Depuis le début du conflit au Moyen-Orient en octobre 2023, les professionnels de la pêche subissent de plein fouet l’envolée des prix de l’énergie. À Trouville-sur-Mer, dans le Calvados, les marins-pêcheurs voient leurs marges fondre comme neige au soleil. Selon Ouest France, certains ont choisi de bloquer ce mercredi 15 avril 2026 le dépôt pétrolier de Caen pour alerter sur leur situation. Patrice Guerin, patron du chalutier « Frandrine », bien qu’il ne participe pas directement à l’action, apporte son soutien en restant à quai.
Ce qu'il faut retenir
- Patrice Guerin, patron du chalutier « Frandrine », ne sort plus en mer en solidarité avec les pêcheurs bloquant le dépôt pétrolier de Caen ce 15 avril 2026.
- La hausse du prix du gasoil, liée au conflit au Moyen-Orient, menace la rentabilité des pêcheurs de Trouville-sur-Mer.
- Les professionnels dénoncent une augmentation drastique de leurs coûts de production, les empêchant de réaliser des bénéfices.
Un secteur sous pression depuis des mois
Les pêcheurs de Trouville-sur-Mer, comme leurs confrères de toute la région, dépendent presque exclusivement du gasoil pour leurs sorties en mer. Or, depuis plus de deux ans et demi, le prix du carburant a connu une progression constante. Selon les données du port de Trouville, où se réapprovisionne régulièrement Patrice Guerin, le litre de gasoil a augmenté de près de 40 % depuis janvier 2024. « Autant dire que nos charges explosent », confie-t-il à Ouest France. Les marges, déjà serrées avant la crise, se sont réduites à peau de chagrin, au point que certains professionnels envisagent de cesser leur activité.
La situation est d’autant plus critique que les prix de vente du poisson n’ont pas suivi la même courbe. Les mareyeurs, principaux acheteurs, résistent aux hausses des coûts de production et maintiennent des tarifs bas. Résultat : les pêcheurs, coincés entre des charges insoutenables et des revenus en baisse, voient leur trésorerie s’éroder mois après mois.
Un blocage symbolique à Caen
Ce mercredi 15 avril 2026, une partie des pêcheurs normands a décidé de passer à l’action. Une dizaine de chalutiers ont convergé vers le dépôt pétrolier de Caen, l’un des principaux points de ravitaillement en carburant pour la région. Leur objectif : attirer l’attention des médias et des autorités sur leur détresse. « On ne peut plus travailler dans ces conditions », a expliqué un pêcheur sous couvert d’anonymat. « Chaque sortie nous coûte plus cher que ce qu’on rapporte. » Le dépôt, bloqué pendant plusieurs heures, a finalement été débloqué après l’intervention des forces de l’ordre.
Patrice Guerin, bien que non présent sur les lieux, a tenu à apporter son soutien à la mobilisation. « Je comprends leurs revendications, même si je ne participe pas directement à l’action », a-t-il indiqué. Pour lui, l’enjeu dépasse le cadre d’une simple protestation : c’est la survie de leur métier qui est en jeu. « Si rien ne change, on va devoir vendre nos bateaux, et c’est toute une filière qui disparaîtra. »
Des solutions en débat, mais aucune mesure concrète
Face à la crise, les autorités locales et nationales ont été saisies du dossier. Le maire de Trouville-sur-Mer, Jean-Paul Lecomte, a reconnu la gravité de la situation lors d’une réunion en préfecture le 10 avril. « On ne peut pas laisser cette filière disparaître », a-t-il déclaré. Plusieurs pistes sont évoquées : une subvention exceptionnelle pour les petits patrons de pêche, une baisse temporaire des taxes sur le gasoil, ou encore la création d’un fonds de solidarité. Aucune décision n’a encore été prise, mais les discussions se poursuivent.
De son côté, la Région Normandie a annoncé qu’elle étudiait la possibilité de financer des audits énergétiques pour les bateaux les plus touchés. « L’idée est de les aider à optimiser leur consommation », précise un conseiller régional. Reste à savoir si ces mesures seront suffisantes pour éviter un effondrement de la pêche artisanale dans la région.
La situation des pêcheurs de Trouville illustre les tensions croissantes au sein d’un secteur déjà fragilisé par les réglementations environnementales et la concurrence internationale. Tant que le prix du gasoil restera aussi élevé, leur avenir restera incertain — et c’est toute une tradition maritime qui pourrait disparaître.
Le conflit, qui a débuté en octobre 2023, a perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales de pétrole. Les incertitudes géopolitiques ont fait flamber les cours du baril, entraînant une hausse généralisée des prix des carburants, y compris du gasoil utilisé par les pêcheurs.
