Les armateurs et équipages des navires marchands croisant dans l’océan Indien doivent à nouveau composer avec une menace que l’on croyait endormie. Depuis 2024, les attaques de pirates somaliens se multiplient, mettant fin à une période de relative accalmie observée depuis 2014. Selon Ouest France, cette résurgence s’explique par deux facteurs principaux : d’une part, l’augmentation du trafic maritime dans cette zone, et d’autre part, la redéploiement des moyens militaires occidentaux vers d’autres foyers de tension.
Autant dire que la situation rappelle les années noires de la piraterie somalienne, lorsque les côtes de la Corne de l’Afrique étaient le théâtre d’attaques quasi quotidiennes. En 2011, au plus fort de la crise, 237 attaques avaient été recensées par le Bureau maritime international (BMI), un record absolu. Depuis, les chiffres avaient chuté, tombant à trois tentatives en 2023. Pourtant, depuis le début de l’année 2026, une dizaine d’incidents ont déjà été signalés, dont certains ont abouti à des prises d’otages.
Ce qu'il faut retenir
- Hausse du trafic maritime dans le golfe d’Aden et la mer Rouge, corridor stratégique reliant l’Europe à l’Asie
- Redéploiement des forces navales occidentales vers d’autres régions (Ukraine, mer de Chine méridionale)
- 10 attaques signalées depuis janvier 2026, contre seulement trois en 2023
- Risque accru pour les équipages de navires marchands, souvent mal protégés
- Retour des techniques traditionnelles : abordages de nuit, utilisation de petits bateaux rapides
Un contexte géopolitique qui favorise les pirates
La Corne de l’Afrique, longtemps considérée comme un foyer de piraterie endémique, avait bénéficié d’une réduction drastique des attaques grâce à la présence renforcée de navires militaires internationaux. Des opérations comme Atalanta, lancée en 2008 par l’Union européenne, ou Combined Task Force 150, avaient permis de sécuriser les routes maritimes. Mais depuis 2024, ces missions ont été recentrées sur d’autres théâtres d’opération, laissant le golfe d’Aden moins surveillé.
« Les pirates profitent d’un vide sécuritaire », explique un expert en sécurité maritime sous couvert d’anonymat. « Les navires marchands sont de plus en plus nombreux à emprunter cette route, qui reste la plus courte entre l’Europe et l’Asie. Or, les équipages sont souvent sous-équipés et mal formés pour faire face à ce type de menace. » D’après les dernières données du BMI, 70 % des attaques en 2026 ont ciblé des cargos ou des pétroliers, des cibles hautement rentables pour les pirates.
Des méthodes toujours aussi rudimentaires, mais efficaces
Contrairement à d’autres zones de piraterie, comme le golfe de Guinée, où les attaques sont souvent violentes et armées, les pirates somaliens privilégient des tactiques simples mais redoutables. Leurs cibles ? Des navires lents, peu escortés, naviguant de nuit sans éclairage suffisant. Une fois à portée, ils lancent des grappins pour s’amarrer, puis montent à bord armés de couteaux ou de machettes.
« Les pirates somaliens utilisent toujours les mêmes méthodes depuis dix ans », souligne un capitaine de navire ayant navigué dans la région. « Ils comptent sur la surprise et la rapidité. Une fois à bord, ils se dirigent directement vers la salle des machines ou les cabines des officiers, où se trouvent les objets de valeur et les systèmes de communication. » En 2026, aucun cas de rançon n’a encore été officiellement confirmé, mais les assureurs maritimes s’attendent à une augmentation des demandes de paiement dans les prochains mois.
Si la situation devait s’aggraver, les répercussions économiques pourraient être lourdes. Le golfe d’Aden est une artère vitale pour le commerce mondial, avec 12 % du trafic maritime mondial qui y transite chaque année. Une augmentation des attaques pourrait entraîner des surcoûts logistiques, voire des détournements de routes plus longues et plus coûteuses. Pour l’instant, les compagnies maritimes restent prudentes, mais certaines commencent à réévaluer leurs stratégies de navigation dans la région.
D’après Ouest France, la hausse des attaques s’explique principalement par deux facteurs : l’augmentation du trafic maritime dans la zone et le redéploiement des navires militaires occidentaux vers d’autres régions. Avec moins de patrouilles, les pirates trouvent des opportunités plus nombreuses et moins risquées.