La junte militaire malienne a inscrit une dizaine de ses ressortissants vivant en exil sur la liste nationale des sanctions financières ciblées, les accusant de « promotion et apologie du terrorisme ». Une décision qui s’inscrit dans la stratégie de répression des autorités de transition envers les voix dissidentes, selon RFI.
Ces mesures restrictives, entrées en vigueur cette semaine à Bamako, visent spécifiquement des personnalités politiques et militantes ayant fui le pays après le coup d’État de 2020. Parmi les cibles figurent d’anciens responsables gouvernementaux, des journalistes et des activistes, tous désormais frappés d’une interdiction de gérer des avoirs financiers sur le territoire national.
Ce qu'il faut retenir
- Une dizaine de Maliens en exil inscrits sur la liste des sanctions financières pour « promotion et apologie du terrorisme ».
- Les mesures interdisent la gestion de biens et actifs financiers sur le sol malien.
- Ces personnes sont accusées de soutenir ou d’encourager des groupes armés jihadistes.
- La décision a été prise par les autorités de la junte militaire en place depuis 2020.
- Parmi les cibles figurent d’anciens responsables politiques, journalistes et militants.
Des sanctions ciblées dans un contexte de tensions persistantes
Cette annonce survient alors que le Mali reste confronté à une insécurité chronique dans le centre et le nord du pays, où les groupes jihadistes multiplient les attaques contre les forces armées et les civils. Les autorités de transition, qui ont pris le pouvoir après deux coups d’État en août 2020 et mai 2021, justifient ces mesures par la nécessité de lutter contre « toute forme de soutien au terrorisme ».
Selon RFI, les personnes sanctionnées sont accusées d’avoir tenu des discours ou publié des contenus en ligne « incitant à la violence ou légitimant l’action des groupes armés ». Aucune précision n’a été donnée sur leur identité ou leur localisation actuelle, mais des sources diplomatiques évoquent des exilés en Europe et en Afrique de l’Ouest.
Une stratégie de répression qui s’étend aux diasporas
Ces sanctions ne sont pas isolées. Depuis 2022, la junte a progressivement durci le ton envers les opposants, qu’ils soient sur place ou à l’étranger. En 2025, plusieurs associations de la diaspora malienne avaient déjà dénoncé des pressions accrues, notamment des convocations devant les tribunaux militaires pour des faits liés à la « sécurité nationale ».
Pour les observateurs, cette politique vise autant à affaiblir l’opposition qu’à envoyer un message clair aux partenaires internationaux, dont certains critiquent le rapprochement du régime avec des groupes armés pour combattre les jihadistes. « C’est une manière de montrer que Bamako ne tolérera aucune remise en cause de sa légitimité », analyse un chercheur spécialiste du Sahel.
Quelles conséquences pour les personnes sanctionnées ?
Concrètement, les douze personnes inscrites sur cette liste ne pourront plus ouvrir ni posséder de comptes bancaires au Mali. Leurs éventuels biens immobiliers ou actifs financiers sur place seront gelés, et tout tiers collaborant avec elles s’expose à des poursuites. Les sanctions s’appliquent également à leur entourage proche, sous peine de complicité.
« Ces mesures sont disproportionnées et visent à museler toute voix critique », a réagi un porte-parole d’une ONG de défense des droits humains, sous couvert d’anonymat. De son côté, le gouvernement malien n’a pas encore réagi officiellement, mais des rumeurs circulent selon lesquelles d’autres noms pourraient être ajoutés dans les prochaines semaines.
La junte malienne maintient ainsi une pression constante sur ses détracteurs, qu’ils soient sur place ou dispersés à travers le monde. Une politique qui, selon certains analystes, risque d’alimenter un cycle de radicalisation plutôt que de stabiliser le pays.
Les autorités n’ont pas détaillé publiquement les éléments précis à l’appui de ces accusations. Selon RFI, il s’agirait principalement de publications en ligne, d’interviews ou de prises de position jugées comme « apologiques » des groupes armés. Aucune preuve judiciaire n’a été rendue publique à ce stade.