Pour la première fois, une équipe internationale de physiciens a réussi à téléporter l’état quantique d’un photon entre deux points distincts séparés de 270 mètres, en extérieur. Selon Futura Sciences, cette expérience, menée sur le campus de l’université Sapienza de Rome, marque une étape majeure vers le développement d’un futur Internet quantique.
Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas d’un transfert de matière, mais bien d’une transmission instantanée des propriétés quantiques d’une particule à une autre. Les chercheurs ont utilisé le phénomène d’intrication quantique pour transférer l’état de polarisation d’un photon, sans que celui-ci ne se déplace physiquement. Une avancée technique publiée dans la revue Nature Communications, qui ouvre la voie à des réseaux de communication bien plus sécurisés et performants.
Ce qu'il faut retenir
- Une première mondiale : téléportation quantique réussie sur 270 mètres en extérieur, entre deux bâtiments du campus de l’université Sapienza de Rome.
- Transfert de l’état quantique d’un photon (polarisation) via l’intrication quantique, sans déplacement physique de la particule.
- Deux « points quantiques semi-conducteurs » (quantum dots) utilisés comme sources indépendantes, une première dans ce type d’expérience.
- Fidélité de téléportation de 82 ± 1 %, bien au-dessus des limites des procédés classiques.
- Réseau hybride combinant fibre optique et liaison optique en plein air, avec synchronisation GPS et systèmes de correction pour compenser les perturbations atmosphériques.
- Une étape cruciale vers des relais quantiques évolutifs et la mise en place d’un Internet quantique opérationnel.
Une expérience qui dépasse les limites des laboratoires
Jusqu’à présent, les expériences de téléportation quantique reposaient sur des photons issus d’une même source, ce qui limitait considérablement leur applicabilité. Comme le rapporte Futura Sciences, l’équipe internationale a cette fois utilisé deux « quantum dots » – des points quantiques semi-conducteurs capables d’émettre des photons un par un, presque à la demande. Une approche innovante qui rend la téléportation quantique bien plus réaliste pour des applications concrètes.
L’expérience s’est déroulée sur un réseau hybride, mêlant fibre optique et transmission en plein air. Le photon final a ainsi parcouru 270 mètres entre deux bâtiments du campus romain, dans des conditions bien moins contrôlées qu’en laboratoire. « En extérieur, la chaleur, les vibrations, les turbulences de l’air ou les variations de lumière peuvent perturber le faisceau », rappelle l’article. Pour stabiliser l’ensemble, les chercheurs ont eu recours à une synchronisation GPS, des détecteurs ultrarapides de photons uniques et des systèmes de correction en temps réel.
L’intrication quantique, clé de la téléportation
Au cœur de cette expérience se trouve l’intrication quantique, un phénomène que le physicien français Alain Aspect – lauréat du prix Nobel de physique en 2022 pour ses travaux sur le sujet – a contribué à valider expérimentalement. Deux particules intriquées, même séparées par des distances considérables, partagent un lien quantique qui leur permet de réagir instantanément l’une à l’autre. « Ce lien ne permet pas d’envoyer un message plus vite que la lumière, mais il offre une manière nouvelle de faire circuler de l’information quantique », explique Futura Sciences.
« Avec cette expérience, on démontre que les sources de lumière quantique basées sur des points quantiques semi-conducteurs pourraient devenir une technologie centrale pour les futurs réseaux de communication quantique. »
Contrairement aux réseaux classiques, où l’information est transmise via des bits (0 ou 1), la téléportation quantique utilise des « qubits », qui peuvent exister dans plusieurs états simultanément. Cette propriété, appelée superposition quantique, confère aux futurs réseaux quantiques une puissance de calcul et une sécurité inégalées. Selon les auteurs de l’étude, la fidélité de 82 % obtenue lors de cette expérience est largement suffisante pour envisager des applications pratiques, même si elle reste perfectible.
Vers un Internet quantique opérationnel
Cette avancée technologique intervient alors que plusieurs acteurs publics et privés accélèrent leurs recherches sur les réseaux quantiques. En France, le CEA et des start-up comme Quandela misent sur l’informatique et les communications photoniques pour concrétiser la « seconde révolution quantique ». D’autres pays, comme la Chine ou les États-Unis, investissent massivement dans ces technologies, perçues comme stratégiques pour la cybersécurité et le calcul haute performance.
Pour les chercheurs romains, cette expérience prouve que des relais quantiques évolutifs, capables de transmettre l’état quantique sans le détruire, sont désormais envisageables. « Cela représente une étape cruciale vers la mise en œuvre concrète d’un Internet quantique », soulignent-ils. À plus long terme, cette technologie pourrait révolutionner des secteurs aussi variés que la finance, la santé ou la défense, en garantissant des communications inviolables.
Réactions et perspectives du secteur
Alain Aspect, interrogé par Futura Sciences dans le cadre de ses travaux sur l’intrication quantique, a salué cette expérience comme une « validation supplémentaire des principes quantiques ». « Ces résultats montrent que nous sommes sur la bonne voie pour des applications pratiques, même si beaucoup de travail reste à faire », a-t-il déclaré. De son côté, le CNRS a indiqué suivre de près ces avancées, sans encore annoncer de partenariat spécifique avec l’équipe romaine.
Côté industriel, des acteurs comme IBM ou Google ont déjà présenté des prototypes d’ordinateurs quantiques, mais la mise en place d’un réseau quantique global nécessitera des investissements colossaux. En Europe, la Commission européenne a lancé en 2018 un projet phare doté de 1 milliard d’euros sur dix ans pour accélérer le développement des technologies quantiques. Une enveloppe qui pourrait être complétée par des financements nationaux, comme ceux annoncés par la France dans le cadre de son plan quantique.
Non. La téléportation quantique ne déplace pas de matière ou d’énergie. Elle consiste à transférer l’état quantique d’une particule (comme la polarisation d’un photon) vers une autre particule intriquée, sans que la première ne se déplace physiquement. Autrement dit, c’est une transmission d’information quantique, pas un déplacement de matière.
La fidélité mesure la précision du transfert quantique. Une fidélité de 82 % signifie que l’état quantique du photon a été correctement téléporté dans 82 % des cas. Les procédés classiques (comme la transmission par fibre optique) ont une fidélité bien inférieure, souvent inférieure à 50 %. Une fidélité supérieure à 75 % est généralement considérée comme exploitable pour des applications pratiques.