Depuis hier soir, les locaux de l’entreprise associative Karbon Ethic, située à Ploufragan dans les Côtes-d’Armor, ne restent plus inoccupés la nuit. Entre 18 heures et 8 heures du matin, l’un de ses espaces est désormais mis à disposition pour héberger une personne sans-abri. Une première dans le département, rendue possible par le déploiement de l’association Les Bureaux du Cœur, dont l’antenne locale a été créée en 2024. « C’est une réponse concrète et solidaire à une situation qui touche trop de monde », précise-t-on côté association. Selon Ouest France, cette initiative s’inscrit dans une dynamique nationale portée par une poignée de structures entrepreneuriales engagées.
Ce qu'il faut retenir
- Karbon Ethic, entreprise associative implantée à Ploufragan, est la première en Côtes-d’Armor à ouvrir ses locaux la nuit pour héberger une personne sans-abri.
- L’association Les Bureaux du Cœur a lancé son antenne locale en 2024, après sa création à Nantes.
- Le dispositif fonctionne entre 18 heures et 8 heures, couvrant ainsi la nuit, période où les solutions d’hébergement manquent souvent cruellement.
- Cette initiative s’ajoute à d’autres démarches similaires menées ailleurs en France, mais reste inédite dans le département.
Une initiative née d’un constat : le manque de solutions nocturnes
Le principe est simple : des entreprises, souvent sensibilisées aux enjeux sociaux, acceptent de mettre à disposition leurs locaux inutilisés la nuit pour y accueillir une personne en situation de rue. À Ploufragan, c’est donc Karbon Ethic, spécialisée dans l’économie circulaire et l’insertion professionnelle, qui a franchi le pas. « On avait entendu parler de ce projet via des réseaux associatifs locaux, et on s’est dit que c’était une évidence de participer », explique la direction de l’entreprise, contactée par Ouest France. Côté association, on rappelle que l’objectif n’est pas seulement de fournir un toit, mais aussi de « créer un lien social » avec la personne accueillie. « L’idée est de ne pas laisser quelqu’un seul dans la nuit, mais aussi de lui offrir un cadre sécurisé pour se reposer. »
Cette initiative répond à un besoin criant : selon les dernières données de la Fondation Abbé Pierre, plus de 300 000 personnes étaient sans-abri en France en 2025, un chiffre en constante augmentation depuis cinq ans. Les dispositifs d’urgence comme les centres d’hébergement d’urgence (CHU) ou les nuits d’hiver sont souvent saturés, et les solutions alternatives, comme les squats ou les abris de fortune, ne garantissent ni sécurité ni dignité. « Dans les Côtes-d’Armor, les structures existantes sont débordées, surtout en période de grand froid », confie un travailleur social local sous couvert d’anonymat.
Comment fonctionne concrètement le dispositif ?
Le fonctionnement repose sur un système d’échange et de confiance. L’association Les Bureaux du Cœur s’occupe de la sélection des personnes accueillies, en priorité celles qui sont déjà suivies par des travailleurs sociaux. Une fois la personne identifiée, l’entreprise met à disposition une salle chauffée, équipée d’un matelas, de couvertures et d’un point d’eau. « On ne remplace pas les hébergements d’urgence, mais on comble un vide entre 18 heures et 8 heures », précise un bénévole de l’association. Côté Karbon Ethic, l’entreprise a aménagé une pièce dédiée dans ses locaux, située en périphérie de Ploufragan, où l’accueil se fait de manière discrète pour préserver l’intimité de la personne hébergée.
Pour l’heure, le dispositif est testé à titre expérimental. « On évalue l’impact sur les personnes accueillies, mais aussi sur les équipes de l’entreprise », indique la direction de Karbon Ethic. Si l’expérience s’avère concluante, l’association espère essaimer ce modèle à d’autres entreprises du département. « L’idée est de montrer que des solutions existent, même modestes, et qu’elles peuvent faire la différence », souligne-t-on chez Les Bureaux du Cœur.
Une démarche qui pourrait inspirer d’autres territoires
Si l’initiative est encore confidentielle dans les Côtes-d’Armor, elle s’inscrit dans un mouvement plus large observé en France. Depuis 2020, plusieurs villes comme Lyon, Bordeaux ou encore Strasbourg ont testé des dispositifs similaires, souvent portés par des collectifs d’entreprises ou des associations locales. « Le modèle des Bureaux du Cœur est replicable, à condition d’avoir des entreprises volontaires et une coordination solide avec les acteurs sociaux », explique un sociologue spécialisé dans les questions d’exclusion, contacté par Ouest France. À Ploufragan, les premiers retours des travailleurs sociaux sont encourageants. « Une personne a déjà été accueillie, et les échanges avec l’entreprise ont été très positifs. C’est une bouffée d’oxygène pour elle », confie un professionnel du secteur.
Reste à savoir si ce modèle pourra se développer à plus grande échelle. « Il y a un vrai potentiel, mais cela demande des moyens et une volonté politique », rappelle le sociologue. Pour l’instant, l’accent est mis sur la discrétion et la confidentialité, afin de ne pas stigmatiser les personnes accueillies. « L’important, c’est que ça fonctionne pour eux, sans que cela devienne un sujet médiatique », conclut un bénévole de l’association.
Les entreprises intéressées peuvent contacter directement l’association Les Bureaux du Cœur via son site internet ou par téléphone. Après une visite des locaux et une formation des équipes, l’entreprise peut mettre à disposition une salle adaptée. Aucune condition de taille ou de secteur n’est imposée, l’important étant de disposer d’un espace inutilisé la nuit.
Les personnes accueillies sont prioritairement celles déjà suivies par des travailleurs sociaux, en situation de grande précarité et sans solution d’hébergement stable. La sélection est faite en concertation avec les services sociaux locaux, afin de garantir la sécurité et la dignité de l’accueil. L’association vérifie également que la personne est en mesure de bénéficier de ce dispositif, notamment sur le plan médical et psychologique.