La Cour pénale spéciale (CPS) de la République centrafricaine a ouvert, mercredi 16 juin 2026, le procès par contumace de l’ex-président François Bozizé, accusé de crimes contre l’humanité commis entre 2009 et 2013. Les faits reprochés concernent des exactions perpétrées dans une prison et un camp militaire situés à Bossembélé, une localité du centre du pays. Trois de ses anciens responsables militaires sont également jugés dans cette affaire. Selon RFI, la deuxième journée d’audience, vendredi 18 juin, a été consacrée à la lecture de l’ordonnance de renvoi ainsi qu’à la présentation détaillée des charges retenues contre les accusés.
Ce qu'il faut retenir
- François Bozizé, ancien président centrafricain, est jugé pour la première fois par la CPS pour crimes contre l’humanité.
- Les exactions présumées se sont déroulées entre 2009 et 2013 dans la prison et le camp militaire de Bossembélé.
- Trois anciens responsables militaires de Bozizé sont également mis en cause dans ce procès par contumace.
- La deuxième audience, le 18 juin 2026, a permis de détailler les charges retenues contre les accusés.
- Ce procès s’inscrit dans le cadre des efforts de la justice centrafricaine pour juger les crimes graves commis depuis des années.
Un procès historique pour la justice centrafricaine
L’ouverture de ce procès marque une étape importante pour la Cour pénale spéciale, une juridiction hybride créée en 2015 pour enquêter et juger les crimes les plus graves commis en Centrafrique depuis 2003. Cette instance, composée de magistrats centrafricains et internationaux, a pour mandat de lutter contre l’impunité dans un pays marqué par des décennies de conflits armés. François Bozizé, au pouvoir de 2003 à 2013, est le premier ancien chef d’État à être jugé par cette cour. Les accusations portent sur des violences systémiques perpétrées dans un établissement pénitentiaire et une base militaire de Bossembélé, une zone stratégique située dans la préfecture de l’Ouham.
Les charges retenues contre Bozizé et ses coaccusés incluent des actes de torture, des exécutions sommaires et des traitements inhumains, selon les éléments du dossier présentés lors des premières audiences. Ces exactions auraient été commises dans un contexte de tensions politiques et militaires, alors que le pays était en proie à une instabilité chronique. La procédure par contumace, qui permet de juger un accusé en son absence, a été prononcée après que Bozizé, aujourd’hui en exil, a refusé de comparaître devant la CPS.
Bossembélé, épicentre des exactions présumées
Le camp militaire et la prison de Bossembélé, situés à environ 150 kilomètres au nord de Bangui, sont au cœur des accusations portées contre l’exécutif de Bozizé. Selon les investigations menées par la CPS et les organisations de défense des droits humains, ces lieux auraient servi de centres de détention illégaux où des centaines de personnes auraient été détenues arbitrairement. Les témoignages recueillis évoquent des conditions de détention dignes du Moyen Âge, avec des cas documentés de malnutrition, de violences physiques et de refus de soins médicaux.
Un rapport de l’Organisation des Nations unies, cité par RFI, souligne que les exactions commises à Bossembélé s’inscrivaient dans une stratégie plus large visant à réprimer les opposants politiques et les membres de groupes armés. Plusieurs anciens détenus ont témoigné lors des audiences préliminaires, décrivant des scènes de torture et des exécutions arbitraires perpétrées par des soldats sous les ordres de Bozizé. Ces déclarations pourraient peser lourdement dans le procès, alors que les procureurs s’appuient sur des preuves documentaires et des témoignages pour étayer leurs accusations.
Ce procès survient alors que Bangui tente de renforcer ses institutions judiciaires et de restaurer la confiance dans un système judiciaire longtemps perçu comme corrompu. La CPS, bien que critiquée pour ses lenteurs, reste l’une des rares juridictions à même de poursuivre les auteurs présumés de crimes contre l’humanité dans la région. Reste à voir si ce procès parviendra à établir une forme de justice pour les victimes, dans un pays où l’impunité a trop souvent prévalu.