Alors que les épisodes de canicule se multiplient en France, le Rassemblement national (RN) a dévoilé, mardi 30 juin 2026, un plan de 40 milliards d’euros visant à garantir « un droit à la fraîcheur pour tous ». Présenté comme une mesure d’ « écologie pragmatique », cette initiative cherche à répondre aux critiques récurrentes sur la ligne climatosceptique historique du parti, selon Franceinfo – Politique.
Ce qu'il faut retenir
- Le RN propose un plan de 40 milliards d’euros pour équiper hôpitaux, écoles et logements en climatisation, avec deux volets de 20 milliards chacun.
- Le premier volet cible les bâtiments publics (hôpitaux, écoles, maisons de retraite) et le second les logements privés via des prêts à taux zéro.
- Cette annonce intervient alors que le RN est régulièrement accusé de climatoscepticisme, une critique relancée par d’anciens propos de ses élus.
- Le parti défend désormais une approche « techno-solutionniste », combinant technologie et sobriété « choisie ».
- Marine Le Pen a indiqué que son parti ne rejette plus le consensus scientifique sur le climat, mais critique les « hypothèses alarmistes » du Giec.
- Le RN mise aussi sur une doctrine de « démondialisation » et de réindustrialisation locale pour lutter contre le réchauffement climatique.
Un plan climatisation présenté comme une réponse à la crise climatique
Dans une petite salle surchauffée de l’Assemblée nationale, dédiée aux conférences de presse, le RN a détaillé son projet lors d’un événement organisé le 30 juin 2026. Jean-Philippe Tanguy, député RN de l’Aisne et « monsieur budget » du groupe parlementaire dirigé par Marine Le Pen, a mis en avant les 20 milliards d’euros alloués au premier volet du plan. Celui-ci prévoit d’équiper en priorité les hôpitaux, les écoles et les maisons de retraite au cours d’un premier quinquennat, avant d’étendre la mesure à l’ensemble des bâtiments publics lors d’un second mandat.
Le second volet, également doté de 20 milliards d’euros, vise à faciliter l’installation de climatiseurs dans les logements privés. Pour y parvenir, le RN propose des prêts à taux zéro, plafonnés à 20 euros par mois sur dix ans. Selon Jean-Philippe Tanguy, le coût annuel pour l’État s’élèverait à 600 à 700 millions d’euros, correspondant à la prise en charge des intérêts par les pouvoirs publics.
Une tentative de légitimer une ligne écologique jusqu’ici contestée
Cette initiative survient après des années de critiques sur la position du RN concernant le climat. Le parti, longtemps accusé de climatoscepticisme, a longtemps minimisé ou nié la gravité du réchauffement climatique. En 2022, son programme pour l’environnement, présenté lors de la présidentielle, n’évoquait ni le terme de « réchauffement climatique » ni celui de « canicule ». En 2017, le Front national (devenu RN) s’opposait notamment à la construction d’éoliennes, tout en prônant le développement des énergies renouvelables et en rejetant l’exploitation du gaz de schiste.
Or, depuis l’été 2025, le RN a progressivement intégré dans son discours des références à l’urgence climatique. Marine Le Pen a ainsi déclaré fin juin 2026 sur France Culture que le Giec, le groupement d’experts sur le climat, « fait plusieurs hypothèses, dont certaines extrêmement alarmistes et d’autres moins ». Elle a ajouté que les médias retiennent « l’hypothèse la plus grave », tout en reconnaissant la nécessité de s’adapter aux effets du réchauffement. Cette évolution a été qualifiée de « retournement de veste sidérante » par le politologue Daniel Boy, spécialiste de l’écologie politique.
Des anciens propos climatosceptiques qui resurgissent
Les déclarations passées de certains élus RN, comme Thomas Ménagé, député du Loiret, continuent de nourrir les polémiques. En août 2023, sur France Inter, celui-ci avait affirmé que « nous ne pouvons pas nous baser uniquement sur les données du Giec, car ils ont parfois tendance à exagérer ». Pourtant, interrogé sur le même plateau en juin 2026, il a opéré un revirement en déclarant : « Il faudrait être fou pour ne pas s’inquiéter de la hausse des températures » et « pour ne pas voir la nécessité de réduire nos émissions de gaz à effet de serre ». Il a ajouté que « s’adapter » était désormais une priorité, rejoignant ainsi le discours officiel du RN.
Cette volte-face a été soulignée par Agnès Pannier-Runacher, députée Ensemble pour la République et ancienne ministre de la Transition écologique. Elle a estimé que le plan climatisation du RN était une « mesure gadget » dont la mise en œuvre « ferait exploser la facture énergétique des plus pauvres ». Selon elle, cette initiative vise à « faire oublier le déni climatique dans lequel [le RN] se complaît depuis des années ». « C’est une façon d’évacuer la pression quand ils sont mis face à leurs responsabilités et à leur ligne constante d’inaction climatique », a-t-elle conclu.
Entre technophilie et localisme : les fondements idéologiques du RN face au climat
Le RN défend désormais une écologie qu’il qualifie de « pragmatique » et « techno-solutionniste ». Jean-Philippe Tanguy a résumé cette approche en déclarant : « On croit que la technologie va nous sortir de cette affaire. Avec la sobriété, évidemment, mais une sobriété choisie ». Le slogan « droit à la fraîcheur pour tous » illustre cette volonté de concilier innovation et adaptation, plutôt que de prôner une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre.
Parallèlement, le parti met en avant une doctrine de « démondialisation » et de réindustrialisation locale. Sébastien Chenu, député RN du Nord, a expliqué que cette philosophie visait à « réindustrialiser le pays pour éviter des importations massives de produits fabriqués à l’autre bout du monde ». « On a une philosophie d’ensemble qui est la démondialisation », a-t-il précisé. Cette approche s’inscrit dans la lignée des courants d’extrême droite défendant une « écologie identitaire », comme l’a rappelé le politologue Stéphane François dans une analyse publiée en 2024 sur le site The Conversation. Selon lui, le localisme prôné par le RN « renvoie au nationalisme » et s’accompagne d’un « discours superficiel » sur l’écologie, toujours marqué par un « technophilie » marquée.
Le RN devra également expliquer comment concilier son plan climatisation, dont l’impact environnemental (consommation d’électricité, rejets d’air chaud, usage de fluides frigorigènes) n’est pas détaillé, avec ses objectifs de sobriété énergétique. Alors que les épisodes de canicule risquent de se multiplier, la crédibilité de cette mesure dépendra de sa faisabilité technique et financière, ainsi que de son acceptation par les citoyens et les experts.
Outre son plan climatisation, le RN défend une approche de « démondialisation » et de réindustrialisation locale. Le parti prône également une « écologie patriote », opposée à ce qu’il qualifie d’ « écologie punitive ». Cette doctrine s’appuie sur le localisme, une théorie développée par l’essayiste Hervé Juvin, ancien visage médiatique du RN désormais écarté après sa condamnation pour violences conjugales en 2022.