Alors que les États-Unis et la Chine dominent largement l’innovation technologique mondiale, l’Europe tente de trouver sa place. C’est dans ce contexte que s’est tenue à Athènes, du 27 au 30 mai 2026, la troisième édition des Panathēnea, l’un des plus grands rassemblements internationaux dédiés à l’innovation et à l’entrepreneuriat, comme le rapporte Euronews FR. L’événement a réuni plus de 11 500 participants issus de 60 pays, dont 30 % à 35 % d’étrangers, selon les organisateurs.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 3 000 acteurs de l’écosystème start-up ont participé à l’événement, soutenu par 440 bénévoles et plus de 90 événements parallèles dans toute la ville.
- Markus Villig, PDG de Bolt, a souligné que l’Europe gaspille entre 2 000 et 3 000 milliards d’euros par an faute d’investissements suffisants dans les entreprises et les nouvelles technologies.
- Suo Wang, cofondatrice de Deel, a expliqué que les start-up modernes doivent viser une dimension internationale dès leur création, sans passer par une phase locale.
- Giorgos Daskalakis, PDG de Kaizen Gaming, a défendu l’idée que réussir sur un petit marché comme la Grèce suffit à prouver qu’une entreprise peut s’imposer à l’échelle mondiale.
- Les intervenants ont tous souligné l’urgence pour l’Europe de transformer ses talents et ses centres de recherche en entreprises globales.
Une compétition mondiale où l’innovation européenne peine à s’imposer
La question centrale des Panathēnea 2026 était simple : comment l’Europe peut-elle préserver sa compétitivité face aux États-Unis et à la Chine, alors que l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies deviennent les principaux leviers de croissance économique et de puissance géopolitique ? Selon Euronews FR, l’événement a attiré cette année des centaines d’entrepreneurs, d’investisseurs et de dirigeants du monde entier, tous réunis pour débattre des défis et des opportunités du continent européen.
Avec plus de 11 500 inscriptions en provenance de 60 pays, dont une forte proportion d’étrangers, cette édition confirme l’intérêt croissant pour les questions d’innovation en Europe. Parmi les participants, on comptait plus de 3 000 acteurs clés de l’écosystème des start-up, ainsi que 440 bénévoles et une centaine d’événements organisés en marge du forum principal.
Une culture du risque insuffisante, selon Markus Villig
Parmi les intervenants les plus marquants figuraient des entrepreneurs ayant bâti des entreprises présentes dans des dizaines de pays. C’est le cas de Markus Villig, fondateur et PDG de Bolt, l’entreprise estonienne de mobilité et de livraison aujourd’hui implantée dans plusieurs dizaines de pays. Depuis la scène du Zappéion, il a livré un diagnostic sans appel : « L’Europe est l’une des régions les plus riches du monde, mais d’immenses montants restent placés sur des comptes bancaires ou dans des investissements à faible rendement, au lieu d’être dirigés vers les entreprises et les nouvelles technologies », a-t-il déclaré.
Pour Villig, le problème ne vient pas d’un manque de capitaux, mais d’une mauvaise allocation de ces derniers. « Les investissements quotidiens des particuliers sur les marchés américains sont sans commune mesure avec ceux réalisés en Europe, ce qui reflète une culture différente face au risque et à l’entrepreneuriat », a-t-il expliqué. Selon lui, cette mentalité coûte chaque année entre 2 000 et 3 000 milliards d’euros à l’économie européenne. Un renforcement des investissements dans les entreprises, les universités et les fonds de capital-risque pourrait, selon lui, accélérer significativement la croissance du continent.
Des entreprises mondiales dès leur création : le modèle de demain
Un autre thème fort des débats a porté sur la nécessité pour les start-up de se penser dès l’origine comme des entreprises internationales. Suo Wang, cofondatrice de Deel – l’une des entreprises à la croissance la plus rapide au monde dans la gestion des ressources humaines et des paies – en a fait l’expérience. Opérant aujourd’hui dans 160 pays et traitant 3 milliards de dollars de paiements chaque mois pour quelque 40 000 entreprises, elle a insisté sur l’importance de résoudre un problème réel, bien plus que sur la technologie ou les ventes.
« Il y a 20 ou 30 ans, on démarrait dans une région puis on se développait ensuite. Aujourd’hui, les entreprises sont mondiales dès le premier jour », a-t-elle souligné. Pour elle, les nouvelles technologies permettent désormais aux start-up de cibler d’emblée les marchés internationaux, sans passer par une phase locale. Une approche radicalement différente des modèles traditionnels.
La Grèce comme tremplin vers le monde : le cas Kaizen Gaming
L’un des exemples les plus parlants de réussite à partir d’un petit marché a été présenté par Giorgos Daskalakis, cofondateur et PDG de Kaizen Gaming, une entreprise grecque aujourd’hui implantée sur 20 marchés en Europe, en Afrique et en Amérique latine. Son parcours, loin d’être linéaire, a été jalonné d’échecs, d’ajustements et d’apprentissages permanents.
« La première tentative d’expansion internationale de l’entreprise, en Pologne, s’est soldée par un échec. La suivante, en Roumanie, a en revanche été un succès et a constitué la première preuve que Kaizen Gaming pouvait se développer au-delà du marché grec », a-t-il raconté. Pour lui, l’échec est une composante incontournable de la croissance : « En grandissant, les entreprises affrontent de nouveaux défis, commettent des erreurs et doivent sans cesse s’adapter. » Un constat qu’il résume ainsi : « À New York, on dit que si vous réussissez ici, vous pouvez réussir partout. Moi, je pense que si vous réussissez en Grèce, vous pouvez réussir partout. »
L’enjeu européen : passer de l’idée à l’entreprise globale
Au-delà des témoignages individuels, les intervenants ont tous souligné un constat partagé : l’Europe dispose de talents, d’universités de classe mondiale et de centres de recherche de pointe. Pourtant, elle peine encore à transformer ces atouts en entreprises de dimension mondiale, comparables à celles qui émergent aux États-Unis. Pour l’Europe, l’enjeu n’est plus seulement de produire de la recherche ou de former des talents, mais de convertir ces idées en entreprises globales capables de rivaliser sur la scène internationale.
Alors que les États-Unis et la Chine investissent massivement dans les technologies de rupture et l’intelligence artificielle, l’Europe doit accélérer sa transition si elle veut conserver sa place dans le paysage technologique mondial. Les Panathēnea 2026 ont montré que les solutions existent – encore faut-il que les acteurs publics et privés s’en emparent.
Les intervenants ont pointé du doigt une culture du risque insuffisante et une mauvaise allocation des capitaux. Selon Markus Villig, fondateur de Bolt, l’Europe gaspille entre 2 000 et 3 000 milliards d’euros chaque année faute d’investissements suffisants dans les entreprises et les nouvelles technologies.