Pour endiguer la progression du moustique tigre, vecteur de maladies comme la dengue ou le chikungunya, des lâchers de moustiques mâles stérilisés sont désormais organisés à Mions, dans le Rhône. Cette méthode expérimentée dans plusieurs villes françaises, dont Montpellier et Brive-la-Gaillarde, vise à réduire la population de cet insecte invasif, déjà présent sur 80 % du territoire national.

Ce qu'il faut retenir

  • Une opération de stérilisation à grande échelle est menée à Mions (Rhône) avec le lâcher de 200 000 moustiques mâles stériles par semaine.
  • Ces mâles, élevés en laboratoire et rendus stériles par rayons X, s'accoupleront avec des femelles dont les œufs, non fécondés, ne donneront pas de descendance.
  • En 2025, la France a recensé 800 cas autochtones de chikungunya et 30 cas de dengue, justifiant l'urgence de cette lutte.
  • Le risque d'épidémies locales de dengue ou de chikungunya d'ici 2030 est évalué à 6 ou 7 sur une échelle de 0 à 9.
  • La ville de Mions investit 70 000 euros par an dans cette initiative, dans l'espoir de réduire les coûts en s'associant à d'autres communes.

Selon Franceinfo - Santé, cette technique, déjà déployée dans d'autres villes françaises, repose sur l'élevage industriel de moustiques tigres mâles rendus stériles par irradiation. Ces mâles, libérés dans la nature, s'accouplent avec les femelles locales sans produire de descendance viable. Florian Vernichon, responsable de déploiement chez Terratis, explique le principe : « La femelle va produire des œufs vides. Ces œufs ne donneront pas de nouveaux moustiques, ce qui casse progressivement la dynamique de prolifération de l'espèce. » Une femelle peut pondre plusieurs centaines d'œufs dans sa vie : chaque accouplement stérile élimine donc des centaines de futurs moustiques.

Une solution testée dans plusieurs villes, avec des résultats encourageants

La ville de Mions, située dans le Rhône, a choisi de s'inspirer des expériences menées à Montpellier (Hérault) et Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Dans ces deux villes, la population de moustiques tigres a été réduite de moitié dès la première année d'application de cette méthode, selon les autorités locales. Encouragé par ces résultats, le maire de Mions, Mickaël Paccaud, a décidé d'engager un budget annuel de 70 000 euros pour financer l'opération. « On a cette idée d'embarquer beaucoup de villes avec nous pour réduire les coûts. Plus on sera nombreux, moins la facture sera élevée », précise-t-il.

Un fléau qui perturbe le quotidien des riverains

Pour les habitants, l'arrivée massive du moustique tigre a transformé leur rapport aux espaces extérieurs, notamment en soirée. Nadine Saguin, riveraine à Mions depuis dix ans, témoigne : « Avant, on profitait du jardin l'été. Ces dernières années, on en profite très peu, surtout le soir. » Son constat reflète une tendance nationale : la prolifération de cet insecte, désormais présent dans la majorité des départements, perturbe les activités en plein air et impose des mesures de protection accrues.

Un laboratoire du sud de la France au cœur du dispositif

Les moustiques stériles sont élevés dans un laboratoire situé dans le sud du pays, où ils subissent une stérilisation par rayons X avant d'être conditionnés et transportés vers les zones cibles. Ce procédé, déjà utilisé dans d'autres pays comme les États-Unis ou l'Australie, est présenté comme une alternative écologique aux méthodes chimiques de lutte contre les moustiques. Jean Lang, docteur en médecine et en biologie, insiste sur l'urgence de la situation : « Il y a une forme d'urgence sanitaire. En 2025, on a enregistré 800 cas autochtones de chikungunya et 30 cas de dengue en France. Le risque d'épidémies locales d'ici 2030 est estimé à 6 ou 7 sur une échelle de 0 à 9. Nous sommes tous concernés. »

Des gestes individuels toujours indispensables

Malgré l'efficacité potentielle de cette méthode, les autorités sanitaires rappellent que la prévention individuelle reste cruciale. Jean-Michel Serrier, retraité et habitant de la région, a adopté des mesures strictes : « J'ai installé des filets sur mes récupérateurs d'eau et je vérifie systématiquement qu'il n'y a pas d'eau stagnante. Même 2 ou 3 millimètres suffisent à attirer les moustiques. » Il insiste également sur l'importance de vider les objets pouvant retenir l'eau après usage, comme les arrosoirs. Les moustiques tigres évoluent généralement dans un périmètre de 150 mètres autour de leur lieu de ponte, ce qui explique la nécessité d'une vigilance constante dans les jardins et espaces extérieurs.

Et maintenant ?

Cette méthode de lutte biologique pourrait s'étendre à d'autres communes françaises si les résultats obtenus à Mions, Montpellier et Brive-la-Gaillarde se confirment. Les autorités sanitaires pourraient décider d'élargir le dispositif d'ici la fin de l'année 2026, en fonction des données collectées. Parallèlement, des discussions sont en cours pour optimiser les coûts et rendre cette solution plus accessible aux collectivités locales.

La prolifération du moustique tigre, désormais endémique dans une grande partie du pays, pousse les pouvoirs publics à multiplier les approches pour limiter son expansion. Si les lâchers de moustiques stériles représentent une piste prometteuse, leur succès dépendra de leur déploiement à grande échelle et de la mobilisation des citoyens dans la prévention.

Non. Les moustiques relâchés sont exclusivement des mâles, qui ne piquent pas. Leur unique rôle est de s'accoupler avec des femelles pour réduire la population globale.

Les premières villes ayant testé cette méthode, comme Montpellier ou Brive-la-Gaillarde, ont constaté une baisse de 50 % de la population de moustiques tigres dès la première année d'application.