Les garde-côtes philippins ont signalé, jeudi 7 mai 2026, une nouvelle tension en mer de Chine méridionale après avoir intercepté un navire de recherche scientifique chinois opérant près d’un récif disputé des îles Spratleys. Selon Le Figaro, cet incident s’inscrit dans un contexte de revendications territoriales opposant Pékin et Manille, malgré un arbitrage international rejetant les prétentions chinoises.

Ce qu'il faut retenir

  • Un navire de recherche chinois, le Xiang Yang Hong 33, a mené des opérations près du récif de l’Iroquois, une zone revendiquée par les Philippines
  • Les garde-côtes philippins ont émis un avertissement radio après avoir observé 41 vaisseaux de la milice maritime chinoise mouillés à proximité
  • Manille accuse Pékin d’une « grave atteinte aux droits souverains » et de violations des eaux territoriales
  • L’ambassade de Chine à Manille a réaffirmé ses « droits historiques » sur ces zones, malgré l’arbitrage de 2016
  • Cet épisode survient alors que des exercices militaires conjoints philippino-américano-japonais viennent de débuter aux Philippines

Un navire chinois repéré en zone contestée

Mercredi 6 mai 2026, un avion des garde-côtes philippins a survolé la zone du récif de l’Iroquois, dans l’archipel des Spratleys, et a observé le Xiang Yang Hong 33 en train de déployer une embarcation vers le récif. « Les opérations menées par ce navire chinois, capable de transporter des engins submersibles, constituent une violation des droits souverains et de la juridiction maritime des Philippines », a souligné dans un communiqué l’autorité maritime de Manille. Les autorités philippines estiment que ces activités s’inscrivent dans une stratégie de Pékin visant à renforcer sa présence dans une zone riche en hydrocarbures et stratégiquement située.

L’avion a également comptabilisé 41 autres navires chinois, identifiés comme des éléments de la « milice maritime » — une flotte civile souvent mobilisée par Pékin pour appuyer ses revendications. Parmi ces bâtiments, certains mouillaient près de l’île Thitu, habitée par quelque 400 Philippins, et considérée comme un point clé de la souveraineté de Manille dans la région.

Manille et Pékin s’opposent sur le plan juridique

Les Philippines ont réagi avec fermeté, dénonçant une « atteinte grave » à leur intégrité territoriale. « La présence non autorisée de ce navire de recherche et le déploiement massif de navires de la milice maritime chinoise sapent nos droits souverains », a affirmé le porte-parole des garde-côtes, le contre-amiral Jay Tarriela, dans une déclaration rapportée par Le Figaro. De son côté, l’ambassade de Chine à Manille a réitéré les revendications de Pékin, invoquant des « droits historiques » sur ces territoires, sans pour autant apporter de précisions juridiques supplémentaires.

Cette position contraste avec la décision de 2016 de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, qui avait invalidé les prétentions chinoises sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale au motif qu’elles n’avaient « aucune base juridique ». Pékin a toujours rejeté ce verdict, refusant de reconnaître la légitimité de l’instance arbitrale. « Nos missions scientifiques respectent le droit international », a affirmé l’ambassade chinoise, sans fournir d’éléments concrets pour étayer cette affirmation.

Contexte géopolitique tendu

Cet incident survient alors que les Philippines, leurs alliés américains et, pour la première fois, un contingent japonais, viennent de lancer des manœuvres militaires annuelles dans l’archipel. Ces exercices, qui dureront plusieurs jours, visent officiellement à renforcer la coopération régionale face aux ambitions chinoises. La présence japonaise marque une évolution notable : Tokyo, traditionnellement prudent sur les questions de sécurité en mer de Chine, semble désormais adopter une posture plus proactive pour contrer l’influence de Pékin dans la région.

Selon les analystes, cette militarisation croissante pourrait aggraver les tensions existantes. « La multiplication des incidents en mer de Chine méridionale reflète une stratégie chinoise de fait accompli », explique à Le Figaro un expert en sécurité maritime, sous couvert d’anonymat. « En répondant par des démonstrations de force, les Philippines et leurs alliés risquent d’entrer dans un cycle de provocations difficile à briser ».

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir une intensification des patrouilles philippines dans la zone, tandis que Pékin devrait probablement maintenir — voire renforcer — sa présence navale sous couvert de missions scientifiques ou de pêche. Une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, prévue en juin 2026, pourrait aborder la question des tensions en mer de Chine, mais aucune initiative concrète n’est encore attendue de la part des grandes puissances. Les Philippines, de leur côté, pourraient déposer une nouvelle plainte auprès des instances internationales, sans garantie de succès au vu des précédents.

Reste à savoir si les exercices militaires en cours parviendront à dissuader Pékin de poursuivre ses activités dans les eaux contestées. Autant dire que la situation, déjà complexe, pourrait encore se dégrader dans les mois à venir.

Pékin s’appuie sur une interprétation historique de ses « droits souverains », remontant à plusieurs siècles, et sur des cartes en « langue de bœuf » (dites « Nine-Dash Line ») dessinées par le gouvernement nationaliste chinois dans les années 1940. En 2016, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye a jugé ces revendications infondées, mais la Chine a rejeté cette décision, la qualifiant de « politiquement motivée ».