La soprano britannique Felicity Lott s’est éteinte à l’âge de 79 ans, quelques semaines après avoir révélé être atteinte d’un cancer en phase terminale. Selon Le Figaro, elle laisse derrière elle une carrière exceptionnelle marquée par son attachement indéfectible à la France et à son répertoire lyrique, où elle a brillé comme l’une des plus ferventes ambassadrices de Francis Poulenc.

Ce qu'il faut retenir

  • Felicity Lott, soprano britannique de 79 ans, est décédée après avoir annoncé souffrir d’un cancer en phase terminale.
  • Elle fut une ambassadrice emblématique de la mélodie française, notamment de Francis Poulenc, dont elle a défendu le répertoire toute sa vie.
  • Dernière apparition sur scène à l’Opéra Bastille en 2024, dans La Fille du Régiment de Donizetti, mise en scène par Laurent Pelly.
  • Pionnière de l’opérette, elle a redynamisé ce genre auprès du public moderne, notamment avec La Belle Hélène d’Offenbach.
  • Anoblie par la reine d’Angleterre il y a trente ans, elle était aussi une figure francophile assumée, francophone et francophile par son éducation.

Une carrière marquée par l’élégance et l’engagement artistique

Felicity Lott incarnait une forme d’élégance britannique où la bonne humeur et le refus de la complaisance tenaient une place centrale. Même lors de sa dernière interview à la BBC, en mars 2026, alors qu’elle évoquait sa maladie, elle avait tenu à souligner son bonheur de continuer à « s’amuser comme une folle » et de saluer une carrière « magnifique », riche de rencontres exceptionnelles. « J’ai eu une carrière merveilleuse, qui m’a permis de croiser tellement de gens formidables », avait-elle confié avec cette simplicité qui la caractérisait.

Cette capacité à transformer chaque épreuve en opportunité de joie reflétait sa personnalité autant que son art. Née à Cheltenham, dans le Gloucestershire, en 1947, Felicity Lott avait grandi dans une famille de musiciens amateurs, baignée dès l’enfance par le piano, le violon et le chant choral. Une passion précoce pour la musique que ses études de lettres françaises à Londres allaient renforcer, en la conduisant jusqu’en France, à Voiron en Isère, où elle travailla comme assistante d’anglais.

Un amour viscéral pour la France et son répertoire

C’est en France que Felicity Lott a découvert sa voix, au conservatoire de Grenoble, auprès de sa première professeure de chant. De retour à Londres, elle intègre la Royal Academy of Music avant de se produire sur les plus grandes scènes internationales. Mais c’est en France, et particulièrement à Paris, qu’elle a laissé une empreinte indélébile. En 2025, elle offrait son dernier récital de mélodies au Théâtre de l’Athénée, défendant avec ferveur le répertoire français, de Reynaldo Hahn à son compositeur de prédilection, Francis Poulenc.

« J’aime tout chez lui. Sa dualité, sa nostalgie, son amour pour Paris, pour votre langue, pour les poètes… Mais, par-dessus tout, sa capacité à passer du rire aux larmes en une demi-mesure », expliquait-elle dans une interview au Figaro. Elle présidait d’ailleurs l’association des Amis de Francis Poulenc, tant son attachement à l’artiste était profond. Son interprétation légendaire de « Nous voulons une petite sœur », extrait des Biches, reste gravée dans les mémoires comme un sommet du répertoire.

« J’aime tout chez lui. Sa dualité, sa nostalgie, son amour pour Paris, pour votre langue, pour les poètes… Mais, par-dessus tout, sa capacité à passer du rire aux larmes en une demi-mesure. »
— Felicity Lott, au sujet de Francis Poulenc

Une présence scénique inoubliable à l’Opéra Bastille

La soprano a marqué l’Opéra Bastille par deux productions emblématiques de La Fille du Régiment, toutes deux mises en scène par Laurent Pelly. Elle y incarnait la Duchesse de Crackentorp, d’abord en 2012 lors de la création, puis lors de la reprise en 2024, à l’âge de 77 ans. Cette dernière apparition sur scène parisienne avait confirmé son statut de doyenne rayonnante, capable de captiver un public par sa présence autant que par sa voix. Paris lui rendait ainsi hommage en lui offrant une fin de carrière digne des plus grands, dans une salle où elle avait aussi donné de nombreux récitals.

