Les mégafermes d’élevage de saumons en Norvège ont libéré l’an dernier quelque 75 000 tonnes d’azote, 13 000 tonnes de phosphore et 360 000 tonnes de carbone organique dans les eaux des fjords, selon un rapport du Sunstone Institute sur l’aquaculture norvégienne, rendu public ce 5 mai 2026. Reporterre a analysé ces données, mettant en lumière l’impact environnemental d’une industrie qui domine le marché mondial du saumon d’élevage.
Ce qu'il faut retenir
- En 2025, les fermes norvégiennes de saumons ont rejeté 75 000 tonnes d’azote, 13 000 tonnes de phosphore et 360 000 tonnes de carbone organique dans les fjords.
- La Norvège reste le premier producteur mondial de saumon d’élevage, avec une industrie qui repose sur l’utilisation massive de granulés nutritifs.
- Ces nutriments, destinés à nourrir les poissons, finissent par se déverser dans l’eau, contribuant à une pollution chronique des écosystèmes marins.
Une industrie colossale aux conséquences écologiques majeures
Avec une production annuelle dépassant 1,5 million de tonnes de saumon, la Norvège assure à elle seule plus de la moitié de l’offre mondiale en saumon d’élevage, d’après les données compilées par les associations Seastemik et Data for Good. Pourtant, cette performance économique s’accompagne d’un bilan environnemental de plus en plus contesté. Les nutriments contenus dans les aliments artificiels distribués aux poissons — azote, phosphore et carbone — ne sont pas entièrement assimilés par les animaux. « Une partie importante se retrouve directement dans l’eau, sous forme de déchets organiques », explique un chercheur du Sunstone Institute cité par Reporterre.
Les fjords norvégiens, victimes d’une pollution chronique
Les fjords, ces écosystèmes uniques en leur genre, subissent de plein fouet cette accumulation de nutriments. L’azote et le phosphore agissent comme des engrais artificiels, favorisant la prolifération d’algues et la diminution de l’oxygène dans l’eau. Ce phénomène, connu sous le nom d’eutrophisation, menace la biodiversité locale et peut conduire à des zones mortes où plus aucune vie marine n’est possible. Quant au carbone organique, il participe à l’acidification des eaux, un processus déjà accéléré par le changement climatique.
Les associations environnementales s’inquiètent de l’ampleur des rejets. « Ces chiffres montrent que l’industrie est à un tournant. Si rien n’est fait, les fjords norvégiens pourraient subir des dommages irréversibles dans les années à venir », alerte une porte-parole de Seastemik.
Un modèle de production en question
La question de la durabilité de l’élevage intensif de saumons est désormais au cœur des débats. Les granulés utilisés pour nourrir les poissons sont fabriqués à partir de farines et d’huiles de poisson, issues de la pêche industrielle, ainsi que de protéines végétales. Leur composition riche en nutriments est pointée du doigt, car elle favorise les rejets massifs dans le milieu aquatique. Plusieurs ONG appellent à une révision urgente des pratiques, suggérant une transition vers des aliments plus pauvres en nutriments ou l’adoption de systèmes de filtration avancés.
En parallèle, des voix s’élèvent pour promouvoir une aquaculture plus respectueuse de l’environnement, comme l’élevage en circuit fermé ou l’utilisation de bassins à terre. Cependant, ces alternatives restent marginales face à l’ampleur des mégafermes en activité.
En attendant, les scientifiques du Sunstone Institute préparent une étude approfondie sur l’état écologique des fjords les plus touchés, dont les résultats sont attendus pour fin 2026. Ces données pourraient servir de base à de nouvelles régulations, ou au contraire, confirmer l’urgence d’agir avant que les dégâts ne deviennent irréparables.
Ces nutriments agissent comme des engrais artificiels. L’azote et le phosphore favorisent la prolifération d’algues, tandis que le carbone organique contribue à l’acidification des eaux. Ensemble, ils accélèrent l’eutrophisation des fjords, réduisant l’oxygène disponible et menaçant la biodiversité marine.