Malgré l’annonce d’un plafonnement des prix à la pompe, 71 % des Français estiment que TotalEnergies ne fait pas assez d’efforts pour soulager le portefeuille des automobilistes, selon un sondage Elabe pour BFMTV publié ce jeudi 7 mai 2026. Ce chiffre, révélé au moment où la guerre au Moyen-Orient maintient une pression sur les cours du pétrole, met en lumière les attentes contradictoires des consommateurs entre la gestion des bénéfices des géants énergétiques et les marges de manœuvre de l’État.

Ce qu'il faut retenir

  • Un sondage Elabe pour BFMTV indique que 71 % des Français jugent insuffisant le plafonnement des prix des carburants à 1,99 €/L pour l’essence et 2,25 €/L pour le diesel opéré par TotalEnergies.
  • Le groupe a enregistré un bénéfice net de 5,8 milliards de dollars au premier trimestre 2026, en hausse de 51 % par rapport à 2025.
  • 65 % des Français soutiennent une baisse temporaire des taxes sur les carburants, malgré les risques pour les finances publiques.
  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu a rappelé que « il n’y a pas d’argent magique », excluant toute mesure budgétaire sans contrepartie.
  • Plus de la moitié des Français (54 %) se disent favorables à une taxation exceptionnelle des surprofits des groupes énergétiques, une mesure portée par le Parti socialiste et soutenue par la gauche.

TotalEnergies face à la pression des consommateurs

Alors que la flambée des prix des carburants s’est invitée au cœur du débat public depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, TotalEnergies a tenté de calmer les tensions en limitant le prix de l’essence à 1,99 €/L et celui du diesel à 2,09 €/L en mai, puis à 2,25 €/L en dehors de cette période. Une initiative saluée par 28 % des Français, mais jugée insuffisante par une large majorité. Dans un contexte où le groupe réalise des bénéfices historiques — 5,8 milliards de dollars au premier trimestre, soit +51 % sur un an — les critiques se concentrent sur la politique tarifaire de l’entreprise.

Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a défendu ses résultats dans une interview accordée à Sud Ouest ce mardi 6 mai, affirmant être « fier » de la performance du groupe. « TotalEnergies ne va pas non plus s’excuser de performer et de réussir dans son domaine », a-t-il ajouté, balayant toute idée d’excuses ou de remises en cause de sa stratégie. Il a cependant prévenu que le plafonnement des prix pourrait être remis en cause en cas de surtaxe sur les raffineries, rappelant que l’entreprise « ne peut pas être l’otage des décisions politiques ».

La taxation des surprofits, un débat qui divise

La question d’une taxation exceptionnelle des superprofits des groupes énergétiques a resurgi dans le débat politique, portée notamment par le Parti socialiste, qui a déposé une proposition de loi en ce sens. 54 % des Français y sont favorables, selon le sondage, bien que 44 % craignent qu’une telle mesure ne pousse TotalEnergies à quitter la France, au risque de fragiliser la souveraineté énergétique du pays.

Les clivages politiques sont nets sur ce sujet. Si 78 % des électeurs du Nouveau Front populaire soutiennent cette taxation, les sympathisants du Rassemblement national sont profondément divisés, avec près de 50 % d’opposés. À l’inverse, les électeurs du camp présidentiel sont majoritairement défavorables à cette idée. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a rappelé, lors d’une déclaration ce jeudi, que « on ne peut pas faire n’importe quoi avec les finances publiques », tout en reconnaissant que la période actuelle était « une très mauvaise séquence » pour les ménages.

Baisse des taxes : une solution plébiscitée mais coûteuse

Face à l’inflation persistante des carburants, près de 65 % des Français prônent une réduction temporaire des taxes, un mécanisme déjà évoqué par plusieurs responsables politiques. Cette piste est particulièrement soutenue par les électeurs du Rassemblement national (79 %) et du Nouveau Front populaire (69 %), tandis que les partisans du camp présidentiel y sont majoritairement opposés. Pourtant, Sébastien Lecornu a tancé ceux qui, selon lui, « proposent de baisser les taxes en mai pour en réinventer à l’automne » lors des débats budgétaires.

Le gouvernement reste donc dans une position délicate, entre la nécessité de soutenir le pouvoir d’achat et les contraintes budgétaires. Le chef du gouvernement a insisté sur l’absence de « recettes magiques », tout en reconnaissant que la situation énergétique était tendue. Dans ce contexte, les appels de la Fédération du commerce à cibler les raffineurs et les taxes plutôt que la grande distribution — qui ne prendrait que 1,50 € sur un plein à 112 € — soulignent l’urgence d’une réponse structurelle.

Une crise énergétique qui dépasse le cadre national

Les tensions sur les prix des carburants s’inscrivent dans un contexte géopolitique toujours instable au Moyen-Orient, où la guerre entre Israël et le Hamas se poursuit depuis octobre 2023. Cette situation, couplée à des contraintes logistiques et à une demande mondiale soutenue, maintient les cours du pétrole à un niveau élevé. TotalEnergies, comme ses concurrents, profite de cette conjoncture, ce qui alimente les critiques sur la répartition des richesses produites par la crise.

— L’annonce du plafonnement des prix par TotalEnergies en avril intervient alors que le groupe affiche des résultats financiers records. Une coïncidence qui n’échappe pas aux consommateurs, de plus en plus méfiants envers les grands groupes énergétiques.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient clarifier la situation dans les semaines à venir. D’abord, la proposition de loi sur la taxation des surprofits, portée par le Parti socialiste, devrait être examinée à l’Assemblée nationale d’ici la fin du mois de mai. Ensuite, le gouvernement pourrait dévoiler des mesures ciblées pour soutenir le pouvoir d’achat, sans pour autant remettre en cause l’équilibre des finances publiques. Enfin, TotalEnergies devra trancher : maintenir son plafonnement des prix malgré les risques économiques, ou ajuster sa politique tarifaire sous la pression politique et médiatique.

Cette crise met en lumière les tensions entre responsabilité sociale des entreprises et performance économique, dans un contexte où chaque euro compte pour les ménages. Reste à savoir si les annonces futures parviendront à concilier ces impératifs.

TotalEnergies a choisi de limiter ses tarifs à 1,99 €/L pour l’essence et 2,09 €/L pour le diesel uniquement pour le mois de mai, avant d’appliquer un tarif plafond de 2,25 €/L en dehors de cette période. Cette mesure, annoncée fin avril, est présentée comme temporaire et dépendra de l’évolution de la crise énergétique. Le groupe n’a pas précisé si cette période de plafonnement serait prolongée ou ajustée en fonction de la conjoncture.