Le Centre d’histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD) de Lyon propose, jusqu’au 7 juin 2026, une exposition intitulée « La guerre en jeux ». Comme le rapporte Franceinfo - Culture, cette manifestation originale explore la vie quotidienne des enfants durant la Seconde Guerre mondiale, en s’appuyant sur des objets du quotidien : jouets, jeux et dessins.

À l’occasion du 8 mai 2026, jour de commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, cette exposition offre un éclairage inédit sur la manière dont les plus jeunes ont vécu cette période. Elle interroge notamment le rapport aux objets, souvent chargés d’émotion et de mémoire, dans un contexte de privation et de violence.

Ce qu'il faut retenir

  • Une exposition au CHRD de Lyon, jusqu’au 7 juin 2026, dédiée à l’enfance pendant la Seconde Guerre mondiale à travers les jouets et les jeux.
  • Des objets personnels d’enfants déportés ou tués, comme une poupée arrachée à Denise et Micheline Levy ou un jeu en bois ayant appartenu à René Deglane, mort à Oradour-sur-Glane.
  • Une approche historique innovante, utilisant les jouets comme porte d’entrée pour comprendre le quotidien des enfants en temps de guerre.
  • Un rapport d’inspection des Archives nationales, oralisé dans l’exposition, révèle les dessins d’enfants de Marseille en 1943.

Une exposition centrée sur les jouets comme témoignages historiques

« La guerre en jeux » s’articule autour d’objets symboliques, souvent émouvants, qui illustrent la diversité des situations vécues par les enfants entre 1939 et 1945. Parmi les pièces exposées figurent des poupées ayant appartenu à Denise et Micheline Levy, deux sœurs juives arrêtées à Haguenau (Bas-Rhin) avant leur déportation. Leur histoire rappelle le sort réservé à des milliers d’enfants dont les biens furent confisqués ou détruits lors des rafles.

Autre exemple marquant : un jeu en bois ayant appartenu à René Deglane, un enfant décédé dans l’église d’Oradour-sur-Glane, lieu d’un massacre perpétré par une unité de la Waffen-SS en juin 1944. Ces objets, conservés dans les archives ou restitués par des familles, deviennent des preuves tangibles de la brutalité du conflit sur les plus vulnérables.

Le CHRD mise sur une approche pédagogique et sensible

Marion Vivier, commissaire de l’exposition, souligne l’originalité de cette démarche : « C’est un matériau nouveau utilisé par les historiens depuis quelques années. Les jeux et les jouets constituent une porte d’entrée pour atteindre la connaissance du quotidien des enfants en temps de guerre. » Elle ajoute que « toutes les enfances ne se ressemblent pas » selon les régions — zone occupée ou non, proche des zones de combat ou non — ou selon les conditions sociales des familles.

L’exposition s’appuie également sur des documents d’archives, comme un rapport d’inspection des Archives nationales daté de 1943. Ce texte, oralisé dans le cadre de la manifestation, décrit les dessins réalisés par des écoliers de Marseille cette année-là. Une manière de montrer comment les enfants, même dans des contextes extrêmes, ont tenté de conserver une trace de leur vie à travers l’art et le jeu.

Le regard d’une enfant de 10 ans, Gaëlle

Gaëlle, une visiteuse de 10 ans, a particulièrement marqué les organisateurs par sa lucidité. « J’ai retenu qu’il y avait des enfants qui mouraient dans la guerre et qui prenaient soin de leurs jouets, explique-t-elle. Ils aimaient beaucoup s’amuser, et on les prenait de force dans les camps pour les tuer. Ils ne pouvaient pas emmener leurs jouets, ça les rendait tristes. » Son témoignage, recueilli par Franceinfo - Culture, illustre la manière dont cette exposition permet aux jeunes visiteurs de se projeter dans l’histoire.

Gaëlle a également évoqué un moment marquant de sa visite : la découverte de l’obligation pour certains enfants de choisir rapidement un jouet avant de fuir. « Chez moi, j’en ai plein et je ne sais pas quoi prendre. Moi, je pensais à une peluche parce que tu peux dormir avec, et en même temps tu peux jouer avec », confie-t-elle. Une réflexion qui résume à elle seule l’attachement émotionnel aux objets du quotidien, même dans les circonstances les plus dramatiques.

« Peut-être qu’il y a des possibilités qu’il y ait encore des guerres, et peut-être, s’ils reprennent les mêmes manières d’avant, ça peut arriver à nous et à nos familles… »
Gaëlle, 10 ans, après sa visite de l’exposition.

Un dialogue intergénérationnel sur la mémoire de la guerre

L’exposition ne se contente pas de présenter des objets : elle invite aussi à une réflexion sur la transmission de la mémoire. Ingrid, la mère de Gaëlle, a partagé son propre sentiment d’impuissance face à l’histoire. « Ce que je ferais ? Je ne sais pas, réagit-elle. Je dis tout le temps que je vais prendre les photos s’il faut s’échapper… » Une réaction qui montre comment les visiteurs adultes, même informés, sont confrontés à l’actualité de ces récits.

Pour les responsables du CHRD, cette exposition s’inscrit dans une volonté de diversifier les supports de la mémoire. « On cherche toujours de nouvelles façons d’aborder l’histoire pour toucher un public plus large, précise Marion Vivier. Les jouets, parce qu’ils parlent à tout le monde, sont un excellent vecteur. »

Et maintenant ?

Après le 7 juin 2026, date de clôture de l’exposition, le CHRD de Lyon envisage de prolonger cette réflexion à travers des ateliers pédagogiques destinés aux scolaires. D’autres musées et centres d’histoire pourraient également s’emparer de cette approche pour organiser des manifestations similaires. Reste à voir si cette initiative inspirera d’autres lieux culturels en France.

Pour clore, cette exposition rappelle que l’histoire ne se résume pas à des dates ou à des chiffres, mais s’incarne aussi dans des objets du quotidien, porteurs de souvenirs et d’émotions. À travers « La guerre en jeux », le CHRD offre une lecture à hauteur d’enfant d’une période sombre, tout en rappelant que le devoir de mémoire concerne chaque génération.

Selon Franceinfo - Culture, le CHRD s’appuie sur une approche historique récente qui utilise les jouets comme « porte d’entrée pour atteindre la connaissance du quotidien des enfants en temps de guerre ». Les objets du quotidien permettent de rendre tangible une histoire souvent abstraite pour les jeunes visiteurs, tout en offrant un éclairage sur les différences de conditions selon les régions ou les milieux sociaux.