Comme le rapporte Franceinfo - Politique, la ministre chargée de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a présenté ce lundi 6 juillet 2026 à la Bibliothèque nationale de France à Paris un plan triennal composé de 55 mesures destinées à combattre les discriminations racistes, antisémites et celles liées à l’origine. Ce dispositif, qui s’inscrit dans la continuité d’un premier plan lancé en janvier 2023 sous l’égide d’Elisabeth Borne, vise à renforcer la prévention, la formation et l’accompagnement des victimes. Aurore Bergé doit par ailleurs défendre un projet de loi en Conseil des ministres dès mercredi, marquant ainsi une volonté politique affirmée de donner une nouvelle impulsion à cette lutte.

Selon les données communiquées, près de 1,7 million de Français auraient été victimes de propos ou d’actes racistes, antisémites ou discriminatoires en 2025. Un chiffre qui illustre l’ampleur du phénomène et justifie, pour le gouvernement, la nécessité d’un plan ambitieux et structurant. Ce dernier a été élaboré sur six mois en concertation avec des acteurs associatifs, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), le Défenseur des droits, et, fait nouveau, des parlementaires invités à contribuer directement.

Ce qu'il faut retenir

  • Un plan de 55 mesures contre les discriminations racistes, antisémites et liées à l’origine, présenté par Aurore Bergé ce 6 juillet 2026.
  • Près de 1,7 million de victimes en 2025 de propos ou actes discriminatoires, selon les chiffres communiqués par la ministre.
  • Renforcement de la formation des enseignants, chefs d’établissements et futurs professeurs, ainsi que des forces de l’ordre.
  • Visites de lieux mémoriels étendues à 800 000 élèves par an (contre 500 000 auparavant).
  • Développement des stages de citoyenneté dans les lieux de mémoire et introduction de campagnes de testing à l’embauche tous les deux ans.
  • Création d’un référentiel de formation à la non-discrimination pour les professionnels de l’immobilier et développement d’une « IA responsable » pour éviter les biais algorithmiques dans les recrutements.

Un héritage à corriger et des lacunes à combler

Le plan triennal dévoilé par Aurore Bergé s’appuie sur un premier dispositif lancé en janvier 2023 par l’ancienne Première ministre Elisabeth Borne. Pourtant, ce dernier avait été jugé « très insuffisant » par la CNCDH en mars 2026, soulignant ainsi les limites des mesures précédentes. Pour remédier à ces insuffisances, le nouveau plan a été conçu en associant dès sa genèse des acteurs clés : associations, CNCDH, Défenseur des droits, mais aussi, pour la première fois, des parlementaires. Cette approche collaborative vise à garantir une meilleure adéquation entre les mesures proposées et les réalités vécues par les victimes de discriminations.

Parmi les priorités affichées, la formation occupe une place centrale. Les chefs d’établissements scolaires, les inspecteurs pédagogiques ainsi que les futurs enseignants seront spécifiquement ciblés par des modules dédiés. L’objectif est double : sensibiliser ces acteurs aux enjeux des discriminations et leur fournir les outils nécessaires pour les prévenir au quotidien dans leurs établissements. Côté forces de l’ordre, le plan prévoit également un renforcement des formations pour les gendarmes et policiers, afin d’améliorer leur réponse aux situations de discrimination et d’outiller leur intervention en cas de dépôt de plainte.

Des mesures concrètes pour agir sur le terrain

Le gouvernement mise sur plusieurs leviers pour ancrer sa politique dans le concret. D’abord, il entend étendre significativement l’accès aux lieux mémoriels pour les élèves. Dès la rentrée prochaine, 800 000 jeunes devraient effectuer une visite annuelle, contre 500 000 actuellement. Ces déplacements, encadrés par des programmes pédagogiques, visent à ancrer la mémoire des crimes racistes et antisémites dans l’esprit des nouvelles générations et à promouvoir les valeurs de tolérance et de respect.

Côté répression et prévention, le plan prévoit plusieurs innovations. Un guide d’accompagnement au dépôt de plainte sera diffusé à destination des victimes, tandis que les condamnations pour actes racistes ou antisémites feront l’objet d’une publication régulière et d’un suivi précis. Par ailleurs, les stages de citoyenneté, actuellement proposés en sanction pour certains délits, seront développés dans les lieux de mémoire, offrant ainsi une dimension pédagogique et mémorielle à ces mesures. Une campagne de testing à l’embauche sera également organisée tous les deux ans, afin de lutter contre les discriminations à l’embauche et de sensibiliser les employeurs aux biais inconscients.

Innovation et sectorisation : deux axes forts du dispositif

Pour toucher des publics spécifiques, le gouvernement mise sur la sectorisation des mesures. Les professionnels de l’immobilier, souvent pointés du doigt pour des pratiques discriminatoires, bénéficieront d’un référentiel de formation à la non-discrimination. Ce document, élaboré en collaboration avec les acteurs du secteur, aura pour but de rappeler les obligations légales et de promouvoir les bonnes pratiques en matière de location et de vente immobilières.

Autre innovation majeure : le recours à l’intelligence artificielle. Le plan prévoit la construction d’une IA responsable, conçue pour éviter les biais algorithmiques dans les processus de recrutement. L’objectif est de limiter les discriminations indirectes qui peuvent émerger des outils numériques utilisés par les entreprises pour présélectionner des candidats. Cette mesure s’inscrit dans une volonté plus large de moderniser les outils de lutte contre les discriminations, en s’appuyant sur les nouvelles technologies tout en veillant à leur éthique.

Et maintenant ?

Le plan triennal annoncé ce 6 juillet 2026 devra désormais être décliné opérationnellement sur le terrain. Chaque année, un comité ministériel sera organisé pour suivre son avancée, tandis que la CNCDH sera chargée d’évaluer son impact. Par ailleurs, le projet de loi porté par Aurore Bergé, qui devrait être présenté en Conseil des ministres dès mercredi, pourrait introduire des modifications législatives pour renforcer l’arsenal juridique existant. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance, dans un contexte où les tensions sociales et les actes discriminatoires restent une préoccupation majeure pour une partie de la population.

Un engagement politique et sociétal

La présentation de ce plan s’accompagne d’une prise de parole forte de la part d’Aurore Bergé. Lors de la conférence de presse, elle a rappelé l’urgence d’agir : «

Nous devons regarder la réalité en face : en 2025, près de 1,7 million de nos compatriotes ont été victimes de propos ou actes racistes, antisémites ou discriminatoires.
» Pour la ministre, ce chiffre « rappelle que la lutte contre les discriminations ne peut plus attendre ». Elle a également souligné l’importance de la mobilisation collective, en insistant sur la nécessité de « travailler main dans la main avec la société civile, les institutions et les parlementaires ».

Enfin, ce plan s’inscrit dans une dynamique plus large de promotion de l’égalité et de la fraternité. En misant sur l’éducation, la formation et l’innovation, le gouvernement cherche à s’attaquer aux racines des discriminations, tout en renforçant les outils de répression et de prévention. La réussite de ce dispositif dépendra en grande partie de sa mise en œuvre effective, mais aussi de l’adhésion des acteurs de terrain, des entreprises et des citoyens à ces nouvelles mesures.

Le projet de loi porté par Aurore Bergé sera présenté en Conseil des ministres dès le 9 juillet 2026. Par ailleurs, un comité ministériel sera organisé chaque année pour suivre l’avancée du plan, et la CNCDH sera chargée d’en évaluer l’impact. Les mesures opérationnelles, comme les formations ou les campagnes de testing, devraient être déployées dès la rentrée 2026.