Un an après l’adoption de la feuille de route « REPowerEU » par la Commission européenne, visant à réduire la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, les progrès sur le front nucléaire restent quasi inexistants. Selon Reporterre, si les sanctions contre le pétrole russe (à hauteur de 90 % des importations interdites) et le gaz (une interdiction totale prévue pour 2027) ont avancé, le dossier de l’uranium russe, lui, reste bloqué. Pourtant, l’objectif affiché en mai 2025 était clair : mettre fin à toutes les importations d’énergie en provenance de Russie, y compris dans le secteur nucléaire.

Ce qu'il faut retenir

  • En mai 2025, la Commission européenne présentait au Parlement européen la feuille de route REPowerEU, visant à éliminer les importations d’énergie russe, dont l’uranium.
  • Un an plus tard, 90 % des importations de pétrole russe sont interdites, et une interdiction totale du gaz russe est prévue pour 2027.
  • Malgré ces avancées, aucune sanction n’a été adoptée contre l’uranium russe, alerte Greenpeace dans un rapport récent.
  • L’Europe continue donc de dépendre de l’uranium russe pour son parc nucléaire, malgré les tensions géopolitiques.

Un objectif ambitieux, des résultats inégaux

Le 6 mai 2025, la Commission européenne dévoilait devant le Parlement européen sa stratégie « REPowerEU », un plan visant à réduire drastiquement la dépendance de l’Union européenne (UE) à l’égard des énergies fossiles russes. Parmi les cibles prioritaires figuraient le pétrole, le gaz et, dans une moindre mesure, l’uranium, utilisé comme combustible dans les centrales nucléaires. Pourtant, comme le rapporte Reporterre, les résultats sont contrastés. Si les importations de pétrole russe ont chuté de 90 % grâce aux sanctions, et que l’UE prévoit une interdiction totale du gaz russe d’ici 2027, le nucléaire reste un parent pauvre de cette transition.

Pourtant, l’uranium russe représente une part non négligeable des approvisionnements européens. Selon les données disponibles, plusieurs pays de l’UE, dont la France, importent encore de l’uranium en provenance de Russie ou de pays tiers qui en raffinent. Une dépendance qui persiste malgré les tensions géopolitiques et les risques de rupture d’approvisionnement.

Greenpeace dénonce l’inaction sur le front nucléaire

Dans un rapport publié ce printemps, Greenpeace tire la sonnette d’alarme sur l’absence de sanctions contre l’uranium russe. L’ONG souligne que l’Europe, en continuant à importer ce combustible, finance indirectement l’effort de guerre russe. « L’UE a réussi à réduire ses importations de pétrole et de gaz, mais elle ferme les yeux sur le nucléaire, qui reste un maillon faible de sa stratégie énergétique », a déclaré une porte-parole de Greenpeace, citée par Reporterre.

Cette inertie s’explique en partie par la complexité des chaînes d’approvisionnement nucléaires. Contrairement au pétrole ou au gaz, l’uranium est transformé en plusieurs étapes avant d’être utilisé dans les réacteurs. Une partie de l’uranium russe est raffinée dans des pays tiers comme le Kazakhstan ou l’Ouzbékistan, ce qui complique la mise en place de sanctions directes. Pourtant, pour les militants écologistes, il n’y a pas de place à l’ambiguïté : « Si l’UE veut vraiment tourner la page sur les énergies russes, elle doit inclure l’uranium dans ses sanctions », insiste Greenpeace.

Quelles alternatives pour l’Europe ?

Face à cette dépendance persistante, plusieurs pistes sont évoquées pour réduire la part de l’uranium russe dans le mix énergétique européen. La première consiste à relancer l’extraction et le raffinage d’uranium en Europe. Plusieurs projets sont à l’étude, notamment en France, en Suède et en Finlande, mais leur mise en œuvre prendra des années. Une autre option serait d’accélérer le développement des énergies renouvelables et du nucléaire « vert », c’est-à-dire produit sans dépendre de matières premières russes.

Enfin, certains États membres pourraient envisager de diversifier leurs sources d’approvisionnement. Le Canada, l’Australie ou encore le Niger pourraient jouer un rôle plus important dans les années à venir. Cependant, ces alternatives nécessitent des investissements massifs et une coordination renforcée entre les pays de l’UE, ce qui n’est pas encore à l’ordre du jour.

Et maintenant ?

La Commission européenne devrait prochainement publier un bilan intermédiaire de la mise en œuvre de REPowerEU. Une occasion de faire le point sur les avancées, ou l’absence d’avancées, concernant l’uranium russe. D’ici la fin de l’année 2026, les États membres devront également présenter leurs plans nationaux pour se conformer aux objectifs climatiques et énergétiques de l’UE. Reste à savoir si l’uranium sera enfin intégré à la liste des énergies à bannir.

En attendant, l’Europe continue de marcher sur une ligne de crête : réduire sa dépendance aux énergies fossiles russes, tout en maintenant un approvisionnement stable pour son parc nucléaire, un secteur qui fournit près de 25 % de l’électricité consommée dans l’UE.

Selon les dernières estimations disponibles, environ 20 % de l’uranium enrichi utilisé dans les centrales nucléaires européennes provient de Russie ou de pays dépendants des matières premières russes. Ce chiffre varie selon les États membres, la France étant l’un des pays les plus exposés.