La rencontre annuelle des Musulmans de l’Ouest (RAMO), prévue ce week-end à Nantes, a été définitivement interdite par la justice après un recours des organisateurs contre l’arrêté préfectoral. Selon Le Figaro, le tribunal administratif a confirmé samedi l’interdiction émise vendredi par le préfet de Loire-Atlantique, à la demande expresse du ministre de l’Intérieur.
Cet arrêté motivait l’interdiction par la présence de cadres dirigeants de l’association Musulmans de France, jugés susceptibles de tenir des propos constitutifs d’infractions pénales ou portant atteinte à la dignité humaine et aux principes républicains. Le rassemblement, qui devait réunir environ 2 000 participants, a été annulé en urgence, privant les organisateurs et les participants d’un événement placé sous le signe du dialogue interreligieux et de la transmission spirituelle.
Ce qu'il faut retenir
- Le tribunal administratif de Nantes a confirmé samedi l’interdiction du rassemblement annuel des Musulmans de l’Ouest, prévue les 24 et 25 mai 2025 à Nantes.
- L’arrêté préfectoral avait été pris vendredi à la demande du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, invoquant des risques de propos attentatoires aux valeurs de la République.
- L’association organisatrice, l’Association islamique de l’Ouest de la France, avait prévu d’accueillir près de 2 000 personnes pour des conférences et des ateliers spirituels.
- En 2025, l’événement avait rendu hommage au prédicateur Hassan Iquioussen, fiché S et expulsé de France en 2022, figure controversée proche des milieux islamistes.
- Le Premier ministre Sébastien Lecornu a salué cette décision comme une « étape importante dans la lutte contre l’entrisme des Frères musulmans ».
Un arrêté préfectoral motivé par des craintes de dérive idéologique
L’interdiction de la RAMO à Nantes s’inscrit dans un contexte national marqué par une vigilance accrue des autorités sur les questions de radicalisation et d’entrisme politique dans les associations cultuelles. D’après Le Figaro, l’arrêté préfectoral, pris vendredi, visait spécifiquement la présence annoncée de « cadres dirigeants des Musulmans de France », une organisation dont certains membres sont régulièrement pointés du doigt pour leurs positions radicales.
Les motivations officielles évoquent des « propos susceptibles d’y être tenus » de nature à « porter atteinte aux principes et valeurs de la République ainsi qu’à la cohésion nationale et à la dignité humaine ». Dans un message publié sur X, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a insisté sur le respect strict de cette décision, rappelant que « les propos susceptibles d’y être tenus sont de nature à porter atteinte aux principes et valeurs de la République ainsi qu’à la cohésion nationale et à la dignité humaine ».
Cette interdiction survient alors que les autorités françaises renforcent leur surveillance des mouvements islamistes, notamment ceux liés aux Frères musulmans, régulièrement associés à des thèses conspirationnistes ou anti-républicaines. En 2022, le prédicateur Hassan Iquioussen, invité remarqué de la RAMO en 2025, avait été expulsé du territoire français après des propos jugés incompatibles avec les valeurs de la laïcité.
Les organisateurs dénoncent une décision « sans fondement juridique » et réaffirment leur attachement à la République
Face à cette décision, l’Association islamique de l’Ouest de la France, organisatrice de l’événement, a indiqué avoir « pris acte » de la confirmation judiciaire de l’interdiction. Dans un communiqué, elle a réaffirmé son « profond attachement à l’État de droit » tout en rappelant que la RAMO avait pour vocation de « promouvoir le dialogue, la transmission du savoir, la spiritualité et le vivre-ensemble dans le strict respect des valeurs républicaines ».
L’association n’a pas précisé si elle envisageait de déposer un nouveau recours, mais elle a souligné que l’événement était conçu pour « rassembler dans un cadre apaisé, loin de toute polémique politique ou religieuse ». Les organisateurs avaient prévu des conférences sur la place de l’islam dans la société française, ainsi que des ateliers dédiés à la jeunesse et aux familles.
