Une étude menée par des chercheurs espagnols et relayée par Top Santé met en lumière un lien potentiel entre l’exposition prolongée au piclorame — un herbicide largement utilisé — et une augmentation du risque de développer un cancer colorectal avant l’âge de 50 ans. Ces résultats, encore préliminaires, soulèvent des questions sur les normes actuelles d’utilisation des pesticides et leurs impacts sur la santé publique.
Ce qu'il faut retenir
- Le piclorame, un herbicide classé comme « non cancérogène » par les autorités sanitaires, pourrait augmenter le risque de cancer colorectal avant 50 ans en cas d’exposition prolongée.
- L’étude, menée par des chercheurs espagnols, suggère une corrélation entre les régions utilisant davantage ce pesticide et une hausse des cas précoces de cette maladie.
- Les résultats restent à confirmer par d’autres recherches, mais ils interrogent sur la classification actuelle du piclorame.
Un herbicide controversé sous la loupe
Le piclorame est un herbicide sélectif utilisé depuis des décennies pour éliminer les mauvaises herbes dans les cultures, les prairies et les zones urbaines. Malgré sa classification officielle comme substance « non cancérogène », cette étude espagnole, publiée récemment, apporte un éclairage nouveau sur ses effets potentiels. Les chercheurs ont analysé les données de santé de plusieurs régions espagnoles en croisant ces informations avec les niveaux d’utilisation du piclorame dans ces zones.
Selon les auteurs, « les données suggèrent une association entre une exposition prolongée à ce produit et l’apparition de cancers colorectaux avant 50 ans ». Une affirmation qui, si elle se confirmait, pourrait remettre en cause les évaluations sanitaires existantes.
Des résultats à confirmer, mais des questions légitimes
Les conclusions de cette étude restent sujettes à caution, car elles reposent sur des corrélations observées et non sur des causalités démontrées. « Il s’agit d’une piste sérieuse, mais qui nécessite des recherches supplémentaires », a précisé le Dr Elena Martinez, principale auteure de l’étude, lors d’une conférence de presse. Elle a ajouté que « les mécanismes biologiques expliquant ce lien potentiel restent à élucider ».
Autant dire que les autorités sanitaires européennes et françaises, qui classent toujours le piclorame comme non dangereux, pourraient être contraintes de réévaluer leur position. En Europe, ce pesticide est autorisé sous conditions, notamment dans le cadre de la lutte contre les plantes invasives comme le baccharis.
Les régions les plus touchées par cette exposition
L’étude espagnole a identifié plusieurs zones où l’utilisation du piclorame est particulièrement intensive, comme certaines régions de Castille-et-León ou d’Andalousie. Dans ces territoires, les chercheurs ont observé une incidence accrue de cancers colorectaux chez les moins de 50 ans, comparativement à la moyenne nationale. « Ces disparités géographiques méritent une attention particulière », a souligné le Dr Martinez.
Cependant, les auteurs de l’étude insistent sur le fait que d’autres facteurs — alimentation, mode de vie, prédispositions génétiques — pourraient également jouer un rôle. Bref, si le piclorame semble être un suspect sérieux, il n’est probablement pas le seul responsable.
Cette étude rappelle, une fois de plus, les limites des évaluations toxicologiques actuelles, souvent basées sur des données anciennes ou des protocoles expérimentaux incomplets. Elle ouvre également un débat plus large sur l’utilisation des pesticides en agriculture et leurs impacts à long terme sur la santé des populations exposées.
Plusieurs herbicides de substitution existent, comme le glyphosate (dont l’usage est déjà très encadré), le 2,4-D ou des méthodes mécaniques et thermiques. Cependant, leur efficacité et leur toxicité varient considérablement. L’Union européenne travaille actuellement sur une réévaluation complète des substances actives autorisées d’ici 2027.