Une ancienne otage du groupe jihadiste nigérian Boko Haram a livré son récit, trois mois après sa libération contre rançon. Safiya Ibrahim Gaji, enlevée en compagnie de sa mère et de ses six enfants – dont un nourrisson – a décrit à Libération les conditions de sa détention. Selon les informations rapportées par le quotidien, elle a été libérée le 6 juin 2026, après un séjour forcé de trois mois dans les rangs du mouvement armé. Son témoignage met en lumière les violences subies par les captifs, notamment lorsqu’ils tentaient de résister aux ordres imposés.
Ce qu’il faut retenir
- Safiya Ibrahim Gaji et six membres de sa famille ont été enlevés par Boko Haram, dont un nourrisson âgé de quelques mois.
- Leur détention a duré trois mois, avant une libération négociée contre le paiement d’une rançon.
- L’ex-otage a évoqué des violences physiques en cas de résistance aux exigences des jihadistes.
- La libération est intervenue le 6 juin 2026, selon les informations de Libération.
Une famille prise pour cible dans le nord-est du Nigeria
Safiya Ibrahim Gaji faisait partie d’un groupe de civils capturés lors d’une incursion menée par Boko Haram dans une localité du nord-est du Nigeria, région régulièrement ciblée par les attaques du mouvement jihadiste. Elle vivait avec sa mère et ses six enfants, dont le plus jeune n’était âgé que de quelques semaines au moment de l’enlèvement. Libération précise que l’opération de libération a été rendue possible grâce au versement d’une rançon, une pratique courante dans les négociations avec les groupes armés au Nigeria.
Les otages ont été détenus dans des conditions précaires, sans accès à des soins médicaux ou à une alimentation suffisante. Les familles des captifs, souvent modestes, doivent réunir des fonds importants pour espérer une libération, sous la menace de représailles en cas de refus de payer. Selon des rapports antérieurs, Boko Haram aurait multiplié les enlèvements de masse ces dernières années, ciblant notamment les femmes et les enfants pour alimenter son recrutement ou extorquer des fonds.
Des violences systématiques en cas de résistance
Dans son récit, Safiya Ibrahim Gaji a détaillé les violences subies par les otages lorsqu’ils tentaient de s’opposer aux ordres des jihadistes. « Ils nous frappaient quand nous résistions », a-t-elle déclaré à Libération. Elle a évoqué des coups portés avec des objets contondants, ainsi que des privations supplémentaires en cas de désobéissance. Ces témoignages s’ajoutent à ceux d’autres anciens captifs, qui ont déjà décrit des scènes de torture et des exécutions sommaires dans les camps de Boko Haram.
Les Nations unies et plusieurs ONG ont régulièrement dénoncé les exactions commises par le groupe, classé parmi les organisations terroristes les plus violentes au monde. Les enlèvements de masse, comme celui subi par Safiya Ibrahim Gaji, s’inscrivent dans une stratégie visant à semer la terreur et à financer les activités du mouvement. Selon des estimations, plus de 20 000 personnes auraient été enlevées par Boko Haram depuis 2009, dont une majorité de femmes et d’enfants.
« Ils nous frappaient quand nous résistions. »
— Safiya Ibrahim Gaji, ancienne otage de Boko Haram
Une libération contre rançon, une pratique enracinée
La libération de Safiya Ibrahim Gaji et de sa famille s’inscrit dans un schéma récurrent au Nigeria : celui des négociations entre les groupes armés et les intermédiaires locaux, souvent mandatés par les familles. Ces transactions, bien que coûteuses, restent l’un des rares moyens d’obtenir la libération des captifs. Cependant, leur efficacité reste limitée, car Boko Haram continue de multiplier les enlèvements, malgré les pressions militaires et les condamnations internationales.
Les autorités nigérianes, en collaboration avec des organisations comme la Croix-Rouge, tentent d’accompagner les familles dans ces démarches. Pourtant, le processus reste semé d’embûches, entre le manque de moyens des proches et les exigences souvent exorbitantes des jihadistes. En 2025, un rapport de l’ONG Human Rights Watch estimait que près de 80 % des enlèvements à motivation financière au Nigeria étaient attribuables à Boko Haram ou à des groupes affiliés.
Ce témoignage rappelle aussi l’urgence d’une réponse humanitaire plus robuste pour les anciens captifs. Des associations locales, soutenues par des partenaires internationaux, commencent à proposer un accompagnement psychologique et social, mais les besoins restent immenses dans une région où des milliers de personnes peinent à se reconstruire après des années de violence.
Selon les rapports des Nations unies et des ONG, Boko Haram se finance principalement à travers les rançons obtenues lors d’enlèvements de masse, le trafic d’armes et de produits de contrebande, ainsi que l’exploitation illégale de ressources naturelles, notamment dans le nord-est du Nigeria.