Les ministres de l'Économie et de l'Industrie ont présenté ce mardi un « plan terres rares » ambitieux lors d'une visite dans le Béarn, alors que les premiers travaux d'une future usine de recyclage et de raffinage sont en cours. Selon Libération, ces mesures visent à sécuriser l'approvisionnement en aimants permanents, des composants indispensables à la production de véhicules électriques et de turbines éoliennes.

Ce qu'il faut retenir

  • Un plan national pour sécuriser l'accès aux terres rares, ressources critiques pour les technologies vertes
  • Une future usine en Béarn dédiée au recyclage et au raffinage de ces minerais, présentée comme un levier de souveraineté industrielle
  • Les aimants permanents, utilisés dans les moteurs électriques et les éoliennes, dépendent à plus de 90 % des importations chinoises

Sur le site d'un projet pilote situé près de Pau, les deux ministres ont détaillé les contours de ce dispositif, présenté comme une réponse aux risques de rupture d'approvisionnement. « Les terres rares sont devenues le pétrole de demain », a souligné le ministre de l'Économie devant les médias locaux. Il a rappelé que la France, comme l'ensemble de l'Europe, reste largement dépendante des chaînes d'approvisionnement asiatiques pour ces minerais stratégiques.

Le projet béarnais s'inscrit dans une logique de circuit court : il prévoit de recycler des déchets électroniques et industriels pour en extraire les terres rares, avant de les raffiner sur place. « Nous ne partons pas de rien », a précisé le ministre de l'Industrie, évoquant des partenariats avec des acteurs locaux et des laboratoires de recherche. L'objectif affiché est de couvrir, à terme, une partie des besoins nationaux en aimants permanents d'ici 2030.

Une dépendance jugée trop risquée pour l'industrie verte

Les terres rares, au nombre de 17, sont des éléments chimiques aux propriétés magnétiques exceptionnelles. Elles entrent dans la composition des moteurs électriques, des batteries haute performance et des générateurs d'éoliennes. Aujourd'hui, la Chine assure plus des 80 % de la production mondiale, une situation que les autorités françaises jugent incompatible avec les ambitions de transition énergétique du pays.

Le gouvernement mise donc sur une démultiplication des capacités de recyclage et le développement de filières souveraines. « Nous devons éviter les goulots d'étranglement qui pourraient freiner notre transition écologique », a expliqué le ministre de l'Industrie. Un fonds dédié de 500 millions d'euros sur cinq ans a été annoncé pour financer ces projets, complétant les aides déjà prévues dans le cadre du plan France 2030.

Un enjeu industriel et géopolitique majeur

Au-delà de l'aspect environnemental, la question des terres rares cristallise les tensions entre grandes puissances. L'Europe, soucieuse de réduire sa dépendance, a déjà lancé plusieurs initiatives pour diversifier ses sources d'approvisionnement. En France, le site béarnais s'ajoute à d'autres projets similaires, comme celui de la société Rare Earths Norway, qui prévoit d'exploiter un gisement en Norvège d'ici 2028.

Pour les observateurs, la réussite de ce plan dépendra de plusieurs facteurs : la rapidité de mise en œuvre des infrastructures, la capacité à attirer des investissements privés et la stabilité des prix sur les marchés internationaux. « La course aux terres rares est lancée », a résumé un expert cité par Libération. « Celui qui maîtrise ces ressources maîtrisera aussi une partie de l'industrie de demain. »

Et maintenant ?

Les prochaines étapes incluent la finalisation des études techniques pour le site béarnais d'ici la fin de l'année, avant le début des travaux en 2027. Le gouvernement devrait préciser, d'ici l'automne, les modalités d'attribution des subventions aux entreprises souhaitant s'impliquer dans la filière. Reste à voir si ces mesures suffiront à réduire significativement la dépendance française aux importations asiatiques.

Enfin, la Commission européenne doit publier, d'ici la fin du premier semestre 2026, une stratégie commune sur les terres rares, qui pourrait influencer les choix nationaux. Autant dire que les prochains mois seront déterminants pour évaluer la portée réelle de ce « plan terres rares ».