Selon Capital, la capacité à rendre son travail visible, qualifiée de « visibilité stratégique », est désormais un critère déterminant pour obtenir une promotion dans les grandes entreprises. Cette évolution s’explique par la transformation des critères d’évaluation, qui ne se limitent plus aux seules compétences techniques.

Ce qu'il faut retenir

  • Les critères de promotion incluent désormais la capacité à communiquer sur ses réussites et à influencer son environnement professionnel, autant que les résultats obtenus.
  • Le télétravail et l’hyperconnexion ont accru l’importance du personal branding professionnel, rendant la visibilité encore plus cruciale.
  • Les réseaux sociaux professionnels, comme LinkedIn, sont devenus des outils incontournables pour valoriser son parcours et son employabilité.
  • Les entreprises évaluent désormais autant la posture managériale, l’influence et la capacité à embarquer les équipes que la maîtrise technique.
  • Les profils introvertis ou les femmes, souvent moins enclins à s’autopromouvoir, sont parfois désavantagés dans ce nouveau contexte.

Une compétence devenue incontournable pour progresser

D’après Corinne Samama, cofondatrice du cabinet Resonance Coaching et coach de dirigeants, « aujourd’hui, il faut autant savoir communiquer sur son travail que bien travailler ». Cette affirmation résume une réalité que beaucoup de salariés expérimentent : malgré des performances solides, les promotions tardent à venir. « Beaucoup de gens très compétents dans leur domaine, qui remplissent parfaitement leurs objectifs, n’obtiennent pourtant pas la promotion espérée », explique-t-elle. Les raisons invoquées par les entreprises pour justifier ces refus sont souvent liées à des critères subjectifs : « pas la posture suffisante », « ne s’impose pas assez », « n’embarque pas assez », ou encore « pas assez politique ». Autrement dit, la maîtrise technique ne suffit plus.

Le rôle central du télétravail et de l’hyperconnexion

L’essor du télétravail et de l’hyperconnexion a profondément modifié les dynamiques de carrière. « Le télétravail est un vrai risque d’invisibilité », tranche Corinne Samama. Les échanges informels, autrefois naturels lors des pauses café ou après les réunions, disparaissent avec le travail à distance. Résultat : de nombreux collaborateurs voient leur contribution passer inaperçue. « Les flux d’information sont beaucoup plus nombreux qu’auparavant. C’est compliqué d’être visible ou entendu, on est vite anonymisé », observe-t-elle. Les jeunes salariés, moins intégrés dans les réseaux informels de l’entreprise, sont particulièrement exposés à ce phénomène.

LinkedIn et le personal branding : des outils désormais indispensables

Dans ce contexte, les réseaux sociaux professionnels occupent une place centrale. « LinkedIn est devenu un faire-valoir incontournable. C’est l’outil que les recruteurs et même les RH en interne consultent en premier », souligne Corinne Samama. Pour la coach, il est désormais essentiel de travailler son employabilité en continu, même lorsque l’on est satisfait de son poste actuel. « Je conseille de mettre en avant son track record en permanence », explique-t-elle, c’est-à-dire de montrer concrètement ce qu’on a accompli dans sa carrière. Beaucoup de salariés réalisent trop tard, lors d’une réorganisation ou d’un licenciement, qu’ils ont négligé leur réseau et leur image professionnelle pendant des années.

Cependant, cette course à la visibilité n’est pas sans risques. « LinkedIn est devenu un réseau d’autopromotion permanente et est en train de perdre sa vocation initiale d’échange de contenu qualitatif », regrette Corinne Samama. Lorsque tout le monde se met en avant de manière excessive, la crédibilité des informations partagées peut en pâtir.

Comment valoriser son travail sans tomber dans l’arrogance ?

La principale difficulté pour les salariés réside dans l’équilibre à trouver entre visibilité et humilité. « Valoriser son travail sans être arrogant est un art subtil : tout est dans la posture basse versus la posture haute », explique la coach. Une « posture haute », centrée sur le « moi je », devient rapidement contre-productive. À l’inverse, la « posture basse » consiste à mettre en avant les faits, les résultats et les difficultés surmontées, sans chercher à forcer l’admiration. « Il faut parler de la success-story elle-même plutôt que de soi, énoncer des faits et des achievements qui démontrent la réussite par eux-mêmes », conseille-t-elle. L’objectif n’est pas d’impressionner artificiellement, mais de laisser les résultats produire leur effet.

Les profils discrets et les femmes : des désavantages relatifs

Contrairement aux idées reçues, les personnalités discrètes ne sont pas forcément pénalisées dans cette culture de la visibilité. « Au contraire, si leur parole est rare, quand elle a lieu, elle est d’or », estime Corinne Samama. Les profils introvertis bénéficient souvent d’une parole plus crédible précisément parce qu’ils ne cherchent pas constamment à occuper l’espace. Cependant, ils doivent accepter de sortir ponctuellement de leur zone de confort pour mettre en avant certains succès. « Ce sont souvent ces gens-là qui récoltent le plus de crédit lorsqu’ils s’expriment tant on sait la valeur de leur parole », souligne-t-elle.

En revanche, Corinne Samama constate un écart persistant entre hommes et femmes dans la manière de communiquer sur leurs réussites professionnelles. « La majorité des coachings de femmes que je fais consiste à les aider à se mettre bien davantage en avant », explique-t-elle. Beaucoup de femmes préfèrent mettre en lumière leur équipe ou la mission accomplie plutôt que leur propre contribution. « Beaucoup se disqualifient même dans la course à la promotion car elles n’ont pas envie de jouer à ce jeu-là », observe la coach. Les hommes, en revanche, seraient globalement plus à l’aise avec les mécanismes d’autopromotion professionnelle.

Et maintenant ?

Cette tendance à la visibilité stratégique devrait s’accentuer dans les années à venir, avec l’essor continu du télétravail et des outils numériques. Les entreprises pourraient renforcer leurs exigences en matière de communication interne et externe, tandis que les salariés devront de plus en plus maîtriser l’art de se rendre visibles sans tomber dans l’autopromotion excessive. Pour les profils introvertis ou les femmes, des formations spécifiques pourraient émerger pour les aider à valoriser leur travail de manière équilibrée.

Corinne Samama conclut en rappelant que se mettre en avant ne signifie pas devenir prétentieux. « Se mettre en avant, ce n’est pas jouer au vantard ou ressembler aux personnes qui nous agacent. On peut le faire avec intelligence, justesse, équilibre et humilité. Et dans le monde du travail actuel, cette capacité devient presque indispensable pour évoluer durablement. »

Selon Corinne Samama, il faut adopter une « posture basse » : mettre en avant les faits, les résultats et les difficultés surmontées, sans chercher à forcer l’admiration. L’idée est de laisser les résultats parler d’eux-mêmes, en valorisant la success-story plutôt que soi-même.