Son lien avec la capitale française ne s’arrêtait pas à la scène. Convertie à la langue française par une mère francophile, Felicity Lott parlait couramment notre langue avec un accent britannique qui ajoutait à son charme. Elle aimait à rappeler que cette passion pour la France lui venait de son enfance, où sa mère l’obligeait à s’exprimer en français pendant les repas. Une francophilie qui transparaissait dans chaque note, chaque inflexion de sa voix, où l’exotisme de son timbre croisait avec une précision prosodique irréprochable.

Pionnière de l’opérette et réhabilitatrice d’un répertoire oublié

Si Felicity Lott a marqué l’histoire de l’opéra, elle a aussi joué un rôle clé dans la renaissance de l’opérette, un genre qu’elle a redynamisé bien avant l’engouement actuel pour des artistes comme Julie Fuchs ou Marie Perbost. Dès les années 1990, elle a su réinventer les héroïnes de Lehár ou Offenbach, leur insufflant une modernité grâce à son humour et son élégance. Son interprétation de La Belle Hélène d’Offenbach, notamment, lui a valu un succès public, même si elle avait conscience que ce choix lui avait parfois valu d’être cantonnée à ce registre.

« Du jour où j’ai fait La Belle Hélène, les directeurs d’opéra ont oublié mon numéro pour ce qui est du grand répertoire », confiait-elle il y a trois ans, sans amertume. « Je n’ai aucun regret, car ce virage m’a permis de rencontrer des gens extraordinaires et drôles, qui continuent d’illuminer ma vie aujourd’hui. » Son parcours illustre ainsi une liberté artistique rare, où le plaisir du public primait sur les conventions.

Un héritage musical et humain indéniable

Felicity Lott restera dans l’histoire comme une interprète majeure de l’opéra mozartien, mais aussi comme une ambassadrice infatigable de la mélodie française. Son passage au Festival de Glyndebourne entre 1976 et 1990 a marqué les esprits, notamment dans des rôles straussiens comme la Maréchale du Chevalier à la rose, qu’elle a incarnée pour la première fois en 1987. Cette interprétation lui a valu des triomphes à New York, Vienne et Paris, consolidant sa réputation internationale.

Son parcours résume à lui seul l’évolution de l’art lyrique au XXe siècle : entre tradition et modernité, entre opéra et opérette, entre Londres et Paris. Une carrière qui, selon ses propres mots, aura été « magnifique » et dont l’éclat continue de rayonner bien au-delà des salles de spectacle.

Et maintenant ?

À l’annonce de son décès, plusieurs institutions culturelles ont salué sa mémoire, sans annoncer d’hommage officiel pour l’instant. Le Festival de Glyndebourne, où elle a marqué l’histoire, pourrait rendre hommage à cette figure emblématique lors de sa prochaine édition, prévue pour l’été 2026. De même, l’Opéra Bastille pourrait intégrer une soirée commémorative dans sa programmation 2026-2027, bien que rien n’ait été confirmé à ce stade. Son association avec Francis Poulenc et Laurent Pelly laisse aussi présager des initiatives autour de son répertoire fétiche dans les mois à venir.

Felicity Lott s’éteint donc en laissant derrière elle une discographie riche et des souvenirs impérissables. Son refus du pathos, son humour constant et son engagement sans faille pour la musique continueront d’inspirer les générations futures, autant que son art.

Felicity Lott a été une pionnière dans la réhabilitation de l’opérette dès les années 1990. Elle a redynamisé ce genre en l’interprétant avec humour, élégance et modernité, notamment aux côtés de Laurent Pelly et Marc Minkowski. Son interprétation de La Belle Hélène d’Offenbach est souvent citée comme un tournant, même si elle a parfois été cantonnée à ce registre par certains directeurs d’opéra.