Le maire socialiste de Saint-Ouen-sur-Seine, Karim Bouamrane, était l’invité du 8h30 franceinfo ce dimanche 17 mai 2026 pour évoquer deux sujets majeurs : l’organisation d’une primaire à gauche en vue de la présidentielle de 2027 et la stratégie municipale de lutte contre le narcotrafic dans sa commune. Selon Franceinfo – Politique, l’élu a livré une analyse sans concession sur la fragilité du projet de primaire à gauche, tout en détaillant sa vision pour repenser l’espace public et prévenir l’embrigadement des jeunes dans les réseaux de trafic.
Ce qu'il faut retenir
- Karim Bouamrane juge techniquement impossible l’organisation d’une primaire à gauche moins d’un an avant la présidentielle de 2027, la qualifiant d’« énergivore et budgétivore ».
- Il s’oppose au principe même d’une primaire, en désaccord avec la direction du Parti socialiste, notamment avec le premier secrétaire Olivier Faure et le chef des députés Boris Vallaud.
- Sur le narcotrafic, il défend une approche globale mêlant démantèlement des points de deal, aménagement urbain et offre d’alternatives aux jeunes pour éviter leur basculement dans la criminalité.
- Le maire insiste sur la nécessité de « démocratiser le beau » pour redonner aux espaces publics une attractivité susceptible de réduire l’attrait du trafic.
- La primaire à gauche, prévue initialement le 11 octobre 2026, est fragilisée par les tensions internes au PS, selon les observations de Bouamrane.
Une primaire à gauche en péril face aux divisions internes
Karim Bouamrane a ouvert le feu sur le projet de primaire à gauche, le décrivant comme un processus « qui prend du plomb dans l’aile ». Selon Franceinfo – Politique, il considère que l’idée même d’organiser un tel scrutin « moins d’un an avant une élection présidentielle est techniquement impossible ». Pour lui, ces primaires sont non seulement coûteuses en temps et en ressources, mais aussi source de divisions au sein de la gauche. « Les primaires, c’est énergivore, budgétivore », a-t-il martelé, avant d’ajouter : « Et les primaires moins d’un an avant les élections présidentielles, c’est techniquement pas possible ».
Ses propos interviennent alors que le Parti socialiste traverse une crise ouverte. La semaine dernière, Boris Vallaud, chef des députés socialistes, a annoncé son départ de la direction du parti après des désaccords persistants avec Olivier Faure. Ce dernier défend ardemment l’organisation d’une primaire réunissant la gauche et les écologistes, prévue le 11 octobre 2026. Une date que Bouamrane juge déjà intenable, au vu des tensions actuelles.
Lutte contre le narcotrafic : une stratégie en trois volets
Côté politique municipale, Karim Bouamrane a longuement détaillé sa méthode pour lutter contre le narcotrafic à Saint-Ouen-sur-Seine. L’enjeu, pour lui, dépasse le simple démantèlement des points de deal : il s’agit de casser les dynamiques de repli social et de désœuvrement qui poussent les jeunes vers le trafic. « Une fois que vous avez démantelé les points de deal, il faut éviter que ces points reviennent, donc c’est tout de suite travailler sur l’aménagement, redémocratiser ce que j’appelle le beau », a-t-il expliqué.
Le maire socialiste met en avant une approche globale, combinant répression policière et politiques sociales. D’abord, il s’agit de « privatiser l’espace public » pour éviter que des zones entières ne tombent sous le contrôle de réseaux criminels. Ensuite, il faut proposer aux habitants – et notamment aux moins de 20 ans – des alternatives concrètes : « leur donner d’autres perspectives en termes d’emploi, en termes de formation ». Pour Bouamrane, cette stratégie passe par la rénovation urbaine et la création d’espaces attractifs, capables de rivaliser avec l’attrait des réseaux de trafic.
« Le ‘beau’ évite que tout le bâti se désagrège et favorise le retour du deal. »
— Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen-sur-Seine
Un contexte politique et social sous haute tension
Les déclarations de Karim Bouamrane surviennent dans un contexte où les questions de sécurité et d’urbanisme occupent une place centrale dans le débat public. À Saint-Ouen-sur-Seine, comme dans de nombreuses villes de la région parisienne, les trafics de stupéfiants alimentent une économie parallèle qui gangrène certains quartiers. Face à cette situation, l’élu mise sur une politique de « réappropriation » des espaces publics, en misant sur l’attractivité plutôt que sur la seule répression.
Sur le plan politique, la gauche reste divisée sur la stratégie à adopter pour les prochaines échéances électorales. Alors que certains, comme Olivier Faure, défendent une primaire ouverte pour fédérer les forces progressistes, d’autres, à l’instar de Bouamrane, y voient un risque de division supplémentaire. Ce dernier ne cache pas son scepticisme : « Les primaires moins d’un an avant les élections présidentielles, ce n’est juste techniquement pas possible », a-t-il répété, soulignant l’urgence de repenser les modalités de désignation du candidat de la gauche.
Plus largement, les déclarations de Bouamrane illustrent les défis auxquels doit faire face la gauche française : comment concilier unité politique et réalisme stratégique, tout en répondant aux urgences sociales dans les territoires ? Autant de questions qui devraient animer le débat au sein du PS dans les mois à venir, alors que l’horizon de 2027 se rapproche.
Karim Bouamrane juge que l’organisation d’une primaire moins d’un an avant la présidentielle est « techniquement impossible ». Il la qualifie également d’« énergivore et budgétivore », estimant que ce processus risque d’aggraver les divisions au sein de la gauche plutôt que de la renforcer.
Il défend une approche en trois volets : démanteler les points de deal, réaménager les espaces publics pour les rendre attractifs (« démocratiser le beau »), et proposer aux jeunes des alternatives en termes d’emploi et de formation pour éviter leur basculement dans le trafic.