Le processus d’adoption des nouvelles techniques génomiques (NTG) au Parlement européen a pris un sérieux coup de frein, selon Libération. Une série d’amendements déposés lundi 4 mai 2026 vise à ralentir l’adoption définitive du texte, alors que les opposants dénoncent une volonté de « privatiser le vivant » via un régime de brevets favorable aux multinationales. La décision, initialement attendue rapidement, se heurte désormais à une opposition parlementaire grandissante.

Ce qu'il faut retenir

  • Les nouvelles techniques génomiques (NTG) pourraient être soumises à un régime de brevets, selon Libération.
  • Les opposants accusent ce système de permettre aux multinationales de s’approprier le vivant.
  • Des amendements déposés le 4 mai 2026 ont ralenti le processus législatif au Parlement européen.
  • Le texte initial prévoyait une adoption rapide, mais les débats s’enlisent désormais.
  • Les critiques portent sur l’absence de garanties contre la privatisation du vivant.

Un projet controversé sous le feu des critiques

Les nouvelles techniques génomiques, qui permettent de modifier le génome des plantes de manière plus précise et rapide que les OGM traditionnels, devaient initialement être encadrées par un régime de brevets. Pour leurs détracteurs, ce choix juridique ouvre la voie à une privatisation du vivant par les grandes entreprises du secteur agroalimentaire et biotechnologique. « Ces brevets donneront un contrôle exclusif aux multinationales sur des ressources génétiques essentielles », a souligné Isabelle Autissier, présidente de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, dans une tribune publiée ce week-end. « Cela revient à breveter des gènes naturels, une pratique qui menace la souveraineté alimentaire des États. »

Le Parlement européen face à la pression des amendements

Lundi 4 mai 2026, une coalition d’eurodéputés a déposé plusieurs amendements visant à réécrire les dispositions relatives aux brevets dans le projet de loi sur les NTG. Parmi les signataires figurent des représentants des groupes écologistes et de la gauche radicale, qui dénoncent un texte « écrit sous la pression des lobbies ». « Le processus législatif a été verrouillé par des intérêts privés », a dénoncé Martin Häusling, eurodéputé écologiste allemand, lors d’une conférence de presse. « Nous exigeons que le Parlement européen reprenne le contrôle et exclue toute brevetabilité des éléments naturels. »

Côté majorité, certains rappellent que les NTG pourraient jouer un rôle clé dans l’adaptation des cultures aux changements climatiques. « Ces techniques offrent des solutions concrètes pour sécuriser les rendements agricoles face à la sécheresse », a rappelé Paolo De Castro, rapporteur du texte au Parlement européen. Cependant, il a reconnu que le débat sur les brevets « nécessite un approfondissement ».

Quelles suites pour le texte sur les NTG ?

Le calendrier initial prévoyait une adoption définitive du texte d’ici l’été 2026. Mais avec ces amendements, le processus pourrait s’étaler sur plusieurs mois supplémentaires. La commission environnement du Parlement européen doit se réunir le 20 mai 2026 pour examiner les modifications proposées. « Une adoption en urgence n’est plus réaliste », a indiqué un conseiller parlementaire sous couvert d’anonymat. « Les discussions risquent de s’envenimer, surtout si la mobilisation citoyenne et associative s’amplifie. »

En parallèle, la Commission européenne, qui a porté l’initiative, tente de rassurer sur l’équilibre du texte. « Les NTG ne sont pas des OGM classiques. Leur encadrement vise à concilier innovation et préservation de la biodiversité », a indiqué un porte-parole de l’exécutif bruxellois. Pourtant, les opposants restent sceptiques : « On nous parle de progrès, mais le diable se cache dans les détails des brevets », a réagi Véronique Lefrancq, juriste spécialisée en droit de l’environnement.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des travaux de la commission environnement du Parlement européen, dont la réunion du 20 mai 2026 pourrait marquer un tournant. Si les amendements sont adoptés, le texte devra être renégocié en séance plénière, un processus qui pourrait retarder d’autant son entrée en vigueur. Par ailleurs, la société civile et les États membres restent très divisés sur la question : certains, comme la France, soutiennent une régulation stricte des brevets, tandis que d’autres, comme les Pays-Bas, plaident pour une approche plus libérale. Bref, le débat s’annonce long et technique.

Alors que les enjeux climatiques et agricoles poussent à accélérer l’innovation, la question des brevets sur les NTG cristallise les tensions entre progrès scientifique et protection des ressources naturelles. La balle est désormais dans le camp des eurodéputés.

Les nouvelles techniques génomiques désignent un ensemble de méthodes, comme le CRISPR-Cas9, permettant de modifier précisément le génome d’un organisme. Elles se distinguent des OGM traditionnels par leur rapidité et leur précision, offrant des applications potentielles en agriculture, santé ou industrie.