Le programme Eurodrone, drone de combat MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) porté par plusieurs pays européens, suscite des interrogations croissantes quant à son avenir, certains y voyant le risque d’un nouvel échec industriel à l’image du Système de combat aérien du futur (Scaf). Selon BFM Business, les retards accumulés et les désaccords entre partenaires pourraient compromettre la crédibilité du projet, dont la livraison des premiers exemplaires est prévue pour 2028.
Ce qu'il faut retenir
- Eurodrone est un programme de drone MALE développé par Airbus Defence and Space, Dassault Aviation et Leonardo, avec le soutien de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et de l’Espagne.
- Les premiers vols étaient initialement prévus pour 2025, mais des retards techniques et financiers ont repoussé cette échéance à 2028.
- Le coût total du programme est estimé à plus de 7 milliards d’euros, un montant déjà révisé à la hausse par rapport aux prévisions initiales.
- Les critiques soulignent des similitudes avec le Scaf, un autre projet européen d’armement, dont les avancées restent limitées après plusieurs années de négociations.
- L’Allemagne, l’un des principaux contributeurs, a récemment réaffirmé son engagement, mais des tensions persistent sur la répartition des tâches industrielles.
Un projet ambitieux confronté à des défis structurels
Lancé en 2020, l’Eurodrone vise à doter l’Europe d’une capacité autonome de drones armés, une technologie jusqu’ici largement dominée par les États-Unis et Israël. Pourtant, le projet accumule les obstacles, à commencer par des désaccords entre les pays partenaires. La France et l’Allemagne, deux piliers du programme, peinent à s’accorder sur la répartition des rôles industriels, une situation qui rappelle les tensions ayant ralenti le Scaf. « Les retards sont inévitables quand les priorités nationales l’emportent sur la coopération européenne », explique un analyste du secteur, cité par BFM Business.
Autre point de friction : le financement. Le budget initial de 7,1 milliards d’euros a déjà été révisé à la hausse, et certains pays, comme l’Espagne, ont exprimé des réserves sur la viabilité économique du projet. « On marche sur une corde raide entre ambition stratégique et réalisme budgétaire », souligne un responsable européen sous couvert d’anonymat. Les surcoûts pourraient contraindre les États à revoir leur engagement, voire à envisager des alternatives nationales.
Le Scaf, un précédent inquiétant pour l’Eurodrone ?
L’ombre du Système de combat aérien du futur (Scaf), ce projet franco-allemand de chasseur de sixième génération, plane sur l’Eurodrone. Lancé en 2017, le Scaf devait entrer en service d’ici 2030, mais les négociations entre Paris et Berlin ont régulièrement buté sur des questions industrielles et financières. Résultat : le programme est aujourd’hui au point mort, et la France a même envisagé de se tourner vers des solutions nationales, comme le futur avion de combat FCAS.
« L’Eurodrone pourrait subir le même sort si les partenaires ne clarifient pas rapidement leurs attentes », estime un expert en défense. Les industriels, eux, assurent que les leçons du Scaf ont été tirées. « Nous avons appris de ces erreurs : la transparence et la flexibilité sont désormais au cœur de notre approche », déclare un porte-parole d’Airbus Defence and Space. Reste à savoir si ces bonnes intentions suffiront à éviter un nouvel échec européen.
Quelles alternatives si l’Eurodrone échoue ?
En cas d’abandon ou de retard prolongé, les pays européens devront se tourner vers des solutions existantes pour combler leur retard en matière de drones MALE. Les États-Unis, avec le MQ-9 Reaper, et Israël, avec le Heron TP, dominent déjà ce marché. Plusieurs pays, dont la France, ont déjà fait appel à ces appareils en opération extérieure. « L’Europe ne peut pas se permettre de dépendre éternellement de technologies étrangères pour ses besoins en renseignement et en frappe », rappelle un général français.
D’autres pistes sont évoquées, comme le développement de drones en coopération avec des partenaires extérieurs à l’UE, ou même la relance de programmes nationaux. L’Allemagne, par exemple, a lancé en 2023 un appel d’offres pour un drone MALE local, tandis que la France mise sur le futur Système de drone MALE européen (SDME), un projet complémentaire à l’Eurodrone. « La fragmentation des efforts serait un aveu d’échec », met en garde un rapport parlementaire français.
En attendant, la question reste entière : l’Europe parviendra-t-elle à transformer l’Eurodrone en un succès industriel, ou faudra-t-il une fois de plus se contenter de dépendre des technologies étrangères ? Une réponse pourrait émerger d’ici 2027, date à laquelle les premiers essais en vol devraient avoir lieu.
L’Eurodrone est un drone de combat MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance), conçu pour des missions de renseignement et de frappe, tandis que le Scaf est un système de combat aérien de sixième génération, centré sur un avion piloté. Les deux projets souffrent cependant de retards et de désaccords industriels similaires.