ans. Une baisse significative qui reflète selon Aghion un manque d'investissement public et privé, mais aussi des freins réglementaires entravant l'émergence de champions européens. « On a les talents, les idées, mais on manque de moyens pour les concrétiser », a-t-il précisé.

L'IA comme levier de redressement ?

Aghion ne se contente pas de diagnostiquer les faiblesses. Il propose une voie pour inverser la tendance : le développement d'une IA éthique et inclusive. Pour lui, c'est dans cette direction que l'Europe pourrait retrouver un avantage comparatif. « Une intelligence artificielle qui soit au service de l'humain, et non l'inverse, pourrait devenir notre meilleur atout », a-t-il souligné. Il cite en exemple les initiatives en cours en Allemagne et en France, où des laboratoires publics et privés collaborent sur des projets comme l'IA explicable ou l'apprentissage fédéré.

Cependant, l'économiste tempère cet optimisme. « Le temps presse. Si on ne prend pas des mesures fortes dans les 18 à 24 prochains mois, le déclin pourrait devenir irréversible. » Il insiste sur la nécessité de simplifier les règles pour attirer les start-up et les investisseurs, tout en renforçant les budgets dédiés à la recherche fondamentale. « L'Europe a besoin d'un New Deal technologique », a-t-il résumé.

Les conséquences d'un déclin technologique

Les implications d'un recul européen en matière de brevets ne se limitent pas à la sphère économique. Elles touchent aussi à la souveraineté industrielle et à la capacité du continent à peser dans les négociations internationales. Un affaiblissement technologique pourrait, par exemple, renforcer la dépendance aux géants américains et chinois pour les infrastructures critiques, des semi-conducteurs aux réseaux 6G.

De plus, le déclin des brevets pourrait avoir des répercussions sur l'emploi qualifié. Les secteurs de la tech, déjà en tension, verraient leurs perspectives d'embauche se réduire, poussant une partie des talents européens à s'expatrier. « On risque de perdre une génération entière de chercheurs et d'ingénieurs », craint Aghion. Il rappelle que l'Allemagne, malgré ses efforts, peine à rivaliser avec la Chine sur les batteries électriques ou les robots industriels.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes pourraient être explorées dans les mois à venir pour inverser la tendance. Du côté des institutions européennes, des discussions sont en cours pour relancer le plan Horizon Europe, avec un budget en hausse de 10 % prévu pour 2027. Les États membres, notamment la France et l'Allemagne, devraient aussi annoncer des mesures ciblées pour soutenir les start-up deep tech, comme des crédits d'impôt renforcés ou des fonds souverains dédiés.

Reste à voir si ces initiatives suffiront à combler le retard. Pour Aghion, l'enjeu dépasse le simple cadre économique : « L'Europe a toujours été un modèle de régulation et de protection sociale. Si elle perd aussi son avance technologique, c'est tout son modèle qui est menacé. »

Le débat est lancé, et les prochaines échéances, comme le sommet européen sur la compétitivité prévu en juillet 2026, pourraient donner le ton sur l'ambition réelle des Vingt-Sept.

Selon les données disponibles, l'Europe est particulièrement en retard dans les semi-conducteurs avancés, l'intelligence artificielle générative, les batteries pour véhicules électriques et les technologies quantiques. Ces secteurs, considérés comme stratégiques, sont dominés par les États-Unis et la Chine, qui déposent la majorité des brevets mondiaux.