La Direction décentralisée de la culture de La Libertad a qualifié de « perte totale » la destruction d’un géoglyphe préhispanique vieux de plus d’un millénaire, connu sous le nom de « Triple Spirale », située dans la zone archéologique de la Quebrada Santo Domingo, près de Trujillo. Cette disparition, survenue dans des circonstances encore troubles, marque un nouveau revers pour le patrimoine culturel péruvien, déjà fragilisé par des décennies de pillages et de pressions foncières.
Ce qu'il faut retenir
- Géoglyphe « Triple Spirale » : motif préhispanique de plus de 20 mètres de long et 6 mètres de large, datant de plus de mille ans.
- Localisation : district de Laredo, province de Trujillo, région de La Libertad (nord-ouest du Pérou).
- Destruction : effacé probablement volontairement dans la nuit du 14 au 15 juin 2026, selon le ministère de la Culture péruvien.
- Contexte : des marginaux expulsés par la police de constructions illégales à proximité auraient commis cet acte par vengeance.
- Précédent : en 2015, le site avait déjà été partiellement endommagé par des engins lourds lors de son exploitation comme carrière et terres agricoles.
- Réaction officielle : la Direction de la culture de La Libertad a condamné « énergiquement » cet acte, qualifiant le géoglyphe de témoignage archéologique lié aux « rituels et technologies hydrauliques » des sociétés anciennes.
Un patrimoine sous haute tension
Selon Courrier International, la disparition de la Triple Spirale s’inscrit dans un contexte de pression accrue sur les sites archéologiques du Pérou, où les mafias s’emparent des terrains publics malgré leur statut protégé. Le géoglyphe, visible depuis les airs et présentant des similitudes avec les célèbres lignes de Nazca, était un vestige rare des civilisations précolombiennes. Ces figures géométriques, tracées en retirant les couches superficielles de terre et de pierres, restent en partie énigmatiques pour les archéologues. Leur conservation est d’autant plus cruciale qu’elles sont inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1994.
Pourtant, malgré leur valeur inestimable, ces sites continuent de subir des dégradations répétées. « C’est une perte irréversible qui met au jour la fragilité d’un territoire censé être protégé par la loi », a souligné le quotidien El País América. Cette destruction intervient alors que les autorités tentent de lutter contre l’invasion des terrains par des groupes organisés, souvent liés à des réseaux criminels exploitant les ressources locales.
Une vengeance ou un acte de sabotage ?
Les premiers éléments de l’enquête, relayés par Infobae, suggèrent que des individus expulsés par la police de constructions illégales situées à proximité du géoglyphe auraient détruit la Triple Spirale par représailles. Les constructions en question, érigées sur des terres publiques, étaient utilisées comme abris par un groupe de marginaux avant leur éviction forcée. Les autorités n’excluent pas une implication directe de ces personnes, bien que l’enquête soit encore en cours pour déterminer l’ampleur de leur responsabilité.
Cette hypothèse s’appuie sur un contexte local tendu : la région de La Libertad, connue pour ses richesses archéologiques et agricoles, est régulièrement le théâtre de conflits fonciers. En 2015 déjà, le site avait subi des dégradations massives lorsque des engins de chantier avaient été utilisés pour exploiter la zone comme carrière et terres agricoles. À l’époque, les autorités avaient dû engager des travaux de restauration partiels, sans parvenir à effacer totalement les traces de l’agression.
Les archéologues face à l’impossible réparation
Malgré les efforts déployés par les spécialistes pour évaluer les dégâts, la destruction de la Triple Spirale apparaît comme un dommage « très grave » à l’histoire péruvienne. Les archéologues de la région tentent désormais d’estimer s’il sera possible de reconstituer partiellement le motif, mais les chances de succès semblent minces. « Les géoglyphes comme celui-ci sont tracés dans des couches de terre et de pierres accumulées sur des siècles. Une fois effacés, leur restauration est extrêmement complexe, voire impossible », a expliqué un chercheur du ministère de la Culture sous couvert d’anonymat.
Le géoglyphe de la Triple Spirale n’était pas seulement un témoignage artistique : il était également lié à des pratiques rituelles et hydrauliques des sociétés préhispaniques qui peuplaient la région il y a plus d’un millénaire. Son effacement prive ainsi les historiens d’un élément clé pour comprendre l’organisation sociale et technologique de ces civilisations.
Un patrimoine en sursis
La destruction de la Triple Spirale soulève une question plus large : comment protéger efficacement les sites archéologiques péruviens face à la pression foncière, aux réseaux criminels et à l’absence de moyens suffisants pour les autorités ? Selon Courrier International, ce cas n’est malheureusement pas isolé. En 2023, un rapport de l’Unesco avait déjà alerté sur la dégradation accélérée des lignes de Nazca, victimes du tourisme de masse et de l’érosion naturelle. « Le Pérou dispose d’un patrimoine inestimable, mais les ressources allouées à sa protection restent insuffisantes », a déploré un archéologue contacté par Expreso.
Pourtant, des initiatives locales émergent. Certaines communautés indigènes, en collaboration avec des ONG, mettent en place des programmes de surveillance participative pour limiter les intrusions sur les sites sacrés. D’autres, comme celle de la vallée de Huánuco, ont réussi à faire reconnaître leurs droits coutumiers sur des zones archéologiques, obtenant ainsi une protection juridique renforcée.
Ces exemples montrent qu’une approche combinant répression des actes de vandalisme, implication des populations locales et coopération internationale pourrait offrir une lueur d’espoir. Mais le temps presse : chaque géoglyphe effacé, chaque ruine pillée, c’est une page de l’histoire péruvienne qui disparaît à jamais.
Selon le code pénal péruvien, la destruction ou la dégradation d’un site archéologique est passible de peines pouvant aller jusqu’à huit ans de prison, assorties d’amendes dont le montant varie en fonction de la gravité des faits. Les autorités peuvent également ordonner des travaux de réparation ou de restauration aux frais des responsables, bien que cette mesure reste difficile à appliquer dans les faits.
Oui. Les géoglyphes sont protégés par la loi péruvienne n°28296, qui les classe comme « monuments intégrants du patrimoine culturel de la nation ». Leur destruction est considérée comme un crime contre le patrimoine. Cependant, leur protection effective dépend largement des moyens alloués aux autorités locales, souvent limités. Des projets de géolocalisation et de cartographie aérienne sont en cours pour surveiller ces sites, mais leur mise en œuvre prend du temps.