Une cargaison exceptionnelle de 90 000 tonnes de diesel doit parcourir plus de 19 000 kilomètres entre la Corée du Sud et l’Europe, selon nos confrères de BFM Business. Ce trajet maritime, organisé par le négociant Trafigura, illustre l’ampleur des tensions sur le marché mondial des carburants, alors que les prix du gazole flambent en Europe.

Ce qu'il faut retenir

  • Une cargaison record de 90 000 tonnes de diesel doit être acheminée de Corée du Sud vers l’Europe, parcourant plus de 19 000 km.
  • Le prix du gazole en France atteint 2,22 €/litre, soit 17 centimes de plus que le SP95-E10, une première.
  • Les importations européennes de diesel ont chuté de 1,97 million à 1,56 million de barils par jour entre janvier et juillet 2026.
  • Les marges de raffinage en Europe ont atteint un record de 79 dollars par baril au-dessus du Brent.
  • La France importe 50 % de son gazole, contre 38 % en moyenne pour l’Europe.

Un trajet exceptionnel pour pallier une pénurie annoncée

Le pétrolier Priamos, récemment construit, quittera la Corée du Sud ce mois-ci avec à son bord une cargaison de 90 000 tonnes de gazole. Le navire devrait emprunter une route longue de plus de 19 000 kilomètres, probablement via le canal de Suez, avant d’atteindre le nord-ouest de l’Europe, vraisemblablement Rotterdam ou le Royaume-Uni. Selon Bloomberg, cette opération est exceptionnelle, car le diesel sud-coréen est normalement destiné à l’Asie-Pacifique.

Ce choix s’explique par l’écart de prix entre les deux régions, qui a atteint un niveau historique en 2026. PVM, un courtier spécialisé, souligne que la prime européenne permet d’absorber le coût prohibitif du transport depuis la Corée du Sud. Autrement dit, importer du diesel de si loin devient rentable uniquement parce que l’Europe paie le carburant plus cher qu’ailleurs.

Un marché européen sous tension, entre baisse des importations et perturbations de l’offre

La situation en Europe est critique, avec des stocks de diesel bien inférieurs à leur moyenne saisonnière. Les importations ont reculé de 21 % entre janvier et juillet 2026, passant de 1,97 million à 1,56 million de barils par jour, d’après les données de Kpler relayées par Reuters. Plusieurs facteurs expliquent cette chute : les conflits au Moyen-Orient perturbent les flux de pétrole brut et de produits raffinés, tandis que les frappes ukrainiennes ont endommagé ou stoppé plusieurs raffineries russes.

Moscou, deuxième exportateur mondial de diesel après les États-Unis, a d’ailleurs prolongé jusqu’au 30 septembre 2026 son interdiction d’exporter du gazole afin de sécuriser son marché intérieur. Ces tensions ont fait exploser les marges de raffinage en Europe, atteignant un record de 79 dollars par baril au-dessus du prix du Brent. Entre février et juillet, la part du raffinage dans le prix du gazole est passée de 10 à 35 centimes par litre, selon une analyse de la Banque centrale européenne.

La France en première ligne face à la dépendance aux importations

La France est particulièrement vulnérable, puisque 50 % du gazole qu’elle consomme est importé, contre une moyenne de 38 % pour l’ensemble de l’Europe, selon les chiffres de BNP Paribas. En 2024, le pays avait importé 25,1 millions de mètres cubes de diesel, dont 28 % en provenance du Moyen-Orient. Cette dépendance s’explique par la réduction progressive des capacités de raffinage en France, où ne subsistent plus que six sites métropolitains, pour une capacité totale d’environ 57 millions de tonnes par an.

Au printemps 2026, le gouvernement avait demandé aux industriels d’envisager une hausse de leur production. La raffinerie de Gravenchon, par exemple, étudiait la possibilité de produire 15 000 tonnes de diesel supplémentaires par mois. Cependant, les sites de TotalEnergies fonctionnaient déjà à pleine capacité, limitant toute marge de manœuvre.

Des prix record à la pompe, une première pour le diesel

Cette situation se répercute directement à la pompe. Au 2 septembre 2026, le litre de gazole coûtait en moyenne 2,22 € en France, contre 2,064 € pour le SP95-E10. Pour la première fois, le diesel est ainsi plus cher que l’essence, avec une différence de 17 centimes par litre. Cette inversion des prix reflète à la fois la rareté du carburant et l’augmentation des coûts de raffinage. —

L’arrivée de cargaisons venues de Corée du Sud, couplée à une hausse attendue des exportations chinoises, devrait permettre d’éviter une rupture physique d’approvisionnement cet hiver. Cependant, ces importations lointaines ne suffiront pas à faire baisser les prix rapidement. Avec l’hiver qui approche, période durant laquelle le diesel entre en concurrence avec certains combustibles de chauffage, l’Europe devra continuer à payer un prix élevé pour attirer des cargaisons produites à l’autre bout du monde.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient influencer l’évolution du marché dans les prochains mois. D’abord, la fin de l’interdiction russe d’exportation de diesel, prévue pour le 30 septembre 2026, pourrait modifier les flux d’approvisionnement. Ensuite, les négociations entre l’Union européenne et les pays producteurs de pétrole pour sécuriser des contrats à long terme pourraient apporter un début de stabilisation. Enfin, les décisions des raffineurs européens concernant une éventuelle augmentation de leur production seront déterminantes pour l’équilibre du marché.

Dans ce contexte, les consommateurs et les industriels devront composer avec des prix élevés et une volatilité persistante. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer si les importations exceptionnelles suffisent à combler le déficit européen, ou si d’autres mesures seront nécessaires pour éviter une crise de l’approvisionnement cet hiver.

Le prix du diesel a dépassé celui de l’essence en septembre 2026 en raison de plusieurs facteurs : une pénurie de stocks en Europe, des marges de raffinage historiquement élevées (jusqu’à 79 dollars par baril au-dessus du Brent), et une dépendance accrue aux importations, notamment depuis des régions éloignées comme la Corée du Sud. La hausse des coûts de production et de transport se répercute directement à la pompe.