Cette réaction met en lumière les tensions persistantes entre les pouvoirs publics et certaines associations musulmanes, accusées par les autorités de servir de relais à des discours radicalisés. Pourtant, l’Association islamique de l’Ouest de la France insiste sur son ancrage local et son engagement en faveur de l’intégration des musulmans dans la société française.
Un précédent controversé : l’hommage à Hassan Iquioussen en 2025
L’événement de Nantes n’en est pas à sa première polémique. Lors de l’édition 2025, la RAMO avait rendu un hommage appuyé à Hassan Iquioussen, prédicateur connu pour ses prises de position radicales et son opposition frontale aux principes républicains, notamment en matière de laïcité et d’égalité hommes-femmes. Ce dernier, fiché S pour son appartenance présumée à un réseau islamiste, avait été expulsé de France en 2022 après une longue procédure administrative.
Cette présence avait alors suscité une vive polémique, plusieurs élus locaux et associations laïques dénonçant une « récupération politique » de l’événement. Les organisateurs de l’époque avaient justifié cet hommage par le fait que Hassan Iquioussen était une figure religieuse influente, sans pour autant endosser ses positions politiques. Cette polémique avait contribué à attirer l’attention des services de renseignement sur l’association organisatrice.
Pour 2026, les organisateurs avaient annoncé un programme recentré sur des thèmes moins clivants, comme la jeunesse musulmane en France ou les enjeux de la spiritualité contemporaine. Malgré ces efforts, l’interdiction préfectorale et sa confirmation judiciaire ont rendu impossible la tenue de ces débats.
Un soutien politique à l’interdiction, mais des critiques sur la méthode
La décision de justice a été saluée par plusieurs responsables politiques. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a salué sur X une décision qui « marque une étape importante dans la lutte contre l’entrisme des Frères musulmans ». Dans son message, il a insisté sur la nécessité pour la République d’être « ferme, précise et juridiquement irréprochable face à l’islamisme politique ».
Cependant, certains élus locaux et défenseurs des libertés associatives ont critiqué la précipitation de la procédure. Le maire de Nantes, Johanna Rolland, n’a pas pris position publiquement, mais plusieurs conseillers municipaux de gauche ont dénoncé une « stigmatisation des musulmans » et un « durcissement excessif de l’État ». Selon Le Figaro, ces élus appellent à une « mobilisation de l’ensemble des pouvoirs publics » pour éviter que les mesures de sécurité ne ciblent indistinctement les pratiquants religieux.
Cette affaire relance le débat sur l’équilibre entre sécurité nationale et liberté de culte en France, un sujet récurrent depuis les attentats de 2015 et la loi contre les séparatismes de 2021. Les associations musulmanes dénoncent régulièrement des contrôles administratifs disproportionnés, tandis que les pouvoirs publics justifient ces mesures par la nécessité de lutter contre la radicalisation.
En attendant, les quelque 2 000 participants initialement attendus devront se contenter de rencontres en ligne ou de rassemblements informels, loin du cadre structuré qu’offrait la RAMO. Une décision qui illustre, une fois encore, les défis posés par la coexistence entre liberté religieuse et impératifs sécuritaires dans la France contemporaine.
L’arrêté préfectoral, confirmé par la justice, invoquait la présence annoncée de cadres dirigeants des Musulmans de France, jugés susceptibles de tenir des propos constitutifs d’infractions pénales ou portant atteinte aux valeurs républicaines. Le préfet de Loire-Atlantique a justifié cette décision par le risque de « porter atteinte à la dignité humaine, aux principes et valeurs de la République ».
Pour l’instant, l’Association islamique de l’Ouest de la France a simplement indiqué « prendre acte » de la décision du tribunal administratif. Elle n’a pas précisé si elle comptait déposer un recours devant le Conseil d’État, mais a réaffirmé son attachement à l’État de droit.