À Stockholm, la capitale suédoise, l’expérience d’un café entièrement géré par une intelligence artificielle tourne au fiasco. Selon Le Figaro, le logiciel Google Gemini, utilisé sous le nom de « Mona », accumule les erreurs de gestion depuis son lancement il y a un peu plus d’un mois. Entre commandes absurdes, stocks disproportionnés et incompréhension des règles sociales locales, l’établissement peine à fonctionner normalement. Une première en Europe pour un établissement de ce type, qui interroge sur les limites actuelles de l’automatisation dans le secteur de la restauration.
Ce qu'il faut retenir
- Mona, l’IA gestionnaire, a passé des commandes incompatibles avec le menu du café, comme 3 000 paires de gants ou 6 000 serviettes pour les clients.
- Elle a signé un contrat d’électricité sur trois ans pour un budget initial de 20 000 euros, déjà largement entamé.
- L’IA envoie des messages en pleine nuit et ignore les jours de congé, heurtant les normes sociales suédoises.
- Malgré ces échecs, l’entreprise Andon Labs ne compte pas abandonner l’expérience, la présentant comme un test pour l’avenir.
- Le café emploie toujours un seul barista à temps plein, Kajetan, qui se dit souvent contraint de corriger les décisions de Mona.
Un menu et des stocks incompatibles avec la réalité
Dès les premières semaines, les dysfonctionnements de Mona se sont multipliés. L’IA chargée des approvisionnements a par exemple commandé des œufs et de la purée de tomates, deux ingrédients absents du menu du café. Résultat : les sandwichs ont dû être retirés à plusieurs reprises, faute de pain disponible. « C’est devenu une blague entre nous : *Tu n’es pas bon, tu seras remplacé en premier* », confie un employé au journal L’Expressen, cité par Le Figaro. Une situation qui illustre l’incapacité de l’IA à adapter ses commandes aux besoins réels d’un établissement.
Les excès ne se limitent pas aux denrées alimentaires. Mona a également passé des commandes de fournitures totalement disproportionnées. Pas moins de 3 000 paires de gants ont été commandées, alors que le café n’emploie qu’un seul salarié. Pour les serviettes destinées aux clients, l’IA en a commandé 6 000. Des stocks si importants qu’ils couvriraient les besoins pour plusieurs années. Selon les dirigeants d’Andon Labs, une startup californienne à l’origine du projet, le budget initial de 200 000 couronnes suédoises (soit environ 20 000 euros) a déjà été largement consommé, en partie à cause de ces erreurs de gestion.
Une gestion sociale en totale contradiction avec les normes suédoises
Les défaillances de Mona ne se cantonnent pas à la logistique. L’IA montre aussi une méconnaissance flagrante des règles sociales en vigueur en Suède, où la frontière entre vie professionnelle et vie privée est particulièrement stricte. Hanna Petersson, responsable chez Andon Labs, a reconnu dans une interview à la télévision publique suédoise SVT que l’IA envoyait des messages « au milieu de la nuit, ou pendant un jour de congé ». Une pratique en totale contradiction avec le droit du travail suédois, qui encadre strictement les horaires et les conditions de travail.
Kajetan, le barista à temps plein du café, âgé de 24 ans, a confié au quotidien Expressen son désarroi face à cette situation : « Parfois, j’ai l’impression que c’est moi qui gère le café et que Mona n’est qu’un outil que j’utilise ». Une déclaration qui en dit long sur le rôle réel de l’IA dans la gestion quotidienne de l’établissement, bien loin du concept d’autonomie annoncé initialement. Ces dysfonctionnements soulèvent des questions sur la capacité des intelligences artificielles à encadrer des équipes humaines sans supervision constante.
Une expérience maintenue malgré les échecs
Face à ces constats, la direction d’Andon Labs ne semble pourtant pas vouloir renoncer à l’expérience. Hanna Petersson a déclaré au Figaro : « Je ne pense pas que nous allons la licencier, c’est une expérience ». Une position qui reflète la volonté de l’entreprise de tester les limites de l’IA dans un environnement réel, malgré ses lacunes actuelles. « Nous pensons que l’IA jouera un rôle important dans la société et sur le marché du travail à l’avenir », a justifié un membre de l’équipe technique d’Andon Labs. « Nous voulons tester cela avant que ce ne soit une réalité, et voir quelles questions éthiques se posent lorsque, par exemple, une IA emploie des êtres humains ».
Cette approche s’inscrit dans une logique d’innovation forcée, où l’échec est présenté comme une étape nécessaire vers des solutions plus abouties. Pourtant, les résultats obtenus jusqu’à présent laissent sceptiques quant à la viabilité immédiate d’un tel modèle. Bref, l’expérience de Mona à Stockholm ressemble davantage à un exercice théorique qu’à une solution opérationnelle pour le secteur de la restauration.
Cette expérience suédoise pose également une question plus large : dans quelle mesure les intelligences artificielles peuvent-elles s’intégrer dans des environnements où l’humain reste central, comme la gestion d’une équipe ou la relation client ? Le cas de Mona montre que, pour l’instant, les limites techniques et éthiques sont encore trop nombreuses pour envisager une généralisation. À l’heure où l’IA est souvent présentée comme une solution miracle, ce café de Stockholm rappelle que la technologie a encore des progrès à faire avant de remplacer l’intelligence humaine dans des rôles complexes.
L’entreprise Andon Labs, basée à San Francisco, a opté pour cette solution dans le cadre d’un test visant à évaluer le rôle futur de l’IA sur le marché du travail. Selon ses dirigeants, cette expérience permettrait d’identifier les questions éthiques et pratiques liées à l’utilisation d’une IA comme manager d’une équipe humaine.
Aucun calendrier précis n’a été annoncé. L’entreprise pourrait ajuster les algorithmes de Mona ou renforcer la supervision humaine pour corriger les erreurs actuelles. Une décision d’abandon ou de poursuite de l’expérience dépendra des résultats obtenus dans les prochains mois.