L’état de santé de Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023 et figure emblématique de la défense des droits humains en Iran, s’est fortement dégradé ces dernières heures, au point que ses proches évoquent désormais un pronostic vital engagé. « Narges Mohammadi est entre la vie et la mort », a déclaré ce mardi 5 mai 2026 une porte-parole de son réseau de soutien, alors que les autorités iraniennes refusent toujours de lui accorder une libération médicale malgré son état critique. D’après France 24, cette situation a déclenché une vague de protestations internationales et relancé les appels à sa libération immédiate.
Ce qu'il faut retenir
- Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix 2023, se trouve « entre la vie et la mort » selon ses soutiens en Iran, selon France 24.
- Son état de santé s’est rapidement détérioré ces dernières heures, alors que les autorités iraniennes maintiennent son incarcération.
- Ses proches et organisations de défense des droits humains réclament sa libération médicale immédiate, sans succès pour l’instant.
- Cette situation relance les tensions entre Téhéran et la communauté internationale sur la question des droits humains en Iran.
Une santé déclinante en prison depuis des années
Narges Mohammadi, incarcérée depuis 2021, cumule les problèmes de santé liés à ses conditions de détention. Selon ses avocats, elle souffre notamment de complications cardiaques et neurologiques aggravées par une grève de la faim entamée il y a plusieurs semaines pour protester contre le refus de soins. « Elle a été transférée à plusieurs reprises entre différentes prisons, mais les autorités refusent systématiquement de lui accorder une prise en charge médicale adaptée », a précisé un membre de son réseau de soutien, qui souhaite rester anonyme par crainte de représailles. France 24 rappelle que Mohammadi purge une peine de 16 ans de prison pour « propagande contre le système » et « atteinte à la sécurité nationale ».
La communauté internationale s’alarme, Téhéran reste sourd
Le sort de Narges Mohammadi a suscité une réaction unanime parmi les organisations internationales de défense des droits humains. Amnesty International et Human Rights Watch ont toutes deux appelé, ce week-end, à sa libération « sans condition ». L’Union européenne, par la voix de son haut représentant pour les affaires étrangères, a également exprimé « sa profonde inquiétude » quant à son état de santé. Pourtant, les autorités iraniennes n’ont jusqu’à présent donné aucun signe d’assouplissement. « La justice iranienne est souveraine et applique la loi », a simplement réagi un porte-parole du ministère de la Justice à Téhéran, cité par l’agence officielle Irna.
Le refus persistant de libérer Mohammadi intervient dans un contexte de tensions accrues entre l’Iran et l’Occident. Depuis le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire en 2018 et les sanctions réimposées, Téhéran multiplie les provocations, notamment à travers son programme balistique et son soutien à des groupes armés régionaux. Pour autant, la question des droits humains reste un point de friction récurrent dans les relations diplomatiques.
Un symbole de la répression en Iran
Narges Mohammadi incarne depuis des décennies la lutte pour les droits des femmes et des minorités en Iran. Cofondatrice du Centre des défenseurs des droits humains, elle a été arrêtée à plusieurs reprises et condamnée à de lourdes peines pour son activisme. En 2023, le comité Nobel lui a décerné le prix de la paix « pour son combat contre l’oppression des femmes en Iran et son combat pour les droits humains et la liberté pour tous ». Dans un discours depuis la prison, elle avait alors déclaré : « Ce prix n’appartient pas qu’à moi, mais à toutes les Iraniennes qui résistent chaque jour. » Pourtant, malgré cette reconnaissance internationale, son sort reste celui d’une prisonnière politique.
Ses soutiens dénoncent une volonté délibérée des autorités de la faire taire. « Mohammadi est une voix trop gênante pour le régime. La laisser mourir en prison serait le pire des messages », a affirmé une figure de l’opposition iranienne en exil, interrogée par France 24. En Iran même, toute mention de son nom ou de son combat est strictement censurée par les médias officiels, qui la présentent comme une « criminelle » et une « ennemie de l’État ».
Cette situation rappelle celle d’autres prisonniers politiques iraniens, comme le cinéaste Jafar Panahi, libéré sous caution en 2023 après une longue grève de la faim, ou l’avocat Nasrin Sotoudeh, dont la santé s’est également fortement dégradée en détention. Pour Narges Mohammadi, le compte à rebours semble désormais s’accélérer. La question n’est plus seulement celle de sa survie, mais aussi celle de la crédibilité des engagements internationaux en matière de droits humains.