Au Mali, l’armée nationale et ses partenaires russes de l’Africa Corps intensifient leurs opérations dites de « sécurisation » sur le territoire. Ces dernières semaines, plusieurs succès ont été enregistrés, comme la levée partielle du blocus jihadiste sur la ville de Diafarabé, dans la région de Mopti, ou encore l’acheminement de denrées alimentaires et de camions-citernes à Bamako. Selon RFI, ces avancées s’accompagnent toutefois de violences graves à l’encontre de civils. Entre exécutions sommaires, bombardements et exactions, le bilan humain s’alourdit chaque semaine.
Ce qu'il faut retenir
- Une trentaine de civils exécutés jeudi 14 mai à Sarkala, dans la région de Ségou.
- Une dizaine de morts lors d’un bombardement visant une cérémonie de mariage à Téné, région de San, samedi.
- Huit civils abattus dimanche 16 mai à Guirowel, dans la région de Mopti.
- Des succès logistiques malgré l’insécurité persistante, avec des convois alimentaires et de carburant acheminés.
- L’Africa Corps, partenaire russe de l’armée malienne, joue un rôle croissant dans ces opérations.
Des opérations militaires aux résultats contrastés
Les forces maliennes et leurs alliés de l’Africa Corps multiplient les offensives pour reprendre le contrôle de zones tenues par les groupes jihadistes, principalement dans le centre et le nord du pays. Comme le rapporte RFI, la reprise de Diafarabé, sous blocus depuis près d’un an, marque un tournant symbolique. Des convois de nourriture et de carburant ont pu y pénétrer, signe d’une amélioration ponctuelle des conditions de vie. À Bamako, l’acheminement de camions-citernes a permis de pallier, en partie, les pénuries de carburant qui frappaient la capitale.
Ces succès opérationnels contrastent avec l’insécurité persistante. Dans plusieurs localités, les groupes armés continuent de harceler les populations et les forces de l’ordre, prolongeant un cycle de violences qui dure depuis près d’une décennie. La région de Mopti, en particulier, reste l’une des plus instables, avec des attaques régulières attribuées aux groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique.
Des exactions ciblées contre des civils : un bilan humain lourd
Les dernières semaines ont été marquées par une hausse des violences contre les civils, attribuées aussi bien aux groupes armés qu’aux forces de sécurité. D’après RFI, au moins 30 personnes ont été exécutées sommairement le 14 mai à Sarkala, dans la région de Ségou. Selon des témoignages locaux, les victimes auraient été accusées de collaboration avec les jihadistes, sans preuve tangible. Samedi 15 mai, un bombardement aérien a visé une cérémonie de mariage à Téné, faisant une dizaine de morts, dont plusieurs femmes et enfants. Dimanche 16 mai, huit civils, dont des agriculteurs, ont été abattus à Guirowel, toujours dans la région de Mopti.
Ces événements soulèvent des questions sur le respect du droit international humanitaire. Les Nations unies et plusieurs ONG ont déjà alerté à plusieurs reprises sur les risques de violations des droits humains dans le cadre des opérations antiterroristes. Les autorités maliennes n’ont pas encore réagi officiellement à ces accusations, mais des sources militaires évoquent des « erreurs » dans des contextes de combat particulièrement tendus.
Un contexte sécuritaire toujours dégradé
Le Mali traverse une crise sécuritaire majeure depuis 2012, marquée par des coups d’État, des rebellions touarègues et l’émergence de groupes jihadistes. En 2023, le pays a rompu ses liens avec la France pour se rapprocher de la Russie, dont les forces de l’Africa Corps sont désormais déployées aux côtés de l’armée malienne. Comme l’indique RFI, cette coopération a permis des avancées tactiques, mais elle s’accompagne de controverses, notamment en raison du manque de transparence sur les méthodes employées.
Les populations civiles, prises entre les feux croisés des groupes armés et des opérations militaires, paient le prix fort. Les déplacements forcés, les destructions d’infrastructures et les restrictions d’accès à l’aide humanitaire aggravent une situation déjà précaire. Selon l’ONU, plus de 700 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, un chiffre qui n’a cessé d’augmenter depuis 2020.
Ces événements rappellent l’urgence d’une solution politique à la crise malienne, au-delà des seules réponses militaires. Tant que les causes profondes de l’insurrection – marginalisation, gouvernance défaillante, trafics divers – ne seront pas adressées, le risque de rechute dans la violence restera élevé.
L’Africa Corps est une force paramilitaire russe déployée au Mali depuis 2023, officiellement pour soutenir les autorités dans leur lutte contre les groupes jihadistes. Elle opère aux côtés de l’armée malienne et est composée principalement de mercenaires du groupe Wagner, désormais intégré à cette nouvelle structure. Son rôle inclut des entraînements, des conseils militaires et des participations directes à des opérations de combat.