Depuis près d’une année, la promesse d’un remaniement gouvernemental au Cameroun s’éternise, alimentant un sentiment de lassitude croissant parmi la population. Selon nos confrères de RFI, les Camerounais guettent chaque soir à 17 heures, à l’heure du journal radio, l’annonce tant attendue d’un nouveau gouvernement. Pourtant, neuf mois après la déclaration du président Paul Biya promettant sa formation « dans les prochains jours », le gouvernement actuel, dirigé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, reste en place. Une situation qui place cette équipe au pouvoir depuis désormais sept ans, un record de longévité sous la Ve République camerounaise.
Ce qu'il faut retenir
- Le gouvernement camerounais, dirigé par Joseph Dion Ngute, est en place depuis sept ans, un record sous Paul Biya.
- Le président Biya avait annoncé un remaniement « dans les prochains jours » il y a neuf mois.
- La population camerounaise attend toujours une annonce officielle, chaque jour à 17 heures.
- Cette attente prolongée suscite à la fois lassitude et impatience dans le pays.
Une promesse présidentielle devenue source de frustration
Lorsque le chef de l’État camerounais, Paul Biya, alors âgé de 88 ans, avait évoqué la formation d’un nouveau gouvernement lors de son discours à la nation en décembre 2025, l’espoir avait rapidement gagné la population. D’après RFI, l’annonce avait été accueillie comme un signe d’ouverture politique et de renouvellement. Pourtant, près d’une année plus tard, le statu quo persiste. À Yaoundé, comme dans les autres grandes villes du pays, les rumeurs et les spéculations vont bon train, mais aucune confirmation officielle n’a été apportée.
Cette attente interminable s’inscrit dans un contexte où les Camerounais expriment un besoin croissant de changement. Joseph Dion Ngute, en poste depuis janvier 2020, incarne une continuité politique que certains jugent usée. Les critiques pointent notamment l’absence de renouvellement des visages politiques, alors que le pays fait face à des défis économiques et sociaux persistants.
Un gouvernement parmi les plus stables de la région
Avec sept années consécutives à sa tête, le gouvernement Ngute est aujourd’hui le plus durable de l’histoire récente du Cameroun. Une longévité qui contraste avec les remaniements fréquents observés dans d’autres pays africains, où les changements de gouvernement peuvent intervenir tous les deux ou trois ans. Cette stabilité, souvent présentée comme un gage de continuité par le pouvoir en place, est désormais perçue par une partie de l’opinion publique comme une source de stagnation.
Dans les rues de Douala ou de Yaoundé, les discussions portent moins sur les réalisations du gouvernement que sur l’absence de perspectives. « On nous parle de changements depuis des mois, mais rien ne bouge », confie un habitant de la capitale économique à un journaliste de RFI. Cette lassitude est d’autant plus marquée que les défis du pays restent nombreux : croissance économique atone, tensions sociales récurrentes et crise anglophone toujours non résolue.
L’ombre des prochaines échéances politiques
Alors que l’impatience grandit, les observateurs s’interrogent sur les motivations d’un retard aussi prolongé. Certains analystes évoquent des divisions au sein du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), tandis que d’autres soulignent la difficulté de concilier les ambitions des différentes factions. Comme le rapporte RFI, les spéculations vont bon train : certains évoquent un remaniement partiel, d’autres une refonte totale de l’exécutif. Une chose est sûre, la pression monte.
Le président Biya, au pouvoir depuis 1982, reste un acteur central de ces décisions. À 93 ans, sa santé et sa capacité à diriger un remaniement majeur sont régulièrement questionnées. Pourtant, aucune indication officielle n’a été donnée quant à un éventuel retrait ou à une passation de pouvoir. Pour l’instant, le gouvernement Ngute continue de gérer les affaires courantes, dans l’attente d’un signal fort du palais présidentiel.
Alors que les Camerounais continuent d’écouter chaque soir les journaux radiodiffusés, une question persiste : combien de temps encore faudra-t-il attendre avant que les promesses ne deviennent des actes ? Le temps joue désormais contre le pouvoir en place.
Plusieurs hypothèses sont avancées : des divisions au sein du RDPC, la difficulté de concilier les ambitions des différentes factions, ou encore des considérations liées à la santé du chef de l’État. Aucune explication officielle n’a été fournie à ce jour, selon RFI.