Selon BFM - Faits Divers, neuf détenus incarcérés à la prison d’Aix-Luynes (Bouches-du-Rhône) pour des faits liés au jihadisme ont été sanctionnés par l’administration pénitentiaire après avoir contesté collectivement leur régime de détention. Une sanction qui intervient après qu’ils ont adressé un courrier commun aux autorités pénitentiaires, dénonçant notamment l’absence de promenades à l’air libre dans leur quartier dédié à la radicalisation.

Ce qu'il faut retenir

  • Neuf détenus condamnés ou mis en examen pour des infractions terroristes ont été sanctionnés à Aix-Luynes pour un « mouvement collectif » contestant leurs conditions de détention.
  • Parmi eux figurent des figures connues du jihadisme français, comme Ayoub El Khazanni, condamné à perpétuité pour l’attentat déjoué du Thalys en 2015, et Sofien Ayari, condamné à 30 ans dans le cadre des attentats du 13 novembre 2015.
  • Ils réclamaient notamment le droit à une promenade d’une heure à l’air libre, non respecté selon eux, et contestent les fouilles intégrales systématiques.
  • L’administration pénitentiaire évoque un « début de mouvement collectif » et des refus de participer aux activités ou à l’entretien des cellules, constituant une « faute disciplinaire ».
  • Les sanctions vont de l’avertissement à cinq jours de cellule disciplinaire avec sursis ; leurs avocats prévoient de déposer des recours.

Ces détenus, tous incarcérés au sein du Quartier de Prévention de la Radicalisation (QPR) de la prison d’Aix-Luynes, ont adressé le 14 avril 2026 un courrier manuscrit aux agents pénitentiaires pour exprimer leurs revendications. BFM - Faits Divers a pu consulter ce document, dans lequel ils exigent notamment de pouvoir effectuer une promenade d’une heure en extérieur.

« Cette exigence légale n’est structurellement pas respectée au sein du QPR d’Aix-Luynes », estiment-ils dans leur courrier. Ils dénoncent également le fait que la cour de promenade, qu’ils qualifient « d’espace clos et en aucun cas une promenade », ne répond pas à leurs attentes. Autre point de contestation : les fouilles intégrales systématiques, contre lesquelles ils réclament le droit de conserver leurs sous-vêtements. « Le QPR est un trompe-l’œil, un isolement grossièrement déguisé. Son seul rapport avec la radicalisation, c’est de la faire naître contre l’État chez des détenus dont on méprise les droits », a réagi leur avocat, Me Romain Ruiz.

Contactée par BFM - Faits Divers, l’administration pénitentiaire a confirmé avoir convoqué ces neuf détenus en conseil de discipline ce matin, après qu’ils ont « entamé un début de mouvement collectif » et « refusé de participer aux activités ou à l’entretien de leur cellule ». Ces refus, considérés comme une « faute disciplinaire », pourraient selon elle « compromettre la sécurité des établissements ou en perturber l’ordre ».

L’administration a également souligné que ces détenus, pris en charge pour leur radicalisation, « s’opposent à cette stratégie de désengagement » et que les conditions de détention au QPR d’Aix-Luynes « répondent aux exigences et au respect du droit des détenus ».

Des figures du jihadisme français parmi les détenus sanctionnés

Parmi les neuf détenus sanctionnés figurent plusieurs personnalités du jihadisme en France. Ayoub El Khazanni, condamné en appel en 2022 à la réclusion criminelle à perpétuité pour son implication dans l’attentat déjoué du Thalys en 2015, en fait partie. Il était accompagné dans ce mouvement par Sofien Ayari, condamné à 30 ans de prison dans le cadre du procès des attentats du 13 novembre 2015, et Bryan d’Ancona, mis en examen pour avoir rejoint en Syrie le recruteur de djihadistes franco-sénégalais Omar Omsen.

Ces trois hommes, dont les noms sont régulièrement cités dans les procédures judiciaires liées au terrorisme islamiste, représentent une part significative des détenus du QPR d’Aix-Luynes. Leur participation à ce mouvement collectif souligne les tensions persistantes entre les autorités pénitentiaires et certains détenus radicalisés, malgré les dispositifs de désengagement mis en place dans les prisons françaises.

Le QPR, conçu pour isoler les détenus les plus radicalisés et éviter toute propagation de leur idéologie, est au cœur de ce débat. Leurs avocats dénoncent une logique d’isolement déguisé, tandis que l’administration pénitentiaire défend un cadre respectueux des droits fondamentaux des détenus.

Des sanctions variant de l’avertissement à cinq jours de cellule disciplinaire

Les neuf détenus ont été sanctionnés pour leur participation à ce mouvement collectif. Selon les informations de BFM - Faits Divers, les peines prononcées vont de l’avertissement à cinq jours de cellule disciplinaire avec sursis. Ces sanctions, bien que modérées, pourraient être contestées par leurs avocats, qui envisagent de déposer des recours devant les instances compétentes.

« Nous allons déposer des recours pour contester ces sanctions », a indiqué Me Romain Ruiz, leur défenseur. Il a également précisé que ses clients pourraient engager des procédures pour « entrave à la liberté d’expression », estimant que leurs revendications relevaient d’un droit légitime.

Cette affaire soulève des questions sur l’équilibre entre sécurité pénitentiaire et respect des droits des détenus, notamment dans le cadre de la gestion des radicalisés. Les QPR, créés pour encadrer les détenus les plus dangereux, restent un sujet de débat au sein des institutions judiciaires et carcérales.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des recours que les détenus ou leurs avocats pourraient déposer dans les semaines à venir. Une audience devant le tribunal administratif pourrait être envisagée pour trancher sur la légalité des conditions de détention au QPR d’Aix-Luynes. Par ailleurs, l’administration pénitentiaire pourrait être amenée à revoir certains aspects de son protocole, notamment en matière de promenades et de fouilles, afin d’éviter de nouvelles tensions.

Cette affaire illustre les défis auxquels sont confrontées les prisons françaises dans la gestion des détenus radicalisés, entre impératifs sécuritaires et respect des droits fondamentaux. Les prochaines décisions judiciaires pourraient avoir un impact significatif sur le fonctionnement des QPR et, plus largement, sur la politique pénitentiaire en matière de lutte contre la radicalisation.

Un QPR est un quartier spécifique au sein des prisons françaises, destiné à accueillir les détenus radicalisés ou considérés comme dangereux. Son objectif est de limiter les interactions entre ces détenus et les autres, afin d’éviter la propagation de l’idéologie radicale au sein des établissements pénitentiaires.

Les conditions de détention dans un QPR sont encadrées par des règles spécifiques, visant à concilier sécurité et respect des droits des détenus. Elles incluent des restrictions d’accès aux activités collectives, un encadrement renforcé et des dispositifs de désengagement. Cependant, les détenus contestent régulièrement certaines mesures, comme les fouilles intégrales ou l’accès limité à l’extérieur.