Le Bangladesh fait face à une crise sanitaire sans précédent depuis le début du printemps 2026. Selon Courrier International, une épidémie de rougeole a causé la mort de plus de 500 enfants âgés de moins de 5 ans depuis le mois de mars. Ce bilan provisoire intervient alors que le pays avait pour objectif d’éliminer cette maladie cette année. Les autorités bangladaises, confrontées à une situation jugée « inacceptable » par la presse locale, peinent à endiguer la propagation de ce virus hautement contagieux.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 500 enfants décédés en moins de trois mois, depuis le début de l’épidémie en mars 2026.
- Le gouvernement bangladais n’a toujours pas déclaré officiellement l’état d’épidémie, malgré l’urgence sanitaire.
- Les manquements bureaucratiques et les retards dans la campagne de vaccination ont aggravé la crise, selon les experts.
- 60 000 cas suspects de rougeole ont été recensés depuis le début de l’année, avec une propagation particulièrement rapide chez les enfants non vaccinés.
- Les hôpitaux de Dacca, la capitale, sont submergés par l’afflux de patients, contraignant les familles à parcourir de longues distances pour obtenir des soins.
Une gestion défaillante de la vaccination
Le professeur Be-Nazir Ahmed, ancien directeur de l’organisme gouvernemental de contrôle des maladies, dénonce dans les colonnes du quotidien bangladais Prothom Alo les lacunes majeures dans la gestion de la crise. Selon lui, les lourdeurs administratives, la complexification inutile des procédures et le non-respect des calendriers de vaccination ont laissé le pays « au dépourvu ». « Les autorités ont été prises de court, et les conséquences se paient aujourd’hui en vies humaines », a-t-il expliqué.
Le gouvernement intérimaire de Muhammad Yunus, en place jusqu’aux élections législatives du 12 février 2026, est particulièrement pointé du doigt. L’expert souligne que si la rougeole avait été déclarée épidémie, un plan d’intervention d’urgence aurait pu être mis en place, facilitant l’accès aux traitements dans les zones les plus reculées.
Des familles en détresse face à l’absence de soins
Les témoignages recueillis par la presse locale illustrent l’ampleur de la tragédie. The Daily Star rapporte le cas d’Ibrahim Khalil, 7 ans, surnommé « Samit » par ses proches. Le garçonnet, souffrant de fièvre et de symptômes compatibles avec la rougeole, a été transféré d’hôpital en hôpital à plusieurs reprises. « À chaque fois, le diagnostic était le même : les ressources locales étaient insuffisantes », a indiqué le quotidien. Son père, Mofizul Haque, n’avait pas les moyens de le faire transporter à Dacca, où les soins intensifs étaient nécessaires. L’enfant est décédé le 24 mai 2026.
Un autre drame, celui d’Al Amin, dont la fille Akira est morte de la rougeole, révèle les failles du système. La fillette, âgée de 2 ans, avait été vaccinée à quatre reprises, mais le vaccin contre la rougeole n’était jamais disponible. « Pour l’État, ce ne sont peut-être que des données statistiques », a ironisé The Daily Star, avant de s’interroger : « La question n’est pas de savoir si le gouvernement agit maintenant, mais pourquoi le pays en est arrivé là. »
Un bilan qui interroge la couverture vaccinale
Malgré les efforts affichés, les chiffres officiels peinent à masquer les dysfonctionnements. Selon le ministère de la Santé bangladais, 18,4 millions d’enfants âgés de 6 mois à moins de 5 ans ont été vaccinés dans le cadre d’une campagne nationale. Pourtant, 60 000 cas suspects de rougeole ont été recensés depuis le début de l’année, un chiffre qui souligne l’échec partiel de cette initiative. La maladie, extrêmement contagieuse, se propage par voie aérienne et touche principalement les enfants non immunisés, un groupe particulièrement vulnérable.
Le ministre bangladais de la Santé a annoncé, dans l’urgence, l’annulation des congés des médecins en charge de la prise en charge des cas de rougeole pendant l’Aïd El-Kébir, célébrée le 28 mai 2026. Une mesure symbolique, alors que les hôpitaux de la capitale sont saturés et que les transferts de patients vers Dacca s’enchaînent sans relâche.
« La rougeole n’est pas mystérieuse. Elle est évitable. Pourtant, aujourd’hui, des enfants meurent parce que les moyens ne sont pas au rendez-vous. » — Prothom Alo, quotidien bangladais, dans un éditorial publié en mai 2026.
Des leçons à tirer pour l’avenir
Les experts s’accordent à dire que cette épidémie révèle les faiblesses structurelles du système de santé bangladais. « Un pays ne peut pas se permettre de telles négligences », a rappelé le professeur Be-Nazir Ahmed. Il pointe notamment l’absence de protocoles standardisés pour les traitements et la lenteur des réponses administratives. « Si la rougeole avait été déclarée épidémie dès le début, les enfants auraient pu bénéficier de soins adaptés sans avoir à parcourir des centaines de kilomètres », a-t-il souligné.
Les autorités bangladaises, sous pression, promettent désormais des mesures correctives. Pourtant, sans une refonte en profondeur des politiques de vaccination et une meilleure coordination entre les différents acteurs, le risque de nouvelles flambées reste élevé. La rougeole, maladie à déclaration obligatoire, n’est pourtant pas une fatalité.
Cette crise sanitaire rappelle, une fois de plus, l’importance de la vaccination et de la prévention. Pourtant, elle pose une question simple : comment un pays peut-il prétendre éliminer une maladie évitable alors que les moyens pour y parvenir font défaut ?
Selon les experts interrogés par Courrier International, les autorités bangladaises hésitent à franchir ce pas par crainte d’un panique sociale et d’une pression accrue sur le système de santé déjà saturé. Une déclaration officielle aurait pourtant permis de déclencher des protocoles d’urgence et d’accélérer la distribution des vaccins et des traitements dans les zones les plus touchées.
Le ministère bangladais de la Santé a annoncé l’annulation des congés des médecins pendant l’Aïd El-Kébir et promet un renforcement des campagnes de vaccination dans les prochains mois. Une refonte des procédures administratives est également évoquée, mais aucun calendrier précis n’a été communiqué. Les organisations internationales, comme l’OMS, pourraient être sollicitées pour un soutien technique.