Dans une tribune publiée par Le Monde, trois spécialistes reconnus de l’enfance ont mis en lumière un paradoxe fondamental : les réformes législatives destinées à protéger les mineurs contre les violences peinent à porter leurs fruits tant que persiste une vision traditionnelle où « l’enfant est perçu comme un être de moindre valeur, subordonné à l’adulte ». Le Monde rapporte ainsi une analyse qui interroge les fondements mêmes de notre rapport à l’enfance.
Ce qu'il faut retenir
- Trois experts de l’enfance soulignent dans une tribune du Monde l’importance de transformer les mentalités pour mieux protéger les mineurs.
- Ils pointent une croyance persistante selon laquelle l’enfant aurait une valeur inférieure à celle de l’adulte.
- Les réformes juridiques, bien que nécessaires, ne suffiront pas sans un changement culturel profond.
- La tribune met en avant l’idée que la protection de l’enfance commence dans l’intimité des foyers.
Une tribune pour alerter sur les limites des réformes
Publiée ce vendredi 19 juin 2026 dans Le Monde, la tribune signée par trois spécialistes – dont la pédopsychiatre Dr. Marie-Laure Chatelin, le sociologue Jean-Pierre Winter et l’avocate en droit de l’enfant Sophie Parizeau – s’inscrit dans un contexte où les violences envers les mineurs restent un sujet de préoccupation majeure en France. Le Monde rappelle que, malgré l’adoption de lois renforçant la protection de l’enfance ces dernières années, les signalements pour maltraitance et négligence continuent d’augmenter. Selon les chiffres de l’Observatoire national de la protection de l’enfance, près de 200 000 mineurs ont été victimes de violences en 2025, un chiffre en hausse de 5 % par rapport à 2024.
La croyance dans la hiérarchie adulte-enfant, un obstacle persistant
Pour les auteurs de la tribune, le principal frein à une protection efficace des mineurs réside dans une « conception archaïque » de l’enfance, encore largement ancrée dans la société. « L’enfant n’est pas un adulte en devenir, mais une personne à part entière, dont les droits doivent être respectés », a déclaré Dr. Chatelin. Le Monde souligne que cette vision hiérarchique, qui place l’adulte en position d’autorité absolue, favorise les situations de violence, qu’elles soient physiques, psychologiques ou institutionnelles. « Tant que nous n’aurons pas rompu avec cette idée que l’enfant est un être subordonné, les lois resteront lettre morte », a ajouté Jean-Pierre Winter.
L’éducation et la transmission, clés d’un changement culturel
Les signataires de la tribune insistent sur le rôle central des parents et des éducateurs dans la déconstruction de ces stéréotypes. « C’est dans les foyers que se jouent les premières batailles pour le respect de l’enfant », a expliqué Sophie Parizeau. Le Monde rapporte que les auteurs appellent à une mobilisation collective, incluant les écoles, les médias et les institutions, pour promouvoir une éducation bienveillante et respectueuse des droits de l’enfant. Ils citent en exemple des pays nordiques, où une approche éducative fondée sur l’écoute et l’autonomie des mineurs a permis de réduire significativement les cas de maltraitance.
« La protection de l’enfance ne se décrète pas par des lois, elle se construit au quotidien, dans le respect et la reconnaissance de l’autre, quel que soit son âge. »
— Dr. Marie-Laure Chatelin, pédopsychiatre
Cette réflexion intervient alors que le gouvernement prépare un nouveau plan interministériel contre les violences faites aux enfants, dont les contours devraient être dévoilés d’ici la fin de l’année. Les spécialistes, eux, appellent à une prise de conscience collective, rappelant que « la véritable révolution consistera à considérer l’enfant non plus comme un objet de protection, mais comme un sujet de droits ».