Un navire transporteur de gaz naturel liquéfié (GNL) battant pavillon français a franchi le détroit d’Ormuz ce jeudi 18 juin 2026, une première depuis le début des hostilités entre l’Iran et une coalition menée par les États-Unis en février dernier. Selon Le Figaro, ce passage marque un signe tangible de détente dans la région après la signature, mercredi soir au château de Versailles, d’un protocole d’accord entre les présidents américain Donald Trump et iranien Masoud Pezeshkian.
Ce qu'il faut retenir
- Un navire français de GNL a franchi le détroit d’Ormuz ce 18 juin, une première depuis trois mois de fermeture quasi totale du passage stratégique
- L’accord signé à Versailles prévoit la réouverture immédiate du détroit et la levée du blocus naval américain sur les ports iraniens
- Le texte inclut une cessation permanente des hostilités sur tous les fronts, y compris au Liban
- Les cours du pétrole ont reculé de plus de 3% jeudi, reflétant l’apaisement des tensions régionales
- Les premières négociations sur la mise en œuvre de l’accord doivent s’ouvrir vendredi en Suisse, près de Lucerne
Un signal de normalisation dans le Golfe
Ce passage maritime, l’un des plus stratégiques au monde, était entièrement paralysé depuis le début du conflit. Selon les données du ministère suisse des Affaires étrangères, confirmées par Le Figaro, l’Iran s’est engagé à « assurer la sécurité du passage des navires commerciaux sans frais pendant 60 jours » à compter de la signature de l’accord. Le trafic doit reprendre « immédiatement » et être pleinement rétabli dans un délai de 30 jours, une fois les opérations de déminage achevées. « Le détroit sera rouvert instantanément », a affirmé le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif sur X, précisant que le blocus américain des ports iraniens serait levé « immédiatement » après l’entrée en vigueur du protocole.
Parmi les premiers bénéficiaires de cette réouverture figure une société française spécialisée dans le transport de GNL. Ce secteur, crucial pour l’approvisionnement énergétique européen, avait subi de plein fouet les conséquences du conflit. Selon les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les prix du baril de Brent avaient bondi de 5% mercredi avant de chuter de plus de 3% jeudi matin, tombant à 74,77 dollars pour le WTI et 77,91 dollars pour le Brent à 11h30, heure de Paris. « Cela laisse entrevoir une possible pression baissière sur les prix dans les prochains jours, à mesure que davantage de pétroliers traverseront le détroit », a analysé Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management.
Un accord sous haute tension diplomatique
La signature de ce protocole, intervenue lors d’un dîner d’État à Versailles en présence d’Emmanuel Macron, a été saluée comme un succès diplomatique par la France. « Bien joué ! », aurait lancé le président français à Donald Trump selon les images diffusées par la Maison-Blanche. Le texte, rendu public par Washington et Téhéran, acte la fin des opérations militaires entre les deux pays et leurs alliés respectifs, incluant le front libanais. « Cet accord ouvre la voie à une paix durable et permet la réouverture du détroit d’Ormuz », a déclaré Emmanuel Macron sur X, soulignant que cette évolution « permettra d’obtenir bientôt une baisse des prix de l’énergie » pour les Européens.
Cependant, l’accord suscite des critiques aux États-Unis. Donald Trump a réagi vivement jeudi sur son réseau Truth Social, qualifiant de « jaloux, malhonnêtes ou stupides » ceux qui critiquent le texte, qu’il présente comme un succès économique avec « des prix du pétrole en chute » et des records boursiers. Une position qui a alimenté les polémiques dans la presse américaine. « Fox News, pourtant proche du président, estime que l’accord offre à l’Iran des avantages financiers sans exiger le démantèlement de son infrastructure nucléaire », note Le Figaro. Le New York Times, souvent ciblé par Trump, tempère : « Les Iraniens sont sortis épuisés du conflit, mais le document n’est en rien une capitulation ».
Les prochaines étapes : négociations techniques et enjeux régionaux
Les premières négociations techniques sur la mise en œuvre de l’accord doivent débuter vendredi 19 juin à Bürgenstock, près de Lucerne en Suisse. Selon le ministère suisse des Affaires étrangères, les représentants américains, iraniens, pakistanais et qataris y participeront. « Il s’agit d’une opération très complexe, et nous devrons être extrêmement précis dans les détails », a prévenu Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui supervisera la dilution des stocks d’uranium enrichi iraniens sous contrôle international.
Parallèlement, les tensions persistent sur d’autres fronts. Un soldat israélien a été tué jeudi dans le sud du Liban, quelques heures avant la signature de l’accord. Israël mène « des négociations acharnées » avec les États-Unis pour maintenir son déploiement militaire dans la région, a indiqué un haut responsable israélien proche de Benyamin Netanyahou. De son côté, l’Allemagne a annoncé le déploiement de deux navires en mer Rouge en vue d’une éventuelle mission de déminage dans le détroit d’Ormuz, sous réserve de l’autorisation de l’Iran et d’Oman.
Réactions et conséquences économiques
En France, le gouvernement a confirmé le maintien des aides au carburant jusqu’en août, malgré la baisse des prix à la pompe. « Ces aides seront maintenues jusqu’au mois d’août », a annoncé Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre de l’Énergie, précisant que plus d’un million de Français en avaient déjà bénéficié, dont 30 000 agriculteurs et 8 500 professionnels du transport. « Cela reste indépendant de la baisse des prix du carburant à la pompe impulsée par la réouverture du détroit d’Ormuz », a-t-elle précisé.
Côté européen, le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, a salué « le rôle diplomatique joué par la France » dans ces négociations. « La réouverture sans péage du détroit d’Ormuz est dans l’intérêt de la France, puisqu’elle permettra de faire baisser le coût des carburants », a-t-il estimé sur France 2. Jean-Yves Le Drian, envoyé spécial d’Emmanuel Macron au Liban, a quant à lui souligné « une volonté collective » au sein du G7, estimant que « la paix par la force ne marche pas » et que « la voix de la négociation doit s’imposer ».
La Russie a également salué l’accord, tandis que la Chine a appelé les deux camps à des « compromis » lors de la prochaine phase des négociations. « La signature revêt une signification positive pour apaiser les tensions », a déclaré un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, invitant Washington et Téhéran à aborder les discussions « de manière rationnelle et pragmatique ».
L’accord signé à Versailles prévoit notamment la cessation immédiate et permanente des hostilités entre les États-Unis et l’Iran, la réouverture du détroit d’Ormuz sous 30 jours après déminage, la levée progressive du blocus naval américain sur les ports iraniens, et la dilution des stocks d’uranium enrichi iraniens sous supervision de l’AIEA. En contrepartie, un fonds de 300 milliards de dollars est prévu pour la reconstruction de l’Iran, et les sanctions américaines seront levées en cas d’accord définitif.
Le détroit d’Ormuz est un passage maritime stratégique : près de 20% du pétrole mondial y transite. Sa fermeture quasi totale depuis février a provoqué une hausse des prix de l’énergie et perturbé l’approvisionnement mondial. Sa réouverture progressive, combinée à la levée des sanctions, pourrait faire baisser les cours du pétrole et stabiliser les marchés énergétiques.