Le Livret A, placé par 58 millions de Français, voit son taux de rémunération passer de 1,5 % à 1,7 % depuis le 1er août 2026, selon BFM Business. Cette hausse, décidée par le gouvernement mi-juillet, intervient dans un contexte d’inflation persistante et de tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Pourtant, malgré cette revalorisation, son rendement réel reste négatif une fois déduite l’inflation, qui atteint 2,1 % sur un an.
Ce qu'il faut retenir
- Taux revalorisé : le Livret A passe de 1,5 % à 1,7 % le 1er août 2026, comme annoncé par le gouvernement.
- Rendement réel négatif : avec une inflation à 2,1 %, l’épargne sur ce livret perd de sa valeur.
- Décollecte record : au premier semestre 2026, les retraits ont dépassé les versements de 5,93 milliards d’euros.
- Encours en baisse : le total des dépôts sur le Livret A et le LDDS s’élève à 608,3 milliards d’euros, en recul de 0,1 % sur un an.
- Comparaison historique : cette décollecte est la pire depuis 20 ans, hors 2015 où le solde était déjà négatif (-2,45 milliards).
Un placement moins attractif, malgré la hausse du taux
Alors que le Livret A enregistre ses pires performances en vingt ans au premier semestre 2026, la revalorisation de son taux à 1,7 % pourrait-elle relancer son attractivité ? La question se pose alors que les Français ont massivement retiré leurs fonds ces derniers mois. Selon BFM Business, les retraits ont dépassé les versements de 5,93 milliards d’euros entre janvier et juin, un phénomène inédit depuis 2009 – à l’exception de l’année 2015.
Cette décollecte s’inscrit dans un contexte de baisse continue des taux d’intérêt des livrets réglementés, poussant les épargnants à se tourner vers des placements plus rémunérateurs, comme l’assurance vie. « Depuis 2009, seule l’année 2015 avait été marquée par un solde négatif au premier semestre », rappelle Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne. Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), dont le taux suit la même évolution, a également subi une décollecte de 960 millions d’euros sur la même période.
Un encours global en légère baisse, mais toujours colossal
Au 30 juin 2026, l’encours total du Livret A et du LDDS s’établit à 608,3 milliards d’euros, soit une baisse de 0,1 % sur les douze derniers mois. Pour mettre cette somme en perspective, il suffit de rappeler que la collecte nette pour ces deux livrets atteignait 6,03 milliards d’euros à la même période en 2025, 15 milliards en 2024 et près de 26 milliards en 2023, un record. « Le second semestre se caractérise traditionnellement par une hausse des retraits », souligne Philippe Crevel, évoquant les dépenses de vacances, de rentrée scolaire et de fin d’année.
La hausse du taux de rémunération pourrait-elle inverser la tendance ? Rien n’est moins sûr, d’autant que le rendement réel du Livret A reste négatif. « Le relèvement du taux du Livret A pourrait ralentir la décollecte, sans pour autant suffire à inverser durablement la tendance », estime le directeur général du Cercle de l’Épargne. Les incertitudes persistantes, notamment liées au conflit au Moyen-Orient et à l’évolution des prix de l’énergie, pourraient en effet inciter les ménages à privilégier la liquidité et à puiser dans leur épargne de précaution.
Assurance vie et LDDS : des alternatives qui séduisent
Alors que le Livret A subit une crise de confiance, d’autres placements tirent leur épingle du jeu. L’assurance vie, par exemple, a enregistré une collecte nette de 36,5 milliards d’euros au premier semestre 2026, un record depuis vingt ans. Cette performance s’explique en partie par la baisse des taux des livrets réglementés et par un rendement moyen des fonds euros à 2,6 % en 2025. « Chaque placement répond à un objectif différent », rappelle Thomas Perret, fondateur de Mon Petit Placement. « Le Livret A permet de faire face aux imprévus, mais il ne remplace pas une stratégie d’investissement construite pour financer des projets ou préparer l’avenir ».
Pour l’expert, la hausse du taux du Livret A à 1,7 % est une « bonne nouvelle pour sécuriser l’épargne de précaution », d’autant que les sommes placées sont garanties par l’État, disponibles à tout moment et non fiscalisées. Cependant, il met en garde contre un éventuel report excessif des épargnants vers ce seul placement, au détriment d’une diversification nécessaire.
« Le Livret A reste un placement peu intéressant en termes de rendement réel, qui perd de sa valeur une fois l’inflation déduite. »
— Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne
Les prochaines décisions du gouvernement sur les taux des livrets réglementés, attendues d’ici la fin de l’année, seront donc scrutées avec attention. Par ailleurs, le conflit au Moyen-Orient et son impact sur les prix de l’énergie pourraient influencer les choix d’épargne des ménages dans les mois à venir.
Le rendement réel du Livret A est calculé après déduction de l’inflation. Avec un taux nominal passé à 1,7 % et une inflation à 2,1 % en juillet 2026, l’épargne placée sur ce livret perd 0,4 % de sa valeur en termes réels. Autrement dit, les intérêts versés ne suffisent pas à compenser la hausse générale des prix.
Les épargnants pourraient continuer à diversifier leur épargne vers des placements plus rémunérateurs, comme l’assurance vie ou les fonds euros, tout en conservant une partie de leur épargne sur le Livret A pour sa sécurité et sa liquidité. La prochaine révision des taux, attendue d’ici la fin de l’année, sera un indicateur clé pour les mois à venir.