Près de neuf Français sur dix se déclarent pessimistes quant à la situation économique du pays, un niveau de défiance inédit à moins d’un an de l’élection présidentielle. Selon un sondage Ipsos BVA pour La Tribune Dimanche, publié ce 10 mai 2026, 91 % des personnes interrogées expriment une inquiétude marquée, tandis que 88 % craignent une dégradation de l’économie mondiale dans un contexte géopolitique tendu.
Ce qu'il faut retenir
- 91 % des Français jugent la situation économique du pays pessimiste, selon Ipsos BVA pour La Tribune Dimanche.
- L’inflation a atteint 2,2 % en avril 2026, son plus haut niveau depuis juillet 2024, tirée par la hausse des prix de l’énergie (+14,2 %).
- Le PIB français est stagnant au premier trimestre 2026 (0 % de croissance), plombé par une demande atone et une contribution extérieure négative.
- 71 % des Français estiment que les prix plafonnés par TotalEnergies ne suffisent pas et réclament une baisse temporaire des taxes sur les carburants.
- Sans nouveau budget voté par le Parlement, les Français pourraient subir une non-indexation de l’impôt sur le revenu en 2027.
Un moral économique en chute libre
Le pessimisme des Français atteint des niveaux historiques. 91 % des personnes interrogées par Ipsos BVA pour La Tribune Dimanche se disent inquiètes de la situation économique nationale, un chiffre qui reflète une défiance profonde à quelques mois seulement de l’élection présidentielle. Cette inquiétude s’étend bien au-delà des frontières : 88 % des sondés craignent également pour l’économie mondiale, dans un contexte marqué par l’enlisement du conflit au Moyen-Orient et ses répercussions sur les cours du pétrole.
Parmi les principales sources d’angoisse, le pouvoir d’achat arrive en tête, cité par 49 % des répondants. Il est suivi de près par l’avenir du système social (41 %), tandis que l’endettement public et les déficits restent des sujets de préoccupation majeurs pour 30 % des Français. Ces inquiétudes sont particulièrement partagées par les sympathisants des partis proches du pouvoir — Renaissance, Modem et Horizons — mais aussi, dans une moindre mesure, par ceux du Parti socialiste et du Rassemblement national, où 33 % des électeurs de chaque camp citent ces thèmes comme prioritaires.
« Les Français éprouvent une forme de résignation concernant le pouvoir d’achat et sentent bien que le gouvernement n’a pas de marge pour agir sur le prix des carburants. »
Inflation en hausse et croissance à l’arrêt : le duo explosif
L’inflation, qui s’était légèrement tassée en mars (+1,7 %), repart à la hausse en avril 2026, avec un taux annuel de 2,2 %. Il s’agit du niveau le plus élevé enregistré depuis juillet 2024 (+2,3 %), une progression largement imputable à la flambée des prix de l’énergie, en hausse de 14,2 % sur un an (contre +7,4 % en mars). Cette tendance s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes, qui maintiennent les cours du pétrole à des niveaux élevés. « Autant dire que la situation des ménages continue de se dégrader », analyse Brice Tinturier.
Parallèlement, l’économie française montre des signes de faiblesse structurelle. Au premier trimestre 2026, le Produit intérieur brut (PIB) n’a connu aucune croissance (0 %), contre +0,2 % au dernier trimestre 2025. Cette stagnation s’explique par deux facteurs principaux : une contribution extérieure « fortement négative », liée notamment à la chute des exportations d’Airbus, et une demande intérieure atone. La consommation des ménages en biens a ainsi reculé de 0,6 % au premier trimestre, après un rebond modéré en mars (+0,7 %) et un repli marqué en février (-1,4 %).
Carburants : TotalEnergies sous pression, l’État dans l’impasse
Face à cette inflation galopante, les Français pointent du doigt le coût des carburants. TotalEnergies a pourtant plafonné ses prix à 1,99 euro le litre d’essence et 2,25 euros le litre de gazole (2,09 euros en période de ponts), mais cette mesure est jugée insuffisante par 71 % des sondés, selon un baromètre Elabe pour BFMTV publié le 7 mai 2026. Une majorité de 65 % des Français se prononce en faveur d’une baisse temporaire des taxes sur les carburants, tant que le conflit au Moyen-Orient persiste et que le baril reste élevé.
Pourtant, le gouvernement semble contraint à la prudence. Avec des finances publiques déjà très dégradées, il privilégie des mesures ciblées, notamment pour soutenir les professionnels les plus touchés par la hausse des coûts énergétiques. « Le gouvernement n’a pas de marge de manœuvre pour agir sur les prix des carburants », rappelle Brice Tinturier, soulignant l’impasse dans laquelle se trouve l’exécutif.
Un risque budgétaire en 2027 : la reconduction du budget 2026 en question
Dans ce contexte économique déjà fragile, le ministère des Comptes publics a chargé l’Inspection générale des finances (IGF) d’évaluer les conséquences d’une éventuelle reconduction du budget 2026 pour l’année 2027. Une telle situation, qui s’est déjà produite en 2025 et en 2026, se traduirait par une loi spéciale permettant de maintenir la continuité de l’État en l’absence de nouveau vote budgétaire. Une solution qui, en pratique, entraînerait plusieurs désagréments pour les contribuables : le barème de l’impôt sur le revenu ne serait notamment pas indexé sur l’inflation, alors même que les prix continuent de flamber.
Cette perspective, bien que non souhaitée par l’exécutif, n’est pas à écarter. Depuis deux ans, le Parlement peine à adopter les lois de finances dans les délais, contraignant le gouvernement à recourir à des lois spéciales. Sébastien Lecornu, ministre des Comptes publics, a d’ailleurs évoqué ce scénario lors d’une réponse aux représentants du Medef le 7 mai 2026, sans pour autant confirmer son occurrence.
En attendant, l’exécutif tente de concilier rigueur budgétaire et soutien aux ménages les plus vulnérables. Mais avec une inflation persistante et une croissance atone, le défi s’annonce de taille pour les mois à venir.
L’inflation a atteint 2,2 % en avril 2026, principalement en raison de la hausse des prix de l’énergie (+14,2 % sur un an), elle-même tirée par la flambée des cours du pétrole dans un contexte de conflit au Moyen-Orient. Cette dynamique a annulé la légère décrue observée en début d’année (+1,7 % en mars).
Sans nouveau vote budgétaire, le barème de l’impôt sur le revenu ne serait pas indexé sur l’inflation, ce qui pénaliserait mécaniquement le pouvoir d’achat des ménages. Les dépenses de l’État seraient reconduites à l’identique, sans ajustement pour les nouvelles priorités ou les hausses de coûts.